CHAPITRE XXV
VLADIMIR MONOMAQUR.
Si le désordre était grand en Pologne, il n’était pas moindre en Russie, ou l’éloignement des principaux centres du mouvement européen donnait aux vices de l’époque un caractère plus prononcé d’ignorance et de barbarie. Cependant Vladimir Monomaque, qui régna a Kief de 1 1 13 à 1 125, mérite d’étre cité comme une honorable exception ; il sut contenir les princes apanagés dans les limites du devoir, se montra pieux et charitable, réprima les brigandages de ses voisins, et porta ses armes contre Andrinople.
Alexis Comnéue, effrayé de cette brusque attaque, lui envoya entre autres présents la chaîne d’or et le collier de Constantin Monomaque, aïeul de Vladi-
mir. Néophyte, chargé de cette mission, plaça sur le front au prince Slave la couronne impériale, et le proclama césar ou tsar de Russie.
Les conseils que Vladimir donna à ses fils lorsqu'il sentit sa fin prochaine sont empreints d’un esprit de sagesse et d’équité' que l’époque rend surtout remarquable. Cependant tous ses actes ne sont pas à l’abri de reproche. Les Polovtsi avaient donné plus d’une fois l’exemple de la cruauté et de la perfidie; mais ce n’était pas une raison pour que le grand prince violât le droit- des gens dans la personne de leurs ambassadeurs.
Le régné de Mstislaf vit renaître les querelles des princes apanages; il eut assez de fermeté pour réprimer ces désordres. au uülicu de ses guerres contre les Lithuaniens et les Polovtsi ; mais , à sa mort , tout retombe dans la confusion, et Novogorod, fatiguée de l’ambition turbulente de ses princes, secoue le joug de Kief, et se donne des institutions républicaines. Ainsi la même ville qui avait appelé les Variagues est la première à établir sur cette terre de servitude un gouvernement électif fondé sur des institutions libres. Elle garda longtemps son indépendance et sa splendeur, et prit rang parmi les villes anséatiques.