‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 270 sur 300 · U SARDINIER , LA RONCE, LA TRAINASSE ET LES FLEURS · texte numérisé non relu

U SARDINIER , LA RONCE, LA TRAINASSE ET LES FLEURS

Une ronce épineuse et sauvage, pieuse, venue je ne sais d'où , arrachée par I aquilon et jetée dans un jardin riche et fertile, prétendait y prendre raciuc parmi les fleurs odorantes. Elle traînait après elle certaine

Le gouvernement céda, et l’Assemblée générale, encouragée par son triomphe , commença dès lors à lui faire une oppo-

herbe maudite , qui s’étend t s’allonge eu mille bras, s’attache, se cramponne, prend racine en terre, la dessèche, la rend stérile, absorbe le suc des plantes, rend raine la sueur du jardinier, et dout le nom est traînasse. Nous savons ce que vaut la ronce, pas graud’chose : ici pourtant elle prétend être de la famille des roses. Réjouissez-vous, amantes ; jeunes garçons, faites vos bouquets.

Enorgueillie de sa longueur , qu’elle prend pour mesure de sa noblesse , elle sourit à sa ueue, qu’en guise de pompon ellea décorée 'un of qu’elle fait sautiller çà et là ; of par ci, ef par là, of dans tout le jardin. C’est charmant!

Les fleurs curieuses se disent l'uue à l'autre : Mais, ma sœur, est-ce donc uuc rose? — Rose ! non , ma mie, mais une ronce — . Pauvres fleurs! qu’allons-nous devenir? Mauvais augure que la ronce ! Elle enlace, étouffe et nous fera mourir.

— Charmantes sœurs, reprend la ronce, qui les entend ainsi discourir, ne craignez rien , j’ai le même Dieu que vous; comme vous je porte des fleurs, et je vous invite à fleurir.

— La, la! disent les fleurs, ronce, tais-toi; tu n’as pas de Dieu , menteuse ; va donc, tire ta queue et déguerpis. Tu ne traines après toi que malheur avec ta sœur la traînasse, qui s’insinue, presse la terre, se fauflle, se fait place en haut , en bas , dessus , dessous , dedans, dehors et partout. Va donc, meuteuse, tire ta queue et déguerpis.

La rumeur alors était grande. Soudain entre le jardinier: il veut planter la rouce parmi les fleurs. — Père jardinier, bon père , saistu donc bien ce que tu vas faire? Bouche ce trou, tu feras bien; arrose-nous, tu feras mieux ; et si tu nous en crois , bon père, à l'instant , nous t’en prions, chasse et la ronce et le traînasse.

— Vraiment? répond le jardinier; raaisnou I non! cent fois non! et taisez-vous, mes belles ; vous n’entendez rien à 1 affaire. Chasser la ronce quand j’en peux faire un églantier! y pensez-vous? Boucher le trou, chasser ces plantes! De tous mes soins prouvez-moi donc que vous êtes reconnaissantes. Permettez-moi de travailler au bien public, à sa richesse ; un peu plus de conûauce en moi, et je promets que la ronce portera comme vous des fleurs odorantes. Je l'enterai d’un rosier franc; vous en deviendrez toutes jalouses.

— Bon jardinier, lui répliquent les fleurs,

L’UNIVERS

sition systématique , en rejetant presque sans examen tous les projets de loi qui lui étaient présentés. Cependant parmi oes projets il y en avait qui devaient tourner a l'avantage du pays, tels que celui

?|ui réclamait une augmentation de l’efectif de la milice. Bibesco , irrité de cette opposition, ordonna la clôture immédiate de l’Assemblée, ■ comme incapable de toute délibération sérieuse. • La mesure, quoique extrême, n’excédait pas le droit constitutionnel de l’Iiospodar; et l’on s'attendait à le voir, désireux de rester dans la légalité, convoquer sur-le-champ une nouvelle chambre, d'autant que la première avait été dissoute avant le vote du budget. Toutefois Bibesco n’en fit rien. Profitant du premier moment de stu-

rosier sauvage s’adoucirait; mais ceci n’est qu’une ronce , dont la queue, terminée en a), nous enlace déjà de ses plis. Qui sème mieux qu’un villageois? qui faur mieux qu’un oltean ? qui conduit uiirux qu’un paysan? mieux qu’un pâtre qui fait le fromage ? mieux que loi , jardinier , qui peut voireequepromel la traînasse? Travaille moins à noire richesse, songe un peu plus à noire santé. Prends l'arrosoir , laisse tou greffoir. Ronce est ronce, herbe cpiuciisc cl rapace; et, non plus que la traînasse, le proserbe le dit, ne la laisse jamais monter dans ta maison. Nous connaissons ion zcle , ton savoir, les fatigues; mais lance par-dessus la haie, de grâce, cl la ronce et la traluasse; elles ne peuvent que jeter parmi nous, non la discorde et l'anarchie, mais le désespoir et la mort. Gare à tagloire, je t’en prie. — Ainsi lui dit chaque fleur.

— N'avez-vous pas fini, fleurettes? taisezvous! ou je vous assène sur la tête un coup de plantoir. Le trou est fait ; mon honneur veut que j’y plante la ronce.

Ce disant, en dépit dea fleurs, il plante et ronre et traînasse.

Mais tout à coup un vent venu de l’ouest souffle, siffle, tourbillonne, arrache la ronce, l'enlève , la fait pirouetter, la brise en mille

fiièces et la disperse. Une heure après, dans e jardin , toutes les roses dansaient en se donnant la main, et chantant ; « Jardinier, prends garde à la traînasse dont chaque bras a mille nœuds et dont chaque nœud est un °f °f par ri , ef par là ; gare les of! gare les *)! c'est une grêle ,. jardinier, qui te ruinerait en nons donnant la mort, n ( Revue de f OrieM' t. III . p 34a. )

peur, il se concerta avec le consul général de Russie et envoya scs instructions au kapou-kiaïa de Valachie à Constantinople. Pendant que M. Daclikoft représentait, à Pétersbourg, le prince comme en butte aux intrigues des boyardset l'Assemblée comme hostile aux intérêts russes, M. Aristarehi, à Constantinople, déclarait le gouvernement de la principauté impossible avec uoe chambre composée uniquement de factieux et d’ennemis personnels du prince sacrifiant à leur animosité les intérêts les plus chers du pays. La légation russe appuya énergiquement les plaintes du chargé d’affaires de Valachie. La Porte, moitié par conviction , moitié par faiblesse, rendit un iirman par lequel l’Assemblée générale était suspendue pour un temps indéterminé.

Vers cette epoque (avril 1 84 4 ) , la cour criminelle, réunie au divan suprême, sous la présidence du grand logothète Alexandre Villara , rendit son jugement dans l’affaire des insurgés bulgares. La sortie faite récemment dans le sein de l' Assemblée par le député Chrysolcosco avait été fatale aux accusés; la Russie, afin d'échapper au soupçon de complicité, pressa ouvertement leur condamnation, que sou intervention avait fait différer jusque-la Vingt-six individus, parmi lesquels figurait le boyard André Declt , furent déclarés coupables et condamnés à quinze années de travaux forcés dans les salines de l'État. Les individus qui avaient été arrêtés en dernier lieu furent seuls acquittés.

Affaires de Moldavie. Va •

CANCR DU S1BGE MÉTROPOLITAIN.

(Question db l’union des deux hoLiSKS. — Dans le courant de l'année 1843 , la vacance du siège métropolitain de Moldavie, par suite de la démission du titulaire Benjamin , souleva une question des plus graves dans l'Église et dans l’État. La Russie, qui depuis longtemps rêvait de séparer l'Eglise roumaine du patriarcat de Constantinople, pour la placer sous la suprématie spirituelle du czar , crut l'oecasion favorable, et ses agents à lassi et à Bucarest reçurent l’ordre de circonvenir les évêques, en promettant la succession de M*r Benjamin à celui qui souscri

rait à l'union. En même temps, pour couvrir cette usurpation d’une apparence de légalité, une propagande active et intéressée remplissait tes campagnes de listes d'adhésion que les pauvres popes , dans leur ignorance , s’empressaient de signer. Mais le haut clergé, plus clairvoyant , repoussa avec énergie une protection qui , outre qu'elle était contraire au dogme et aux traditions de l’Église nationale (t), tendait à compléter l'asservissement politique du pays ; et la Russie se vit contrainte de battre en retraite.

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