‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 272 sur 300 · DE LA RÉVOLUTION DE FEVRIER EN · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLUTION DE FEVRIER EN

France. Situation des partis au

COMMENCEMENT DE 1848. — Tels

étaient l'état des choses et la situation des esprits en Valachie au commencement de 1848, lorsque la nouvelle de la révolution de février vint dessiner sous un jour plus transparent l’attitude et les espérances des partis.

Ces partis étaient au nombre de trois :

Le parti des vieux boyards , appuyé sur les satisfaits et sur la majeure partie des fonctionnaires de l’fctat . remplissait toutes les sphères officielles. Le pouvoir lui appartenait en entier, mais il était sans force et sans appuis au dehors. Il avait pour chefs l’hospodaret ses deux principaux ministres, Alexandre Villara et Emmanuel Baliano. Le frèrede l'hospodar, Stirbey, avait passé depuis deux ans a l’opposition. Au rebours, l’ancien coryphée du parti national, Jean Campineano, après avoir perdu peu à peu par sa conduite équivoque la confiance et les sympathies populaires, végétait isolé et inactif dans son petit ministère dn contrôle, incertain, mais non indifférent entre les factions qui divisaient le pays, porté par ses instincts et le souvenir de son passé vers le parti du progrès , enchaîne par sa faiblesse et le lien de sa situation présente dans le parti de la réaction.

Le parti phanariote, avec les Ghica, les Soutzo , les liantaeuzène à sa tête , apres avoir pendant un moment fait cause commune avec les libéraux par dépit contre la Rugsie, avait fait amende honorable au sortir des élections de 1845, et s’etaitjeté complètement dans

(i)Cbainoi, p. 8o.

les bras de cette puissance. Il jugeait ce moyen plus sûr pour satisfaire eu même temps sou ambition et sa haine contre Bibesco ; et déjà le mécontentement croissant contre l'hospodar lui faisait entrevoir la possibilité de sa chute. Il commença par porter plainte devant le consul général de Russie contre les modifications arbitraires apportées par l’hospodar à la loi électorale, et rompit paria l'alliance avec le parti national, d’accord avec lui touchant la cul-

fiabilité de l'homme, mais non touchant e choix du juge. L’anoée suivante, il publia à Bruxelles sou manifeste (c’est l’opuscule dont nous avons parlé plus liant), dans lequel la jeune Valachie et les défenseurs de la natioualité roumaine n'étaientpas moins maltraités que Bibesco et ses adhérents. Les libéraux répliquèrent par un article inséré dans la ttevue des deux Mondes du rr janvier 1848, et donnèrent à leur tour leur programme.

Les principaux chefs de ce parti étaient les Golesco , frères et cousins, famille de grands boyards qui avait la première embrassé avec ardeur la cause populaire, Nicolas Balcrsco, Constantin Rosetti J. Voïnesco II, J on Gliica et Uéliadc, qui, après avoir été de tous les partis et les avoir tous trahis ou abandonnés, penchait alors vers les libéraux, disposés aseservirdelui toutens’en déliant. Tous ces hommes, depuis que Bibesco avait trompé Ira espérances de la nation, s’étaient tenus éloignés des affaires; et, laissant les deux partis rivaux se détruire l’un l’autre, ils bornaient pour le moment leur action à la littérature et à la presse. Plusieurs journaux et revues, telles ue la Oacie littéraire, le Progrès t i Aluni, furent successivement créés a Bucarest et à Jassi, et supprimes par la censure. Le Courrier roumain, rédigé par Héliade , poursuivait la pensée nationale et la haine du slavisme sous la réforme de la langue, de laquelle il voulait rejeter tous les mots slaves. Nicolas Balcesco et Lauriani, dans le Magasin historique de la Dacie , Cogalniceano, en Moldavie dans l' Archive roumaine et par la publication des chroniques moldaves, remettaient en mémoire les vieilles traditions nationales , et traçaient le tableau desanciennues institu»

L’UNIVERS

lions. En même temps plusieurs sociétés secrètes s'organisèrent, alin de généraliser et d'accélérer le mouvement. Telle fut la société des f réres , fondée en 1844 par les membres de l'ancienne société de 1840, Nicolas Balcesco, Jon Chica, le major Tell, auxquels s'adjoignirent bientôt Alexandre-Grégoire Golesco, le capitaine Plessoiano et plusieurs autres. Le but qu'elle poursuivait était le rétablissement de l’unité nationale et de l’ancienne forme démocratique; mais elle-même jugeait ce but trop éloigné pour pouvoir être atteint immédiatement, et en attendant elle arborait, ainsi que toute la jeune Roumanie, la bannière turque relevée par Viadiinircsco, par opposition aux Phanariotes, qui marchaient sous le drapeau russe.

Us événements de février en France, suivis bientôt delà nouvelle de la révolution de Vienne, donnèrent tout a coup une grande importance à ce parti. Les esprits commencèrent à s'agiter. A Bucarest , è Craiova , à I brada , dans les principaux centres de population , des clubs s’organisèrent, et l'on commença à discourir tout haut sur les reformes à introduire dans le gouvernement et dans les institutions.

Les chefs voulurent alors tenter une manifestation pacifique, alin de décider l'hospodar à accorder une constitution nationale. Bibesco, averti à temps, déjoua leurs desseins par des promesses qui allaient au delà même de leurs espérances ; et, profitant du répit qui lui était accordé, il sema parmi eux des méfiances qui portèrent leurs fruits plus tard ( mars 1848).

Mouvement en Moldavie. — Les deux principautés sont solidaires ; quand un mouvement se produit dans l'une , l'autre en ressent le contre-coup; ce qui est opinion à Bucarest le devient bientôt à Jassi, et réciproquement.

Il y avait déjà douze ans que les Moldaves avaient cessé d'espérer en leur liospodar; et depuis ce temps, depuis le jour où il avait signé sans hésiter la reconnaissance de l'article final du Règlement organique, l'opposition n'avait cessé de grandir contre lui. Sans se manifester beaucoup au dehors, surtout depuis la mort de Charles Ghioa , elle

ne laissait pas que d'être redoutable : car les hainês s'augmentaient des etforts tentés pour les contenir. Il régnait de plus, surtout depuis les deux dernières années, une grande irritation dans les campagnes et dans les localités voisines de la Gallicie. Les propriétaires avaient de vives appréhensions. A la nouvelle de la révolution de Vienne, des agitations de Pesth et de Lemberg , les plus sages d'entre eux étaient d’avis qu’il fallait transiger à temps ; et le 27 mars près de deux mille boyards et propriétaires, poussés les uns par la peur , un plus petit nombre par le désir d'améliorer la condition du paysan , tous, en général, par la haine contre Stourdza, se réunirent dans l'hôtel de Regensbourg à Jassi, afin d'aviser en commun aux mesures nécessitées par les circonstances. Comme personne n’avait de plan arrêté , on délibéra trois jours sans s'entendre. Ou reste, aucune précaution ne fut prise

fiour assurer le secret des délibérations; e ministre de l'intérieur Slephanaki Catardji et l'aga de la police Prunco étaient présents aux séances; les individus les plus compromis par leurs relations avec le prince ou avec la Russie se mêlaient aux groupes , et allaient et venaient continuellement, au vu et au su de tout le monde, de la salle des conférences à la demeure du consul. Regensbourg touchait au palais de Michel Stourdza; on conspirait, comme dans les tragédies, sous les propres yeux du tyran. Les patriotes moldaves, jeunes gens la plupart sortis de nos écoles , qui s’étaient formés en société secrète , à l'exemple des patriotes valaques, afin de révolutionner le pays non plus au profit d’une ambition ou d’une vengeance personnelles, mais au profit de l'unité et de la nationalité roumaine, refusèrent d'alwrd de s'associer à ces inenees, dont l'origine, comme les tendances, leur était suspecte. Mais le second jour, gagnés par l’effervescence générale, ils se réunirent à l'assemblée de Regensbourg et signèrent avec elle UDe adresse au prince contenant, avec la demande de quelques modifications dans le régime de la propriété, un projet de constitution pour la principauté en dix-huit ou vingt articles. Cette constitution était des plus modérées, et se bornait à de-

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mander la liberté de la presse en ce qui concernait lesafTaires intérieures, l'institution d’une garde civique, la responsabilité des ministres et des agents de l’administration. Michel Stourdza accueillit gracieusement la députation, et promit de prendre ses demandes en considération en tant qu’elles ne porteraient point atteinte au Règlement; mais en même temps ayant enrôlé par prévoyance tout ce qu'if y avait à Jassi de gens sansaveu, d’aventuriers de toute nation et principalement d’ Albanais, il leur donna l'ordre de s'assurer des rebelles. I.e soir, une troupe de soldats, guidés par le Sis de Phospodar, Grégoire Stourdza, cernèrent la maison de Maurocordato , où se trouvaient une douzaine de jeunes gens sans armes;, et les poussèrent à } coups de crosse de fusil au palais du prince, victimes d’un infâme guet-apens. Un grand nombre d’arrestations à domicile eut lieu pendant la nuit. Les prisonniers furent conduits sous escorte a Matchin, et de là à Brousse, en Asie Mineure. Je vis à cette époque a Constantinople plusieurs de ces naïfs conspirateurs ; le prince Stourdza s'était donné à lieu de frais le mérite d'avoir écrasé (hydre révolutionnaire.

Envoi dk Tala’at- efendi et du générai. Duhamel dans les principautés. — Les Valaques, quoique peu mûrs encore pour la vie politique, avaient cependant une meilleure entente des moyens révolutionnaires : aussi le mouvement qui se préparait chez eux s'annonçait-il sous des apparences plus sérieuses. Les chefs résolurent de procéder d’abord par la voie légale, et deux commissaires , l'un ottoman , l'autre russe, ayant été envoyés dans les principautés, à la suite des événements de Jassi, pour s'enquérir de l'état des esprits , ils s’adressèrent directement au représentant de la Porte, Tala'at efendi , et lui exposèrent les griefs et les voeux du pays , en protestant de leur dévouement à la cour suzeraine.

« Nous sommes revenus , disaient-ils dans leur mémoire, de l’ancienne et funeste politique de nos pères, et nous ne songeons aujourd'hui qu’à nous rallier sincèrement à la Sublime Porte, pourvu que celle-ci nous délivre du

fléau du protectorat. (0 » Mais là précisément était le noeud de la question. Ce que demandaient les Valaques, bien que leur programme fût autrement radical que celui des Moldaves, à savoir l’égalité civile et politique, la réforme complète de l’administration, l’égale répartition des impôts, l'affranchissement des Tsiganes et des paysans, la liberté de la presse, l'abolition des titres de noblesse, était dans la limite de leur droit, et n’excédait pas même la bonne volonté de la Porte ; mais pour cela il fallait abolir du même coup le Règlement et le protectorat (les auteurs du Mémoire le proclamaient hautement); et cela,, la Porte n’était pas libre de de l'accorder.

Le départ de Tala'at efendi pour Jassi (mai 1848) laissa le champ libre aux intrigues du commissaire russe (général Duhamel), dont l'envoi dans les principautés, qui avait précédé de quelques jours l'arrivée du commissaire ottoman , avait surtout pour objet d’entretenir l'Europe dans l'idée d’un accord préalable et d’une conformité parfaite de vues entre les deux cours.

M. Duhamel , à qui le parti national , ne reconnaissant à la Russie aucune intervention légale dans les affaires intérieures du pays, avait refusé de s'adresser, vit avec déplaisir son collègue gagné à la cause progressiste et les choses inclinerà un arrangement amiable qui, faisant de la cause des principautés une question pour ainsi dire personnelle entre elles et le suzerain, laissait le protecteur tout à fait en dehors du débat. A ussi, lorsque plusieurs membres du parti phanariote entreprirent à leur tour de signaler à l’envoyé du czar quelques-uns des maux dont souffrait le pays , non par compassion pour ses misères, mais par inimitié contre le prince régnant, M. Duhamel leur répondit-il brutalement , comme pour pousser le pays à bout : « Je ne suis pas venu ici pour écouter les griefs de la nation, mais pour prêter à l'hospodar un appui moral et même matériel (2).

(i) Extrait du Mémoire prétenté à S. P.. Tala'at efendi dans le Mémoire justificatif de la Révot. rouai.; Paris, 1849» P* 7 4 *

(a) Mémoire justificatif, p. 5,

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Révolution du 1 1 |1S juin. Proclamation ET ACCEPTATION DP. LA CONS- TITUTION. — Lemomentcritique approchait. I«s patriotes roumains.voyam qu’il n'y avait rien à attendre de la faiblesse de la Porte , résolurent d’en appeler au prince lui-méme, comme au tuteur naturel de la patrie. Ils voulaient jusqu'à la fin rester dans les voies légales. I.es violences seules du prince les contraignirent à en sortir. Quand ils le virent répondre à leurs ouvertures par des mesures de proscription et d'exil, comprenant qu'ils n’avaient plus à compter que sur euxmêmes , ils résolurent d’agir Tout était prêt pour l'insurrection. Les chefs, avant de donner le signal , se réunirent une dernière fois dans la maison des frères Golesco. Là les rôles furent distribués : Stéphan Golesco, Héliade et le major Tell, qui commandait un bataillon à Giurgevo , furent désignés pour aller à Islaz dans le district de Romanati (Petite Valachie), dont l'ancien capitaine de pandours Magliiero , l’un des chefs du mouvement, était administrateur.

C'était de là que devait partir le signal. La petite garnison d'islaz, formée d'une compagnie sous les ordres du capitaine Plessoiano, attendait les insurgés pour se joindre à eux; on espérait que son exemple entraînerait le reste de la milice.

Les deux frères Balcesco reçurent mission d’insurger les deux districts de Pracova et de Volcea , où ils avaient des relations. Jon Ghica demanda à être envoyé à Constantinople pour s’entendre, s’il était possible, avec la Porte, et, en cas de réussite, remplacer Aristarchi comme fondé de pouvoirs de la principauté. Quelques jours auparavant, Démètre Bratiano avait été envoyé comme délégué, de la part du comité, auprès du ouvernement hongrois. Les autres chefs evaient rester à Bucarest pour se concerter avec les meneurs eu sous-ordre, attendre le mouvement du dehors et précipiter en temps opportun celui du dedans, (t).

Tout étant ainsi préparé, Héliade et Stéplian Golesco partirent secrètement de Bucarest le dimanche 18 juin, et

(l)Héliade Radulesco, Mémoires sur diutuire de ta régénération roumaine : 1 85 1 , p. 55 et 5;.

arrivèrent le lendemain soir à Islaz, où ils trouvèrent le major Tell , le capitaine Plessoiano et le prêtre Radul Chapca, du village de Celeïu, situé à quelques lieues d’islaz. C’est là que, le 31 juin au matin, au milieu d'un certain appareil religieux et en présence de groupes nombreux et ébahis de négociants, de fermiers, de matelots du port, de paysans accourus des villages voisins , de soldats et d’officiers ( deux autres compagnies et un peloton de cavalerie stationné à Zimniicea, à deux lieues d'islaz, s'étaient joints à la compagnie du capitaine Plessoiano ), Héliade donna lecture delanouvelleconstitution, dont les principes, formulés en viDgt-deux articles, étaient développés dans une magnifique allocution àla nation et auprince(l). La proclamation, datée d’islaz, du camp de la régénération, le 9 juin, était signée : le prêtre Chapca, Jean Héliade, Stéphan Golesco, Christian Tell et Nicolas Plessoiano. Ceux-ci se constituèrent alors en gouvernement provisoire en s'adjoignant Maghiero; et le même jour, aprèsquetous les assistants eurent prêté entre leurs mains le serment de fidélité à la constitution, ils adressèrent au prince Bibesco par l'entremise de Maghiero, dont la connivence restait secrète, une lettre dans laquelle ils présentaient la révolution comme une nécessité de salut public, et adjuraient le prince, au nom de la patrie, d’en prendre la direction suprême.

Une grande fermentation réglait alors à Bucarest. Le départ subit et mystérieux d’Héliade et de Stéphan Golesco avait donné l’éveil à la polie# ; dès le lendemain les arrestations commencèrent et se continuèrent les jours suivants. Le capitaine Théologo, le professeur Negulici, l’archimandrite Josaphat Sna-

foveano, Constantin Rosetti, Jean oïnesco furent successivement emprisonnés et mis sous le secret La police faisait rechercher activement les frères Golesco, Jean Bratiano et les autres membres du comité révolutionnaire. Le 32 juin , la nouvelle de la proclamation de la constitution au camp d’islaz parvint à Bucarest : le' même jour, trois

(1) Cette proclamation avait été rédigée à l’avance et imprimée secrètement par Héliade, dans sa propre maison.

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jeunes gens, traînés par la police depuis une semaine, tirèrent sur le prince et sur son ministre Villara à la promenade. Cet attentat , que l'on ne manqua as d'attribuer aux révolutionnaires , ien qu’ils y aient constamment dénié toute participation , redoubla les inquiétudes de Bibesco. Il voulut sonder les dispositions des troupes en garnison à Bucarest, et le lendemain il parcourut les casernes , harangua les officiers et les soldats, en parlant vaguement de complots contre l’État , et leur demanda s'ils seraient prêts à soutenir le gouvernement. La réponse, à la fois ferme et respecteuse, accrut les alarmes du prince au lieu de les calmer :

« S’il s’agit de tirer l’épée contre les ennemis de notre patrie , dirent-ils, comptez sur nous-, mais nous ne nous battrons as contre nos frères, qui veulent notre ien et celui du pays. • Bibesco rentra consterné à son palais , et donna l’ordre qu’on discontinuât les arrestations.

Quelques heures après, il reçut l’estafette de Maghiero qui lui apportait le texte de la proclamation avec la lettre des insurgés d’Islaz.

Il délibéra, dit-on , lui qui , à la première nouvelle de l'insurrection , avait envoyé à Maghiero pour toute réponse ces trois mots : » A mort tous ; » il délibéra , mais déjà il n’était plus temps.

Le même jour, quand on avait appris l'échec de Bibesco aux casernes, un neveu de Maghiero, cadet a l’école militaire, suivi de plusieurs de ses camarades, s’était présenté sur la place du marché avec une copie de la proclamation, en avait fait lecture à haute voix, affirmant que Bibesco y donnait son adhésion, et avait invité le peuple à se rendre au palais pour remercier le prince. En un clin d'ceil plus de deux mille personnes se groupèrent autour des jeunes gens, et les suivirent vers la demeure de l’hospodar en promenant par les rues des drapeaux tricolores. Le prince, soit entraînement, soit surprise , accepta aussitôt la constitution, qu’il signa au milieu de hurraks frénétiques, et nomma, séance tenante, un nouveau ministère pris en entier, à l’exception du spathar (M. Odobesco ) , parmi les chefs du mouvement.

Ainsi les deux frères Goiesco, Nicolas et Slépban , étaient nommés, le premier

à l’intérieur, le second à la justice; Magiiiero, aux finances; Uéliade, à l’instruction publique et aux cultes ; Nicolas Balcesco, au secrétariat d’Etat; Rosetti , à la police. ( 23 juin. )

Abdication de Bibesco. — La nouvelle de ces changements parvint le lendemain dans la nuit à Iléliade et à ses collègues, qui, après avoir été reçus en triomphe à Caracala , s’avancaient vers Craïova, capitale de la Petite Yalachie, au milieu d un immense concours de citoyens et escortés par une véritable armée de milieiens et de dorobantz. Ils envoyèrent dans la même nuit un message à Bucarest, par lequel ils demandaient, 1° le renvoi d’Odobesco et son remplacement par Tell; 2" la nomination de Maghiero comme capitaine général des dorobantz et de l'armée irrégulière ; 3» la reconnaissance de tous les actes promulgués par le gouvernement provisoire depuis le 21 juin.

A ces condttoins , ils répondaient de la trauquillité du pays ; sinon , les représentants de la nation viendraient, avec le camp, traiter aux portes de Bucarest. A cette fière réponse l’hospodar , déjà ébranlé par les remontrances et la protestation du consul général de Russie Kotzebuef 24 juin ), sentit faiblir son courage et son patriotisme , et le troisième jour, à deux heures du malin, après avoir, par un dernier office , confié le gouvernement aux mains des nouveaux ministres qu’il venait de nommer, il abdiqua , et passa à Croustadt, eu Transylvanie ( 25 juin) (t).

A la nouvelle du départ du prince ,

(i) Voici le texte de cette abdication, traduit littéralement d’après l’acte officiel : n Au conseil des ministre*.

« Nous, George-Démétr* Bibesco, par la grâce de Dieu, prince régnant de Valachie.

« Attendu que je sent que l'état de mes forces n’est point en rapport avec les exigence» des circonstances actuelles , et afin que ma conscience ne me reproche pas d’avoir compromis le sort de mon pays en continuant à nie charger d’uu fardeau trop lourd pour moi , je remets le gouvernement entre vos mains, et rentre dans la vie privée avec le contenlemenlquedonne une conscience pure, « Georges-Démètre Bibesco.

« Bucarest, le i3 (*5) juin «848- »

L'UNIVERS

le peuple se porta en masse au palais du gouvernement et demanda la nomination par acclamation d’un gouvernement provisoire définitif. L’élection eut lieu seance tenante, et le gouvernement fut composé comme il suit :

Président, S. Em. le métropolitain Néophyte.

Membres , MM. Héliade, Stéphan Golesco , Tell , Magbiero , Scurto.

Secrétaires avec voix délibérative , MM. A. -G. Golesco, Nicolas Balcesco, Rusât i et Jean Bratiano.

* Ministres, Nicolas Golesco, J. Canpineano , Constantin Philippesco, Odobesco , Héliade, J. Voïnesco II, Nitzesco.

Des exprès furent envoyés aux membres du gouvernement dans la Petite Valachie pour les inviter à se rendre, immédiatement dans la capitale , où ils arrivèrent dans la journée du 28.

Trois jours auparavant, MM. Duhamel et Kotzebue avaient quitté Bucarest et s’étaient rendus en Moldavie par Fokchanl, d’où M. Kotzebue protesta de nouveau par une lettre adressée au métropolitain , sous la date du 18 (30) juin , contre les actes illégaux qui venaient de s’accomplir. « Les suites de cette infraction patente aux traités, était-il dit dans la lettre, sont immanquables ; et je viens de recevoir la nouvelle que les troupes de S. M. l’Empereur, mon auguste maître, ont franchi le Pruth , et se dirigent vers la frontière de la Valachie. »

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