FONDATION DE MOSCOU
Les règnes se succédèrent au milieu des guerres et des trahisons; sous celui d’isiaslaf, il est fait mention pour la première fois de Moscou . Les annaUstes rapportent que cette ville fut fondée par Georges, souverain de Vladimir (1147).
Ce prince, arrivé sur les bords de la Moskva, dans les terres d’un boyard nommé Étienne Koutehko, le fit décapiter a la suite d’une querelle, ce qui n’empécha pas la fille de ce dernier d’épouser André, fils de Georges. Moscou s’éleva sur l’emplacement de cette résidence, et porta longtemps le nom de Koutchkovo. C’est à Georges ou Joury, surnommé Dolgorouki (Longue- Main), qu’on attribue sa fondation Maia Vladimir prit avant cette ville l’importance d’une capitale, et Kief déchut peu à peu de son rang. Rien ne
montre d’une manière plus frappante les efforts que fait la Russie pour se constituer définitivement que ses tâtonnements continuels pour fixer le siège de l’empire : en moins de trois siècles, on voit Novogorod, Kief et Viadimir choisies successivement pour résidence des grands princes. Moscou doit garder plus longtemps la suprématie, parce qu'elle se trouve au centre de la population russo-slave, Pétersbourg, maigre sa magnificence, ne pouvant être considérée que comme une forteresse destinée à commander les trois golfes dont les glaces et les rochers défendent les approches du Nord.
A cette époque , le christianisme ne réagissait que faiblement sur la grossièreté des mœurs : ainsi lorsque Vladimirko, prince de Galitch, après avoir vainement tenté de déposséder Ysiaslaf;, ne dut son salut qu’à la clémence de Géisa, roi de Hongrie et allié du grand prince, il ne se lit aucun scrupule de violer ses serments, et comme on lui reprochait ce manque de foi , quoiqu’il eût juré sur la croix, il se contenta de répondre : Elle était si petite!
Tandis que Rostislaf régnait à Kief, André, prince de Vladimir, ravagea le pays des Bulgares, et réduisit en cendres plusieurs de leurs villes. L’activité des Russo-Slaves rayonnait au loin, et, quoique ces expéditions ne se rattachassent à aucun plan , à aucun système arrêté, elles n’en donnaient pas moins une haute idée de leurs forces , et laissaient partout des traces que retrouva leur politique, lorsque le lien du despotisme eut réuni sous une même volonté toutes ces tendances hostiles et divergentes. Les empereurs grecs les craignaient et les ménageaient : Manuel, dans la guerre que leur fit Etienne 111 , roi de Hongrie, fut puissamment secouru par Rostislaf, prince dévot que.
les papes gouvernaient à leur gré.
Mstislaf occupait le trône de K ief, et André régnait a Vladimir. Le premier assembla tous les princes alliés pour accabler de concert les Polovtsi qui occupaient les bords du Dniepr et gênaient le commerce des Russes : ils battirent l’ennemi et revinrent chargés de butin.
Les chefs se plaignirent de ce que Mstis.
L’UNIVERS
laf s'était attribué une part trop considérable, et la discorde se mit entre eux. D’autres causes envenimèrent encore la querelle; le prince de Kief, brusquement attaqué cl vaincu, vil sa capitale au pillage. Pendant trois jours, les maisons, les monastères, les églises turent dépouillés par la rapacité de ces bandes victorieuses; et depuis ce désastre, la puissance de cette ville, que les Orientaux appelaient la seconde Bysance, ne lit que décroître. André la céda a Gleb, son frère, ce qui assura le premier rang à Vladimir.
La grande principauté comprenait alors (1169) les gouvernements actuels d’YaroslavI , de Kostroma, de Vladimir et de Moscou, une partie de ceux de Novogorod , de Toula et de Kalouga ; elle avait sous sa dépendance les prmcipautésdc Kief, de Itiazan. deMourom, de Smolensk et de Polotsk ; mais Novogorod , de même que les princes de Galilcb et de Tcheruigof, avaient conservé leur indépendance. Il n'entre pas dans notre cadre de suivre toutes, les révolutions qui continuèrent à se produire en Russie : nous nous bornerons à présenter les phases principales de l'agrandissement de sa puissance, pour expliquer l'influence qu'elle exerce sur les provinces Danubiennes et ses efforts constants pour s’emparer des détroits de la mer Noire, seul débouché de ses provinces méridionales , les plus fertiles de l’empire. Certes, le cabinet de Pétersbourg peut faire valoir des motifs plausibles pour expliquer ses prétentions sur la Turquie, mais l'Europe en a de plus puissants encore à mettre enfin des bornes à une ambition qui menace en même temps l'Europe et l’Asie.
Les événements qui signalent plus particulièrement la fin du douzième siècle sont l'apparition sur le théâtre des luttes slaves des terribles Lithuaniens qui, jusque-là, avaient reconnu la puissance tantôt des Russes , tantôt des Polonais, cl l'alliance du belliqueux Roman avec les Hongrois , ce qui fut un acheminement à la soumission de la Gallicie aux Polonais et aux Allemands par I isolement de cette province de l’influence russe.
Dans le courant du treizième siècle.
les Danois fondent Revel et étendent leurs conquêtes eu Esthonie; les Lithuaniens font trembler leurs anciens maitrès ; les Polonais et les Russes s'épuisent en luttes iuteslines; partout le vice des institutions arme des prétentions rivales, et rend les victoires stériles. Tandis que les Etats slaves , au milieu de cette confusion , s’ouvraient cependant aux influences civilisatrices , une invasion formidable allait décider du sort de la Russie, passer le niveau du despotisme asiatique sur tous ces trônes chancelants, et isoler la Pologne, en la laissant a la merci de l’Allemagne.