‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 44 sur 300 · CHAPITRE. XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE. XL

BATAILLE DE VABNA.

• L’armée traversa les plaines de la Bulgarie le long de la chaîne de l'Hémus, précédée par trois mille Hongroise) par quatre mille cavaliers vainques, commandés par Hunyade lui-même (1).

(■) Comme la bataille de Varna n'a pré-

Après quelques légers avantages, elle arriva en vue de Varna.

■ Amurat avait abdiqué en faveur de son fils Mahomet II : mais le nouvel empereur n’inspirant pas assez de confiance , les Turcs envoyèrent des députés à son père pour le prier de reprendre les rênes du gouvernement. Le sultan, après quelque hésitation, remonta sur le trdne, acheta la paix des Génois en leur payant un ducat par tête , se servit de leurs vaisseaux ponr passer le Bosphore, et. vint camper avec son armée, forte de quarante mille hommes, à environ une lieue des Hongrois. Le 10 novembre 1444, les deux armées s'ébranlèrent.

Hunyade fortifia ses derrières à l’aide de machines et de chariots. L'aile gauche. appuyée à un lac, était sous lesordres de l’évêque de Groswardein, et composée en grande partie de cavaliers polonais.

Hunyade avait posté le roi avec les ban-

cédé que de neuf années la prise de Constantinople, nous avons cru devoir entrer dans ces détails . L'historien qui les a recueillis avec soin dans des auteurs peu connus en France, tels que Callimaque, Ronfinius, Turoçz, Pray, Dlugoss, nous a paru s’égarer, par un sentiment patriotique, eu reprochant à Kugel (Histoire de Hongrie) d'avoir avancé que dans le conseil de guerre, lorsque Hunyade accusa de félonie le prince valaque, celui-ci lira son sabre contre le général hongrois, et qu'ayaot été désarmé, il fut forcé, pour sa rançon, de donner quatre mille cavaliers. Nous ignorons la source où Kngel a trouvé celle circonstance ; mais nous pensons que la caractère de Dracu rend d’abord le fait vraisemblable ; et ensuite que cet autre fait constant que Hunyade, et non le fils de Dracu, commandait les Valaques auxiliaires, donne au récit d’Engel un caractère probable. Il est juste de recounaitre que les Moldo-Valaques ont été braves, comme le sont encore de nos jours les Albanais, les Serviens, les Dalmates et les Monténégrins; mais, sous le rapport de la ruse, ils ue le cèdent en rien aux Urientaux, et la nature de leurs rapports asec des peuples plus puissants qu'eux et constamment appliqués soit à les dominer, soit à leur nuire, explique naturellement celle duplicité, si elle ne l'excuse. L’oppi ession et l'avidité des Pliauarioles, qui ont été pendant si longtemps les lyrans en sous-ordre de ces malheureuses provinces, n'ont pu que contribuer à y répandre la ruse et l'astuce, seules armes du faible contre le fort.

nières des magnats dans une voilée entre la ville et le lac, en le priant de ne se montrer que lorsqu'il serait averti.

L’aile droite entre le lac et la mer formait la principale force des Hongrois.

Le grand drapeau noir du royaume était porté par Étienne Bathory ; l’évêque d'Erlau et le ban de Tholdcz commandaient eettedivision de l’armée. llunvade n'assigna aucune place aux Valaques, se réservant de les faire agir sur Ifs points où les secours seraient nécessaires. L’aile droite des Turcs était sous les ordres du beglerbeg de Roumélie, et la gauche obéissait au beglerbeg d'Anatolie . Amurat , avec ses janissaires, occupait le centre; devant lui s’étendait un fossé hérissé de pieux : il avait fait attacher au haut d’une lance le traité dont Wladislas avait juré l'observation sur l’Evangile. Les chameaux et les bagages couvraient ses derrières.

k La bataille commença par unecharge delà eavalerie d'Asie; rfunyade avec les Valaques la culbuta et pénétra jusqu'à la tente du sultan; mais l'imprudence de Wladislas vint tout compromettre. Impatient de combattre, il s’était élancé sur l'ennemi qui prollta de ce faux mouvement. Il rencontra dans la mêlée Amurat, qui perça son cheval d'un javelot.

I« roi tomba, et un vieux janissaire lui trancha la tête. Attaché ,1 une lance, ce sanglant trophée jeta le découragement dans les rangs des chrétiens. les Valaques, qui s'étaient vus sur le point de vaincre, avaient perdu un temps précieux à piller les bagages et les tentes du sérail; eu apprenant la mort du roi, ils se retirèrent précipitamment avec Hunyade pour mettre leur butin en sdreté. Amurat attendit jusqu'au lendemain pour achever la victoire que la nuit avait empêché de rendre décisive. Un grand nombre de Hongrois, les évêques d'Erlau et de Groswardein, Etienne Bathory et le cardinal Julien furent faits prisonniers. •

L’issue de cette bataille prouve que Dracu n'avait pas fait des vœux bien sincères pour les chrétiens, ou du moins

Su’il mettait ses ressentiments au-dessus e toute autre considération. En effet, H retint Hunyade prisonnier, et s’en fit un mérite atix yeux du sultan. Le gé-

néral hongrois avait à plusieurs reprises dévasté le territoire de la Valaclne; il s’était fait donner par Sigismond , au détriment de Dracu, le bannat d'Amla et de Fogaras, et avait appuyé de toute son influence le parti de Dan , dont les prétentions hostiles avaient plus d'une fois divisé la cour et troublé le pays.

Amurat, qui n’avait repris le sceptre que pour céder au vœu des Turcs , le rendit à Mahomet apres cette victoire.

Heureux à la guerre, le malheur l'avait cruellement éprouvé dans ses affections ; la mort de deux fils, enlevés par une maladie contagieuse, lui parut un avertissement du ciel , et le détermina à descendre du trône, au milieu de la gratitude publique. Il fit proclamer son jeune héritier à Andrinople, et se retira a Magnésie.

L'inexpérience du sultan et sou goût immodéré pour les plaisirs encouragèrent bientôt les dilapidations; l'indiscipline des janissaires menaçait l'empire d'une révolution ; et les conseillers de Mahomet comprirent qu'Amurat seul avait la main assez ferme pour faire rentrer les factieux dans le devoir. Au retour d’une partie de chasse, Mahomet trouva son pere a A"drinople , où il venait de reprendre tous les insignes de la souveraineté. Après avoir reçu une réprimande sévère, il dut se rendre luimême à Magnésie.

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