‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 46 sur 300 · MAHOMET II · texte numérisé non relu

MAHOMET II

Mahomet inaugura son régne par le meurtre d’un enfant que son père avait eu de la princesse de Sinope. Ces exécutions devenaient de plus en plus fréquentes; et c'est à peine si le peuple plaignait les victimes : souvent le même arrêt frappait l’exécuteur de la volonté suprême, agissant dans la plénitude des pouvoirs temporel et spirituel. Tandis que le sultan était proclamé à Andrinople, Caraman Ogli crut pouvoir reprendre les Etats que lui avait enlevés Amurat; mais Mahomet repassa en Asie et dissipa cette rébellion par sa seule présence

H méditait de plus vastes projets :

l’affaiblissement de Constantinople , où' régnait alors Constantin, excitait vivement son ambition. Il résolut de compléter la défense du détroit en établissant un fort en face de celui que les Turcs occupaient déjà', pour qiraucun vaisseau ne pdt tenter le passage sans s’exposer au feu d’une double batterie.

Avec de l'argent il eut des fondeurs et des ingénieurs grecs, et il pressa l'exécution de ces ouvrages , sans s'inquiéter des réclamations de l’empereur. Constantin, dans cette extrémité, s'adressa au pape; mais les négociations des Grecs, qui paraissaient disposés a se réunir à l’Eglise latine quand quelque danger les menaçait, avaient si souvent donné la preuve de leur mauvaise foi , que le pape Nicolas V exigea des preuves au lieu de promesses.

Il laissa doncà Mahomet tout le loisir de faire ses préparatifs, et il envoya préalablement à Constantinople le cardinal Isidore pour y régler la grande affaire de la fusion. Les plus sages consentirent à célébrer les saints mystères avec le légat ; mais c’était à contrecoeur, et le plus grand nombre hésitait entre le joug des Turcs et la suprématie de Rome, tant il est vrai que les sectes se montrent souvent plus intolérantes entre elles que pour des croyances enliè-

rement opposées. Les moines surtout no pouvaient se résoudre à déclarer saintes des doctrines contre lesquelles ils s’ôtaient constamment élevés , et ils poursuivaient de leurs anathèmes ceux que lu cardinal croyait avoir ramenés. Les prêtres fermaient leurs églises aux nouveaux convertis, et le peuple, excité par le zèle de ses pasteurs, oubliait Mahomet pour maudire le pape et son légat. Nicolas, informé de ces dispositions, préféra l’honneur de la tiare au salut de la chrétienté-, il abandonna ces schismatiques endurcis. Les Turcs triomphaient du ces débats intempestifs ; la Morée était ravagée ; Thomas et Démétrius , frères .

de Constantin , s’étaient réfugiés dans Sparte; et Constantin, qui s'était adressé aux Génois, recevait d’eux pour tout secours quelques vaisseaux, comme si la faiblesse d'un tel appui eût du faire ressortir d’une manière encore plus frappante l’extrême abaissement de ce qui restait de l’empire romain.

Mahomet attendit la flotte génoise a l'entrée du port; mais elle passa à travers les galères des Turcs, dont elle, coulaquelques-unes. Cet incident n’était pas de nature à décourager le sultan . Il pressa ses préparatifs , et au printemps de l’année 1453 il parut devant Constantinople.

Son armée ne comptait pas moins de trois cent mille hommes. La ville avait un grand nombre d’habitants, mais elle était mal défendue. Quelques troupes soldées, un petit nombre de Vénitiens et de Génois, formant en tout huit a dix mille combattants, parmi lesquels se trouvaient des artisans et des bourgeois , telles étaient les forces dont disposait île dernier des empereurs de Byzance ; après des siècles de désorganisation et de faiblesse, il y avait certes de l’héroïsme à accepter une lutte si inégale. Cependant, le développement de l’enceinte et l’admirable assiette de In ville pouvaient arrêter pendant quelque temps unearmée plus propre a triompher pn rase campagne qu'à supporter patiemment les travaux d'unsiége régulier, et qu’appuyait une flotte composée de mercenaires et de marins sans expérience.

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