CHAPITRE XUI
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A cette époque , un ennemi redoutable menaçait les Turcs. Parmi les princes qui s’étaient soumis à Amurat lorsqu'il fit la conquête de la Macédoine et del'Épire, était un chef albanais nommé Jean Castriot, qui fut forcé, pour conserver ses États, de payer un tribut au vainqueur et de lui donner ses quatre fils en otage. Trois de ses enfants périrent, empoisonnés , dit- on, par ordre du sultan. Le dernier, Geor-
5 es Castriot, obtint sa faveur, et fut élevé ans la religion musulmane; mais, avec le désir de s’élever, il avait conservé la foi de ses pères. Les Turcs avaient changé son nom de Georges en celui de Skender dont les Européens ont ta« Scanderbeg. Il fit ses premières armes
sous son protecteur, qui , à la mort de Jean Castriot, se garda bien de donner à ce prince pour successeur un jeune guerrier entreprenant dont le mérite et l'intrépidité lai étaient connus. Scanderbeg avait fait la campagne de Hongrie qui se termina pour les Turcs par la levee du siège de Belgrade. Là, il étudia la tactique des chrétiens , et; les revers des Ottomans lui apprirent comment , pour les vaincre, il suffisait d'opposer à leur fougue une résistance opiniâtre. Un expédient hardi le débarrassa de leur tutelle. L'empereur avait laissé la conduite de eette guerre malheureuse à un pacha que l'ennemi fit prisonnier. Scanderbeg, profitant de la confusion qui s’ensuivit , attira dans sa tente l'officier qui gardait les sceaux de l'empire , et le força de sceller, au nom du sultan , un ordre au pacha d'Epire de remettre entre ses mains la ville de Croia et tout le district qui en dépendait. Muni de cet ordre, il poignarda le pacha, qu'il enterra sur le lieu même du crime pour en effacer la trace, et se hâta d'aller prendre possession de l'héritage paternel. Un chef de ce caractère pouvait compter sur le dévouement des Albanais, et Scanderbeg disposa tout pour une sérieuse résistance. Il obtint des Vénitiens des secours considérables en argent ; il parait que le roi de Naples, Alphonse 1", lui envoya des ingénieurs et quelque artillerie ( 1 ). Amurat résolut de réduire cet eunemi qu'il avait formé luiméme, avaut qu’il eût organisé tous ses moyens de défense. Le sultan s'empara d’abord de quelques places; mais les
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(i)D demande à Alphonse, el par lettres expresses , des mineurs el des canonniers , lai disant, en plaisantant, que les Albanais u’étaient propres qu’à battre des hommes , mais qu’il savait de bonne part que 1rs Italiens savaient l'art de battre tles murailles. Alphonse, en lui envoyant de l'argent et de l’artillerie, lui répondit, sur le même ton, que les Italiens qui allaient le joindre n'étaient pas seulement bons à battre des hommes et des murailles, mais encore à triompher des dames d’Albanie, et que ses guerriers devaient se donner de garde de loger chez eux des conquérants domestiques, en pensant loger des amis étrangers. Scanderbeg montra eette lettre à ses capitaines et en rit avec eux I Guillet, Hittoirt du Mahomet ).
cruautés qu'il y exerça , loin d'intimider l'ennemi , ne firent que l’exaspérer davantage. Scanderbeg avait à peine dix mille hommes à opposera soixante mille cavaliers et à quarante mille janissaires. Croia, située entre des montagnes, pouvait soutenir un long siège ; la garnison était d'environ six mille hommes, et le comte d'Uruena y commandait. Quant à Scanderbeg, il aima mieux tenir la campagne que de s'enfermer dans des retranchements. Il laissa l’ennemi s'engager dans les défilés, qu'il occupait pour lui fermer toute retraite. L’artilierie albanaise, qu’on avait hissée à force de bras sur les hauteurs, foudroyait tout oe qui paraissait sur les seuls chemins praticables. De nombreux partisans interceptaient les munitions et les convois , et l'artillerie du comte d'Uruena faisait de grands ravages dans les rangs turcs. Ce fut en vain qu'A murât essaya de gagner le gouverneur. Tandis que ce'dernier faisait des sorti es, le prince albanais tombait sur l’ennemi à l'improviste, et le forçait à se tenir lui-même sur la défensive*. Quelquefois, entouré de guerriers d'élite , il pénétrait de nuit dans le camp des Turcs, portant, ainsi que ics sieus, une tunique blanche sur ses armes pour qu’ils se reconnussent dans les ténèbres , et ne se retirait que lorsqu’il était las de carnage. H correspondait avec les assiégés au moven de feux allumés sur les hauteurs. L'armée turque se fondait au milieu de ces luttes partielles, et le sultan s'indignait de voir un général si jeune défier les forces de l’empire avec des troupes si peu nombreuses. La saison qui avançait rendait plus difficiles les opérations du siège. Amurat se vit forcé de le lever ; mats sa retraite à travers les gorges des montagnes lui coûta de grands sacrifices , et il dut s'estimer heureux de rentrer dans Andrinople avec la moitié de son armée.
Le printemps suivant, Hunyade entra sur les terres des Turcs. Amurat le joignit à Rossowo,.avecdesforcessupérieu res, avantage que balançait le génie de son rival. Pendant trois jours d’une lutte opiniâtre, le sultan resta maître du champ de bataille; mais cette victoire lui coûta plus de vingt mille hommes.
La guerre et l’abus des plaisirs avaient ruiné avant l’Age la constitution robuste
du sultan; il mourut dans sa cinquantième année, après avoir célébré le mariage de son (ils Mahomet avec la lille de Soliman-Bcg, despote d’Albistan.