BAJAZET
Rajazet , qui occupa le trône après Amurat, recula les limites de l'empire en s'emparant de la Caramanie. La conquête de Constantinople souriait à son ambition et, pour arriver sûrement à ce but, il voulait soumettre les provinces Danubiennes. Ce prince, surnommé l’Eclair à cause de la rapidité de ses conquêtes, avait commencé son règne par un fratricide. Ils’assura d’abord d’Etienne, fils de Lazare, en lui rendant une partie de la Servie. A cette époque, les Hongrois , et les Polonais au lieu de s’unir aux Valaques, aux Serviens et aux Moldaves contre l’ennemi de la chrétienté, s’occupaient de prétentions étroites et s’efforçaient de s'enlever réciproquement leurs alliés. Mirce de Valachie,et Mussatin, prince de Moldavie, conclurent un traité défensif avec Jagellon. Cette précaution n'empêcha point Baiazet, déjà maître d’une partie de la Bulgarie, de prendre à Mirce Vidin et Sistow. En même temps Sigismond profitait des embarras de ces princes pour envahir leurs États et se venger aussi de leur alliance avec le roi de Pologne. Dans cette extrémité, Mirce se tourna du côté du plus fort èt se soumit à Bajazet qui lui laissa sa province, et se contenta de lui imposer un tribut de cinq cents piastres d'argent (1393). Ce tribut n’était pas onéreux, mais il représentait le suzeraineté des sultans, qui plus tard l'augmentèrent selon leur convenance. L'expédition de Sigismond contre les Valaques, soutenus parles Turcs, u’eut point de résultat important. Au reste, ces derniers aimaient mieux voir les chrétiens s’affaiblir entre eux que de prendre une part active dans des démêlés qui ne les regardaient qu’indireetement.
Bientôt Bajazet s’empara de la ville de Silistrie qu’il avait laissée à Mirce; alors
ce dernier se tourna vers Sigismond qui résolut d’attaquer les Ottomans, en réunissant les forces de plusieurs États chrétiens. Cette ligue amena la bataille de Nieopolis, dout le résultat n'est pas douteux , mais dont les détails sont appréciés diversement. Nous rapporterons cette bataille, dont le succès, selon les auteurs moldaves , est dû aux Serviens.
BATAILLE ns NICOPOL1S.
Sigismond avaitréuni une armée considérable que les princes chrétiens, à la prière du pape Boniface IX, appuyaient dcpuissants renforts. Elle se composait, selon Kogalnitchan, de troupes hongroises et transylvaines, de Valaques, sous le commandement de Mirce ; de Moldaves que guidait le prince Étienne 111, dont les Turcs avaient éprouvé le courage ; de chevaliers de l’ordre Teutonique, sous les ordres de leur grand prieur Frédéric de Hohenzollern ; d'un grand nombre de chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem avec leur grand maître Philibert de Naillae; de chevaliers bavarois, sous le prince électeur palatin, comte de Montbéliard; de troupes stvriennes, sous les ordres du comte de Cilly; et enfin de mille chevaliers français, d'autant d’écuyers et desix mille mercenaires. Les Français étaient commandés par le comte d'Eu, prince du sang et connétable; par le maréchal Boucicaut, le sire de Coucy, le prince de Bar, Guy de la Trémoille, etc., etc.
« Le 27 septembre, veille de la bataille, Sigismond avait proposé de placer au front de la bataille les Valaques et les Moldaves, comme plus habitués à soutenir le choc de la cavalerie turque, « et d'opposer les Français aux janissai- « res, tandis que les Hongrois et les Al-
• lemands soutiendraient l'attaque des « Français et feraient tête aux spahis.
« Mais la jeune noblesse française crut « que l’honneur national serait compro- « mis si d’autres commençaient le com- « bat. Coucy et le comte d’Eu appuyè- ■ rent en vain l’avis du roi, l’opiniâtreté
• du connétable entraîna tout. Il par- « tagea l’armée française enavant-garde
• et en corps de bataille sous les ordres « des comtes de Nevers et de Coucy, et « prit lui-même le commandement de la » colonne d’attaque. A mille pas en ar- « rière des Français se développait i’ar-
«a L’UNIVERS.
« inée hongroise, qui formait aussi l'aile « droite; les Valaques composaient « l’aile gauche ; au centre se trouvaient « sous les ordresdu palatin Gara, outre « ses propres troupes, celles du comte « deCillyetles mercenaires allemands.
< C’est de cette position queSigismond, « entouré d'une garde d’élite, suivait les
• mouvements de l’armée entière, forte « de soixante mille hommes selon les « uns , de cent et même de cent trente
• mille selon d’autres.
« Quant à l’armée des Turcs , la « même incertitude règne sur sa valeur « numérique; les écrivains chrétiens la
• portent a deux cent mille combattants, « tandis que les Orientaux ne l'évaluent
■ qu’à soixante mille. Ce lut devant Nico- « polis, dans une plainede quatre lieues « de longsurdeuxde largeur, le 28 sep- « temhre 1396, quese livra cette bataille « célèbre, dont les suites décidèrent
■ sans doute du sort de Constantinople.
« I-es Français attaquèrent d'abord, et
■ enfoncèrent la cavalerie légère qui « formait le front de l’armée turque. Ils « rencontrèrent ensuite les janissaires,
• qui, rompus à leur tour, allèrent se
• reformer derrière les spahis qui pliè- « rent sous le choc de cette cavalerie
• pesante, et dont la retraite simulait « une fuite. Les chevaliers se précipi- « tèrent, croyant qu’il ne leur restait « plus qu'à poursuivre unennemi vaincu.
« Tout à coup ils rencontrèrent devant « eux unemurailledequarantemillelan- « ces; c'était la garde du soltan. A cette « vue ils voulurent fuir, mais il n'etait « plus temps; toutefois ils retrouvèrent « leur courage pour mourir. L’armée « de Bajazet trouva une faible resis- « tance dans le reste des troupes chré- « tiennes. Etienne Lazkowitch, ennemi « secret de Sigismond.se relira avec ses « Hongrois, ce qui entraîna la fuite des « Valaques dont le prince alla implorpr « le sultan. Le centre, compose des « Styriens, des Bavarois et de la garde « dti roi, soutint avec fermeté l’attaque « des janissaires, et les rejeta en désor- « dre sur les spahis , lorsque le despote « de Servie, le (Ils de ce même Lazare « vaincu a Eossow o, et qui combattait
• pour Bajazet, décida du sort de la
• journée. Sigismond, suivi de quelques
• cavaliers, nes'échappa qu'avec peine;
• il s’embarqua sur le Danube et par* « vint à rejoindre la flottille des alliés. •