‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 28 sur 300 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

TABTABES.

« Dans la Tartarie chinoise, et au « sud du gouvernement d’Irkoutsk, er- « raient des hordes de Mongols, de « même origine que les Turcs d'Orient.

« Vers la moitié du douzième siècle , « ce peuple devint puissant par ses con- « quêtes.- Le khan Bagadour laissa « son jeune fils Temoutchin à la tète « de quarante mille familles. Apres « s’être signalé par des victoires et « d’atroces cruautés , il se; déclare in- « dépendant des Tartares ; et , de gré « ou de force , il soumet les chefs des « autres hordes. Il campait à la tête de

• son armée sur les bords du fleuve

• Amour, lorsqu'un ermite vint lui « promettre l'empire du monde, au nom « de Dieu, et lui donner le titre « de Genghis-khan ou grand Khan.

« Les peuples voisins et le prince du « Thibet le reconnurent pour leursou- « verain , et s'associèrent à sa fortune.

« Pékin trembla devant ses armes victo- « rieuses , et Genghis-Khan lança ses « hordes sur l’Occident. Il entra à che- « val dans la capitale de la Boukharie, et « contraignit Mahomet H, son rival , à « une fuite honteuse. Pendant trois ans « ce ne furent que ravages, incendies « et massacres; enfin, vers l’an 1223, « deux généraux du Khan couvrent de « leurs guerriers les côtes occidentales

• de la Caspienne; mais, trompés par « • leurs guides, ils se trouvent enve- « loppés par les Alains, les Yasses et « les Polovtsi. Ces derniers se laissèrent ■ désarmer par de riches présents , et

« les Alains, demeurés seuls , sueeom- « bèrent. Bientôt les MoDgols pour- ■> suivirent les Polovtsi jusqu'à la mer « d’Azof, où tout dut plier sous leur

• nombre et leur valeur. Une graude « multitude de Polovtsi se réfugièrent « à Kief et répandirent la nouvelle de

• l’arrivée des Mongols. Les princes « russes résolurent de s’opposer à ce « torrent. Déjà leur armée était à Za- « roub et à file des Variègues sur le » Dniepr, lorsqu’arrivèrent dix ambas- « sadeurs tartares pour annoncer qu’ils « n’en voulaient qu’aux seuls Polovtsi.

« Ces envoyés sont massacrés et les « Tartares se préparent à la guerre.

« L’armée russe remporta d’abord quel- « ques avantages ; mais, dans une ac- « tion générale, les Polovtsi plièrent et « mirent le désordre dans les raugs des « princes alliés. A peine la dixième « partie de leurs troupes put-elle échap- « per à ce désastre. Mstislaf se retira « a Galitch , et Vladimir, prince de « Smolensk, se réfugia à Kief. Un autre « Mstislaf, dis de Roman, paya de sa vie « une plus longue résistance. Les prin- « ces de la Russie méridionale avaient « demandé du secours au grand prince <« Georges ; mais son neveu Vassilko - eut le bonheur d’arriver trop tard.

« Tout le sud de la Russie, dévasté par « les barbares , était dans la conster- « natiou, lorsque les Tartares, las de « tuer, et ne trouvant plus de résis- » tance , se détournèrent tout à coup

• vers l’Orient. Genghis-Khan vint au- « devant de ses généraux victorieux, a et marcha contre le roi de Tangut ».

A peine ce conquérant s’était-il éloigné, nue la désunion se mit entre les princes. Novogorod était déchirée par les factions; la Galicie passait tour a tour de l’alliance des Hongrois à celle des Polouais et des Russes. Les princes allaient porter le ravage jusque dans la Carélie et la Finlande, et semblaient vouloir justifier, à force de violences, le système lie dévastation des Tartares. La famine vint désoler ces malheureuses provinces, et les Mongols reparurent.

« Genghis-Khan était mort en 1327, « laissant pour héritier Octaï , son fils « aîné. Ce prince, après avoir conquis

(«) (Histoire de Russie cliopiu.)

« les provinces septentrionales de la « Chine, et détruit l’empire des N’iu- « Tché, envoya son neveu Bâti pour « soumettre les pays situés au nord de « la mer Caspienne. A la nouvelle de « cette invasion, les Bulgares s’étaient

• retirés précipitamment. Trois ans « après, le chef tartare paraît sur les « bords du Volga, et, en 1237, il li- « vre aux flammes la grande ville, ca- « pitale des Bulgares : puis, se frayant « un chemin à travers d’épaisses fo- « réts, il pénètre dans la principauté de « Riazan, et fait sommer les Russes de « lui livrer la dixième partie de leurs « biens : Quand nous aurons tous mordu « la poussière, répondirent les princes, i vous pourrez les prendre en entier.

« Georges rejeta les mêmes proposi- « tions; et, trop confiant daus ses « forces, il résolut de punir à lui seul « ces audacieux étrangers. Bâti marche « sur Riazan, ruinant sur son passage « des villes florissantes dont if exter- « mine la population. Après six jours « de siège, la ville est emportée , et le ■ prince Georges est massacré avec sa « famille et tous les habitants.

« A Colomna, Bâti rencontre Vsévolod, < Gis de Georges, qui réuni à Roman , « livre et perd une bataille décisive ; « après ce nouveau succès, il brille « Moscou, et fait prisonnier Vladimir, « second fils de Georges. Le grand « prince sort enfiu de sa capitale qu’il « laisse sous la défense de ses deux fils « Vsévolod et Mstislaf, et se retire avec « sa petite armée pour attendre l’arrivée « de ses frères. I<e chef tartare ne tarda « pas à paraître devant les murs de « Vladimir, et envoya un fort détachc- « ment vers Souzd’al qui se rendit « sans résistance et dont la population « fut massacrée. Les Vladiminens, en « voyant les préparatifs du siège , re- « connurent que leur perte était inévi- « table. Vsévolod, les princes, les « boïards et les principaux citoyens re- « curent solennellement la tonsure roo- « nacale pour consacrer à Dieu les der- « niers jours de leur vie. Enfin l’assaut « commence, et l’ennemi pénètre dans « la ville. Vsévolod et Rostislaf tom- « bent au milieu des rangs ennemis; « tout ce qui résiste périt par le fer-,

* tout ce qui échappe aux flammes de-

L’UNIVERS

« vient la proie du vainqueur. Pendant

« l’espace de trois semaines, les Tarta- ■> res prirent, sans compter les bourgs « et les villages, quatorze villes de la ■< grande principauté , égorgeant tous « les habitants ou les traînant en cscla- « vage. Georges , qui campait sur les ■< bords de la Site, marche enfin à la * rencontre de l'ennemi , mais il suc- « combe à son tour et Vassilko tombe « entre les mains du vainqueur, qui , « blessé de la fierté de ses réponses , « le fait mettre en pièces par ses sol- « data. Les nombreuses hordes des « Ta rt ares se portèrent précipitamment « sur Novogorod ; après avoir pris Tver, « elles mirent le siège devant Tarjek.

» Cette ville ruinée, Bâti rétrograde, « arrêté, dans sa marche par des maré- « cages; il se porte sur Kozelsk dans » le gouvernement de Kalouga ; cette

place, après une résistance d'un mois, « eut le sort des autres villes. Rassasié « de carnage , Bâti se retira sur le « Don. »

Ce uui caractérisait l'invasion des Mongols, c’était l’esprit de suite qui présidait à toutes leurs opérations militaires. L’organisation de leurs armées, la distribution de leurs forces, les .alliances qu’ils savaient se ménager ou qu’imposait la terreur de leur nom, tout révèle un système où la guerre n'était ue l’instrument d'une politique pleine e prévoyance et d’astuce. Les Slaves ne tardèrent pas à en faire l’expérience. D'abord, ils ne regardèrent leurs défaites que comme des accidents passagers; ce n'était a leurs yeux qu'une page de plus à ajouter à la longue suite des dévastations périodiques des Pétchenègues, des Avares, des Hongrois, des Polovtsi et des Lithuaniens. Au lieu de former une. ligue puissante avec leurs voisins d'Occident, les princes russes se disputèrent les ruines encore fumantes de leurs villes. Yaroslaf chasse les Lithuaniens de la province de Smolensk que bientôt Michel de Tcbernigof reprend à Vsévolod. De son côté, Daniel profite de l’absence de Rostislaf pour s’emparer de Galitch , et force son rival à se réfugier en Hongrie.

Bâti, informé de ces dissensions, commence par écraser les Polovtsi ; il marche ensuite vers le pays des Mord-

viens, et sc reud maître de Mouroni et de Gorokhovetz. De là il se dirige vers la Russie méridionale. Périaslavle est ruinée; Tchernigof. après une vigoureuse résistance, est livrée aux flammes. L’avide Mongol convoitait les richesses de Kief. Mangou, petit-fils de Genghis- Khan, fut envoyé pour examiner les moyens de défense de cette ville, dont l'aspect le frappa d’admiration. H fit proposer aux habitants de se rendre; mais les Kiéviens massacrèrent ses députés. Ce trône si menacé , et que la fuite de Michel laissait vacant, tenta l’ambition de Rostislaf ; mais Daniel le prévient et le fait arrêter. Le prince de Galitch, mesurant le danger, laisse à Dmitri le soin de défendre Kief, et court demander du secours au roi de Hongrie. Mais les Tartares s'empressent de donner l’assaut. Après deux jours d’une lutte terrible, les Kiéviens furent vaincus, et la ville n’offrit bientôt qu’un amas de décombres. Temples, monuments, tombeaux , tout fut détruit. Les historiens russes rapportent que Bâti , appréciateur du courage dont Dmitri avait fait preuve, lui laissa la vie et lui accorda sa confiance; ils ajoutent que ce fut grâce à ses conseils que le chef de la horde victorieuse, apres s’être emparé de Vladimir, de Galitch, et d’un grand nombre de villes de la Russie méridionale, prit la résolution de passer les Karpathes pour attaquer la Hongrie.

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