CHAPITRE XL
Manuel Paléologue occupait alors le trône de Constantinople, plutôt menacé que protégé par Bajazet. Son frère Andronic mourut, laissantson fils Jean héritier de ses prétentions. Lejeune prince, qui avaitrecouvré l’usagedela vue, aspirait à reprendre un sceptre dont le poids fatiguait son oncle. Il s'adressa au sultan, lui fit part de ses projets, et promit de lui abandonner Constantinople s’il le laissait maître de laMorée. Il obtint du sultan pne armée qu’il conduisit devant Constantinople, pour inquiéter Manuel etexciterun mouvement dans la capitale.
L’empereur, sevoyant entre deux ennemis, abandonna à Jean la couronne.
La crainte des Turcs engageait le nouvel empereur à tenir sa parole; mais les Grecs le pressèrent de résister à la colère du sultan, et promirent de le défendre jusqu'à la dernière extrémité. La Providence le tirade cette perplexité. Tainerlan allait à son tour faire tremblerle vainqueur de Nicopolis, dont toute la gloire s’éclipsa à la sanglante journée d’Ancyre. Le chagrin abrégea ses jours ; il mourut témoin de la gloire du héros tartare, qui lui fit de splendides obsèques.
Les règnes de Soliman et de Mussa, fils de Bajazet , n’offrent rien de remarquable, ou du moins d'uninterétgénéral. Ce dernier vainquit son frère, que ses débauches avaient rendu odieux, battit Sigismond à Sémendria , et ses généraux s'emparèrent de Thessalonique. Tandis que Mussa, amolli par ses succès, se livraitau repos à Andrinople, Mahomet, le troisième des fils de Bajazet, se conciliait la faveur de l'armée parsa bravoure et son activité. Il s’était ménagé l’appui de Manuel, qui avait repris le sceptre à Jean lorsque Tamerlan eut abaissé Bajazet, et il avait profité dos revers des Turcs pour recouvrer une partie des provinces que la guerre avait fait perdre à l'empire. Il fournit à Mahomet des galères pour le transporter en Europe avec son armée. Mussa, surpris par son frère, perdit la bataille et la vie. Mahomet, après cette victoire, entra dans Andrinople, où il reçut l’hommage de l’armée. Ce prince commença par s'assu-
rer l'alliance des Grecs en rendant à l’empereurTIiessalouique et quelques places fortes sur le littoral de la mer Noire. Pour punir Mirce, voiévode de Valachie, d’avoir secouru Mussa, il passa le Danube. s'empara de Severin, de Jénikalé, fortifia Giurgévo, ce qui le rendait maître du lleuve, et dispersa les troupes qui essayèrent de lui résister. Les Moldaves et les Bulgares ne furent pas plus heureux. Libre de ce côté, il se porta rapidement en Asie, délit Caraman Ogli, dont le père avait recouvré ses Etats par la protection de Tamerlan, et se contenta de prélever un tribut sur les provinces conquises.
Ces passages fréquents d'Europe eu Asie et d'Asie en Europe avaient l'ait sentir aux Turcs la nécessité d'agrandir leur marine. Les établissements nombreux des Génois et des Vénitiens dans le Levant leur fournirent à cet égard des ressources et des modèles. Vers l'an 1416, le Soudan de Babylone, peu soucieux des traités, après avoir inquiété le commerce de la république de Venise, ruinait les riches comptoirs qu’elle avaita Damas, tandis que les Turcs mettaient à feu et à sang tout le pays plat de l'île de Négrepout, et que Mahomet armait une puissante flotte qui menaçait Candie. Il serait ditbcile de dire de quel côté vinrent les provocations ; car, de son côté, le duc d Andros, vassal de la république, ne cessait de faire des courses sur les Ottomans, ta seigneurie, pour protéger son pavillon, envoya, sous les ordres de Lorédan, une flotté de quinze galères dans les mers de Constantinople. Toutes ces mesures hostiles se prenaient sans que la guerre eût été déclarée. La flotte vénitienne portait des plénipotentiaires chargés de donner ses explications et de prévenir une rupture. Mais, lorsque les Turcs virent Défiler le long de leurs côtes le cortège formidable qui accompagnait les ambassadeurs, ils lirent feu sur l’escadre qui répondit par des déchargés de son artillerie. Alors la flotte turque appareilla pour venir attaquer les Vénitiens ; et, le 39 mai 1416, les deux armées se livrèrent un combat sanglant à la vue de Gallipoli.
ta victoire des républicains fut cornplète , quoique leur amiral Lorédan eût reçu plusieurs blessures. Celui des Turcs y perdit la vie. Cinq galères et
plusieurs autres bâtiments restèrent au pouvoir du vainqueur, qui lit passer au iil de l’épée tous les Génois, Catalans. Siciliens et Provençaux qui se trouvaient au nombre des prisonniers. Quant aux Candiotes qui avaient pris du service dans les équipages turcs , ils furent écarteles , et l'on suspendit leurs membres à la proue des galères. Apres de longs pourparlers, il fut convenu que l'on considérerait comme des malentendus tous les griefs qu’on avait de part et d'autre à se reprocher. Les prisonniers furent rendus; il fut stipule que le gouvernement turc ne prendrait plus désormais fait et cause pour les corsaires de sa nation, et que les Vénitiens seraieut en droit de les traiter en ennemis.
Mahomet donna le gouvernement d'Amasie à son jeune fils Amurat , et les dernières années de sa vie furent troublées par les guerres et les prétentions du faux Mustapha, qui voulait se faire passer pour le 1 rire du sultan, tué à La bataille d’Ancyre. Après avoir recommandé Amurat à ses deux vizirs, il mourut à Andriuople.