‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 30 sur 300 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Lrs tartares sur le Danube.

En Moldavie', les tribus romanes étaient constamment inquiétées par les Tartares ISogaïs qui occupaient la Bessarabie et infestaient les embouchures du Danube, de sorte que les plaines nécessaires à l’existence de leur innombrable cavalerie, n'offraient plus ni habitations ni cultures. Cependant une partie de ces provinces était restée aux Cumains , ce qui lit donner à toute la Moldavie le nom de Cumanie Noire. Le Budjac était peuplé d« Tartares-Nogaïs, et selon Kogalnitchan, cet état de choses dura jusqu'en 1364, époque ou Dragos, fils de Bogdan, roi de Maramos, passa en Moldavie et y fonda la principauté de ce nom. Quelquefois, surtout a certaines époques, on trouve les Valaques confondus avec les Bulgares par les annalistes hongrois, bohèmes et polonais; c’est qu'alors les deux races, quoique distinctes prenaient le nont de celle qui se trouvait dominante. Ainsi, lorsque les Bulgares s'emparèrent de la Mcesie , ils s'unirent aux Valaques, et, formèrent avec eux le royaume qui subsista jusqu’à la mort de Samuel. Ce roi des Bulgares avait d'abord remporté sur les Grecs de grands avantages; poussant ses conquêtes jusque dans la Thrace et la Macédoine, il allait pénétrer dans le Péloponnèse, lorsque Nicéphore, général de l'empereur Basile, l’enveloppa et détruisit son armée. Le roi n’échappa qu’en se tenant longtemps caché parmi les morts. Les tentatives qui suivirent cette défaite , ne furent pas plus heureuses. Dans un dernier combat, l'empereur Basile lui lit quinze mille prisonniers auxquelles il ordonna de crever les yeux. Samuel, qui ne pouvait tirer vengeance de cette barbarie , en mourut de douleur. Son fils Gabriel, qu’on désigne tantôt par le nom valaque de Roman, tantôt par le nom slave Badomir, succéda à Samuel ; il venait de gagner

une victoire sur les Grecs , lorsque son cousin Vladislas le tua et se soumit à l’Empereur. Mais Basile, le soupçonnant de nourrir des intentions perfides, en* voya des troupes qui lui livrèrent près de* Dyrradiium un combat où il perdit la vie. Depuis cette époque, la Bulgarie devint une province de l’Empire, qui donna à Basile le surnom de Bulgaroetone, ou destructeur des Bulgares. Le mouvement des croisades contribua à maintenir les Bulgares ou Valaques dans la soumission; mais, lorsque le repos eût réparé leurs pertes. Ils reprirent le sentiment de l’indépendance.

« L’Empereur Isaac l’Ange, A l’é- « poque de son mariage avec la fille « deBcla, roi de Hongrie, exigea des « contributions extraordinaires des pro-

* vinces. Les Bulgares surtout en furent « mécontentés. Pierre et Asan, deux

• frères Valaques du mont Hœmus, « dont l’un avait reçu un soufflet de « l’Empereur, jurèrent de tirer ven-

Seancc de cet outrage. Ils profitèrent e la fermentation des esprits pour « exciter le peuple à la révolte.

« Comme on hésitait encore, quelques • hommes qui se prétendaient inspirés, « répandirent le bruit que Dieu promet- « tait le succès à la rébellion. Alors les • Valaques descendirent de leurs mon- « tagnes, sous le commandement de « Pierre et d'Asan, et s’étant joints aux « Bulgares, ils dévastèrent le territoire a de l’Empire. Isaac l’Ange marcha • contre eux (1187); mais à son ap- < proche , ils se retirèrent dans leurs ■ défilés. L'Empereur les poursuivit; « et, à la faveur d’un brouillard, il a dispersa les rebelles, qui franehia reut te Danube, et allèrent demander a du secours aux Romans et aux Cu- « mains de la Dacie. Accompagné de a ces nouveaux alliés, Asan repassa le a Danube et chassa les Grecs rte la Mce- « sie. Jean Cantacttaène, beau-frère a d’Isaac, marcha contre les rebelles « qui regagnèrent leurs montagnes.

« Croyant que les ennemis avaient pris « la fuite, et qu’ils u’oseraient pas venir a l’attaquer, Cantacuzène établit son a camp au milieu des plaines, sans a l’entourer de fossés, et en négligeant a toutes tes précautions ordinaires. Les a Bulgares et les Valaques y pénétrè-

« reut pendant la nuit, et firent un « grand carnage dans l’armée grecque, a Cantacuzène, avec un petit nombre a d’hommes, s'estima heureux de rea gagner Constantinople.

« Isaac l’Ange, apres cette défaite, « rassembla une plus forte armée , et « résolut de marcher en personne contre « les Bulgares. Arrivé à Tanrocome, a il apprit que les ennemis pillaient les « contrées voisines rie Lardée, et qu’a-

• près avoir fait un butin immense , ils « se disposaient à retourner dans leurs a montagnes. Il pressa sa marche , et « quatre jours après , il rencontra l'ena nemi près de Bérée. Les Valaques mi- « rent le butin sous la garde d’un a détachement, et se préparèrent au « combat.

» Nicétas qui avait accompagné l’Em- « pereur, en qualité d’historiographe , < décrit tous les détails de la bataille ,

• et la manière de combattre des Bula gares et des Romans qu’il appelle « Scythes et Valaques. Ils firent d’abord « dit-il, plusieurs décharges de flèches, a puis ils prirent les lances à la main, a Ils feignaient de prendre la fuite pour « engager les Grecs à les poursuivre; et « ils revenaient à la charge avec la rapi- « dite de l'oiseau. Ils répétèrent plu- « sieurs fois cette manœuvre, et voyant a que la victoire penchait de leur côté, a ils cessèrent ae fuir, mirent le saa bre à la main, et, poussant des cris a terribles, ils fondirent sur les Grecs « avec une impétuosité sans égale, a tuant tous ceux qui résistaient et « atteignant les autres dans leur fuite. « Isaac l’ Ange sc sauva à peine arec a son armée ; et le printemps suivant a il se remit en campagne contre Asan,

ui avait pris le titre de roi. Il périt trois mois devant une forteresse , « et se retira pour revenir l'année sui- « vante. Pour cette fois, il pénétra « jusqu’à l’Hémus, où les Valaques,

• après l’avoir enfermé dans des défilés, a détruisirent son armoe, et ilsseseraient a probablement emparés de sa personne, a si quelques cavaliers ne se fussent a sacrifiés pour lui donner le temps de « fuir.

Les Valaques profitèrent de leurs avantages ; ils s’emparèrent de quelques places importantes, parmi lesquelles

L’UNIVERS

étaient N issus et Varna. Bientôt les troubles de Constantinople leur permirent de saccager Philippopolis et Sardique, et de pénétrer dans Andrinople. De nouveaux succès signalèrent les expéditions des deux frères, contre les armées des Grecs, et ils ne les durent pas moins à leur courage qu’a l'imprudence de leurs ennemis qui s'engageaient , à la suite de quelques avantages, dans un pays montagneux et coupé dont les Valaques connaissaient toutes les issues.

Asan et Pierre périrent tous deux assassinés. Jean leur succéda , et s’avança subitement dans la Tliraee et la Macédoine. Parmi les chefs Valaques de cette époque, Kogaluitcltan, dont nous abrégeous le récit, parle d'un guerrier noimnéCbrysus auquel Alexis Comnène se vit réduit à demander la paix. Alors les Cuinains, menacés par les Russes, laissèrent les Valaques à leurs propres forces. Jean, que les annalistes appellent souvent roi des Bulgares, parce que le pape Vincent 111 lui conféra ce titre pour l'attirer a l'Église latine, ne resta pas longtemps en bonne intelligenceavec l'empereur Baudouin. Celuici répondit avec fierté à Jean qui lui faisait des ouvertures pacifiques, qu'il ne devait point lui écrire coinmeà un égal, mais comme à son suzerain. Blessé de cette prétention, Jean secourut Andrinople, qui venait de se révolter contre l'empereur, et battit complètement les Latins. Le comte de Blois, et un grand nombre de chefs tombèrent dans le combat.

Ils poursuivirent imprudemment un corps ae cavalerie qui fuyait pour les attirer; l'excèsde la bravoure occasionna unederoutecomplète, l’empereur tomba entre les mains des Bulgares. Le doge Dandolo et Villehardouiu rallièrent les débris de l’armée, et opérèrent la retraite sur Constantinople, vivement poursuivis par l'ennemi, ayant a traverser une province soulevée, et laissant Baudouin au pouvoir d'uu vainqueur irrité, qui lui fit couper les jambes et les bras. Telle fut la destinée d'un jeune

f (rince, que si peu de temps auparavant a fortune avait appelé de si loin au trône de Constantinople. Mutilé, jeté sur un rocher, il y expira au bout de trois jours.

Le doge Dandolo ramenait, à travers mille périls, les restes d’une armée qui venait de soumettre un empire. La bataille avait été perdue le 24 avril 1206. Dandolo, le promoteur de cette entreprise, qui semblait se terminer d’une manière si déplorable, succomba deux mois après, et fut enterré dans l'église de Sainte-Sophie.

Jean qui n'avait délivré Andrinople que dans l'espoir de s'en emparer, se mit à exercer toutes sortes de cruautés contre les Grecs, et prit le surnom de Roméoctone, ou destructeur des Romains. 11 vainquit en plusieurs rencontres Heuri, frère et successeur de Baudouin, prit parti pour Lascaris, et s’avança jusqu'à Constantinople.Ce prince, dont la cruauté a terni les exploits, fut enlevé par une mort subite, lorsqu'il assiégeait Tessalonique. Ses Etats comprenaient le banat en Valacliic. On lui attribue la fondation de Craïova { ville du roi Jean ).

Burala, son neveu, lui succéda, au préjudice de son fils, nommé aussi Jean , qui remonta sur le trône, douze ans après (1217). Il chercha à s’affermir sur le trône par des alliauces avec des princes grecs et le roi de Hongrie. Théodore Lascaris voulut le traiter en vassal; mais jjean battit l'empereur et le fit prisonnier. Après celte victoire, il prit Andrinople, Serres, s'empara de la Thessalie et porta ses armes victorieuses jusque dans l’Illyrie. La politique des Grecs tendit constamment à se faire des auxiliaires des Bulgares contre les empereurs latins; et souvent des mariages cimentèrent ces alliances qui étaient aussi peu sincères d'un coté que du l'autre. C’est ainsi que Jean Yatatzes su réunit au roi des Vainques contre un troisième Jean ( de Rrienne ), qui put voir leurs étendards flotter sous le murs de sa capitale. Ce prince dont les historiens louent le courage et l’esprit d’ordre et de justice, fut sur le point de se convertir a la foi de l'Eglise latine; mais, comme il hésitait encore, des malheurs de famille qui le frappèrent soudainement, lui semblèrent uu châtiment du ciel, et il renonça à ce projet. Apres sa mort, qui eutlieuen t24t,Coloman son fils, monta sur le trône, et mourut empoisonné dans la cinquième année du

son règne. Il eut pour successeur Michel Asar, sous lequel la Bulgarie jouit d'une tranquillité dont témoigne le silence de l'histoire. Cependant, après une campagne heureuse contre les Grecs, il conclut avec eux une paix qui mécontenta les Valaques, et fut tué par Coloman, fils d'Alexandre Asan qui ravit sa couroune, épousa sa veuve , et périt également de mort violente. Avec lui s’éteignit la branche des rois Valaques sortis d'Asan, frère de Pierre et de Jean. En suivant l'ordre chronologique, on trouve ensuite Mytzès que chassa du trâne Tœchas.

Ce dernier répudia sa femme pour épouser Irène, fille de Théodore Lascaris II; et après dix-sept ans d’un règne troublé par des guerres continuelles, il fut tué dans une bataille par Cordocuba, que les historiens byzantins nomment Cachant'. C’est vers cette époque que Nogaï, chefs des Tartares qui ont pris son nom, ouvre une série ue nouvelles guerresfatales à la Bulgarie, et qui préparent son asservissement aux Turcs sous Sisman. Nous nous contentons d'indiquer eu passant, Tertirès, Cumain d'orgine, Tzacas, fils d'un khan des Tartares, assassiné par Sviètoslaf, qui mourut en 1322; Georges, fils de ce dernier, Michel Straschimir et Alexandre qui précéda Sisman dont le règne, eom me nous venons de le dire, marque l’époque de l'asservissement de la Bulgarie à l'empire ottoman.

L'influence des États slaves sur les

provinces Danubiennes se trouvait pour longtemps arrêtée par la conquête des Mongols et des Turcs. La Pologne et la Gahcie, de même que la Hongrie et la Bohème, menacées par les invasions de l’Orient, se trouvaient de plus en plus engagées dans le mouvement des intérêts allemands, et quoique les mœurs slaves se refusassent à une assimilation complète, félsn religieux suffisait ponr les grouper provisoirement contre l’ennemi. Cette tendance générale, résultat de la nécessité, n’empêche pas le désordre de se faire jour à travers toutes les lacunes d'un système vicieux, où tout dépendait des hasards de la guerre et du caractère des chefs.

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