‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 264 sur 300 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

RÈGNE D'ALEXANDRE GHICA BT COM- MENCEMENT DU RÈGNE 1>E MICHEL STOl'HDZA.

Alexandre Gftica , hospodar de / atach ie.(21 mai 1834 — 26 octobre 1842.)

Avènement d’Alexandre Ghica.

— Né en 1793, A leco (Alexandre) Ghica était frere puîné de l’ex-hospodar Grégoire, sous l'administration duquel il avait rempli successivement les charges de calmacam de la petite Valachie et de grand spathar, ou chef de la milice. Cétait un homme généreux , désintéressé , affable , désireux du bien de son prs , mais sans énergie pour le vouloir (2).

Après avoir reçu leur investiture des mains du grand vizir, aux termes du dernier khatti-chérif, les deux hospodars laissèrent à Constantinople comme leurs fondés de pouvoirs, le premier le grand logothètedu patriarcat grec, Jean Aristarchi, le second le prince de Sainos , Etienne Vogoridis, dont il venait

rliis par Alexandre. (Saint-Marc Girardin, Son venin de voyages , t. Il , p. x63. )

(t) Voy. St-Marc Girardin, loc. cil., et M . 1 houvenel , La Hongrie et ta Vûlach'te,

(a) lin pamphlet anonyme, publié à Bruxelles en 184.1 tous le titre de : De la situation de la Valachie sous Cadministration ef Alexandre Ghica, représente l’hospodar comme n’ayant que l'apparence de ces qualités. Mais il faut se délier des assertions de cet écrit, que Tou attribue à Bibesco et dicté uar l'esprit de parti.

d’épouser la fille ; puis ils reprirent ensemble le chemin de leurs principautés.

A Giurgevo, où il devait purger sa quarantaine, Alexandre Ghica trouva le colouel Camptniano, qui, s'enfermant avec lui dans le lazaret, s’efforça de lui inculquer les principes d'un patriotisme ardent et éclairé, l'exhortaut à s'affranchir de la tutelle de la Russie pour s'appuyer sur le parti national. L'hospudar comprit la grandeur du rôle qu'on lui destinait ; mais il manqua de force pour le remplir.

Cependant, dans le discours qu'il pronouça lors de son installation , le lendemain ou le surlendemain de sou arrivée à Bucarest (août 1834), on retrouve comme un écho affaibli de ces patriotiques entre! uiu- . Apres avoir payé un tribut obligé de gratitude eld'eloges aux deux augustes cours et à l’administra tiou du général Kisseleff, le nouvel hospodar s’exprimait ainsi : « Comme je n'ai eu d’autre but, en acceptant le gouvernement de mon pays, que celui de le rendre heureux , je marcherai d’un pas ferme vers le but, sans qu’aucune considération puisse m’en détourner; car si l’opinion de ceux parmi lesquels je suis destiné à vivre m'est précieuse, je suis plus jaloux encore du jugement des générations qui viendront après nous. •

Retraite des Russes. — Au mois d’octobre de cette aunee, les troupes moscovites repassèrent le Pruth au grand contentement des Moldo-Valaues, qui saluèrent ce jour comme celui e leur délivrance. L’instinct populaire se prononçait de plus en plus contre la Russie. L’opinion avait fait de grands progrès sous ce rapport depuis 1821, et partout sous le protecteur ou commençait à voir percer le maître.

Les Russes avaient peusé un moment, lors des premiers travaux du Règlement organique, à occuper définitivement les principautés par la réunion de la Valachie et de la Moldavie en un seul Etat en faveur d’un membre de la famille impériale. * Les instructions envoyées de Saint-Petersbourg aux comités , raconte M. Saint-Marc Girardin, proclamaient la nécessité de l'intime union des deux principautés. Dans celte vue, il devait y avoir mêmes douanes et même

J 48 L’UNIVERS

monnaie; les Valaques devaient avoir en Moldavie tous les droits des Moldaves, et de même les Moldaves en Valachie; eette combourgeoisie et cette fraternité que recommandait le cabinet de Saint-Pétersbourg menaient naturellement à l'idée de faire des deux principautés un seul et même État. La proposition en fut faite dans le comité de réforme : elle fut agréée par le général Kisseleff et par le consul général de Russie; elle fut communiquée au cabipet de Saint- Pétersbourg ; le cabinet l’approuva. Le comité s'occupait de la rédiger, et dans la rédaction il inséra une clause qui , à l’imitation de ce qui s’était fait en Grèce , excluait les princes des maisons régnantes de Turquie, d’Autriche et de Russie. Cette clause gâta tout. Elle montrait un esprit et une intention d’indépendance qui déplut , et il ne fut plus question de réunir les principautés. Si je ne me trompe, cependant, le comité proposait un prince de la maison d’Oldenbourg, c’est-à-dire d'une maison alliée à la famille impériale de Russie (t). •

A quelque temps de là, une autre tentative plus directe eut lieu. Cette fois il n’étnit point question de s’approprier, mais d'acheter les deux principautés.

C’était peu après le traité d'Unkiar- Skelessi , au moment où les armées russes campaient en amies sur les rives du Bosphore. Le comte Orloff proposa à la Porte, au nom du czar, la cession des deux provinces à la Russie, moyennant une somme de trois millions deducats. A cette époque la Turquie, assez embarrassée dans ses finances, était encore redevable à la Russie des deux tiers de sa dette. La proposition du czar fut agitée sérieusement dans le divan, et ne fut rejetée, dit-on, que sur les représentations énergiques d’un drogman de la Porte.

Du reste il ne paraît pas que le cabinet de Saint-Pétersbourg ait été grandement affecté par ce double échec. La démarche du comte Orloff, comine l’idée soufflée aux boyards moldo-valaques, était plutôt un propos en l’air, une sorte de ballon d'essai qu'un projet destiné à recevoir une réalisation immédiate. Le

( 1) Saint-Marc fiirarilm, p. 3«a.

fragment suivantd’une dépêche deM. de Nesselrode paraît renfermer sur ce point la véritable pensée du cabinet de Saint- Pétersbourg.

« Nous pouvions, est-il dit dans cette dépêche, garder les principautés en 1831 . Mais c’eût été réveiller les susceptibilités de l'Occident. En lui laissant un semblant d'indépendance, nous en sommes bien plus effectivement maîtres, soit en guerre , soit en paix. »

Page 1