‹ Provinces danubiennes et roumaines par mm. Chopin et A. UbiciniChapitre 5 sur 300 · LES HUNS · texte numérisé non relu

LES HUNS

Les Huns apparaissent à leur tour sur le théâtre des luttes de l’empire. Sortis des Palus-Méotides , ils s'ôtaient jetés sur les Alains, qui habitaient les bords

du Tanaïs , et les avait entraînés dans leur mouvement. Athanaric, roi des Goths, s'apprêtait à leur disputer le passage , lorsqu’il tomba sous les coups île deux princes roxolans dont il avait fait périr la sœur. Les Ostrogoths, privés de leur chef, se divisèrent ; les uns, sous la conduite de Hunnimund , suivirent la fortune des Huns, tandis que Vitimer, à la tête des autres , marcha contre les envahisseurs : mais son courage dut céder au nombre; il perdit la bataille et la vie. La discorde rendait le danger plus pressant. De leur côté, les Visigoths venaient d’essuyer une défaite, et leur roi Athanaric s’était retiré dans les Car pat lies. Ceux qui avaient échappé au fer des Huns se portèrent sur le Danube, et chargèrent leur évêque Ulphilas de solliciter pour eux de l’empereur un établissement dans la Thrace. Ils promettaient de s'y tenir paisibles et de défendre fidèlement les Romains. Valens, pensant qu’il serait avantageux de couvrir ses frontières en mettant ces nouveaux hôtes entre l’empire et les Huns, consentit à les recevoir; mais comme ils n'étaient pas moins de deux cent mille, il prit ses précautions. Il exigea , pour preuve de leurs intentions pacifiques , qu’ils remissent leurs armes, et que les

S rincipalee familles lui livrassent leurs Is en otages. Les Goths durent souscrire à ces conditions. Ils vinrent donc en Thrace, sous la conduite d’Ahlavive et de Fridigcrn ; on leur donna des terres et des vivres, el leurs enfants furent transportés en Asie. Bientôt, mécontents d’une dépendance qui leur paraissait d’autant plus intolérable qu'elle n’était point le résultat de la défaite, ils firent cause commune avec Vitéric, roi des Ostrogoths, sous lequel s'étaieut rallies ceux qui avaient refusé de se joindre aux lliius.

A propos de ce roi Vitéric , il ne sera pas hors de propos de placer ici une remarque d’une application générale pour l’histoire des barbares. Ces peuples , quand une expédition était résolue , formaient une confédération militaire, où les différents chefs se trouvaient soumis à l’autorité du guerrier le plus renommé parmi eux, soit qu’il fût de race royale, soit qu’il ne dût le premier rang qu’à son mérite et à sa valeur. Tant que du-

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rait l'expédition, il conservait son autorité. Si elle réussissait ou se terminait par un établissement, les nations voisines, celles du moins qui nous ont laissé des monuments historiques, attribuaient au chef barbare le titre de roi , parce u'eu effet il en exerçait les attributions ès qu'il s'agissait d’alliances , de délimitation de frontières ou d'autres rapports internationaux ; mais les institutions antérieures à la conquête subsistaient ou se modifiaient selon les circonstances au milieu desquelless'était formé le nouvel Etat. Quand l'expédition en vue de laquelle l'association avait eu lieu échouait ou changeait début, l’autorité de celui qui était chargé de la conduire cessait, et l'obéissance des autres chefs n’était plus obligatoire; alors ils choisissaient un nouveau roi pour tenter eucore la fortune. Tacite , en quelques mots, caractérise admirablement le gouvernement de ces peuples : /le- (jnan/ur Gothones , nnndum tamen supra liber latem.

Vitéric venait de forcer le passage du Danube , renforcé par les Goths que Valens avait reçus dans la Thrace. Il marcha sur Marcianopolis, capitale de la Basse Mœsie.où commandait le comte Lupicinus. Ce dernier feignit d’abord de vouloir entrer en négociation avec les barbares , et invita leurs cliefs à un banquet ; mais tandis qu'ils s’y trouvaient réunis, sous la foi de l’hospitalité, Lupicinus fit égorger leur escorte. A cette nouvelle, les soldats de Vitéric poussent des cris de fureur, tandis que, feignant d’en ignorer la cause, les chefs assis à la table du comte s’offrent de sortir pour aller les calmer. Mais, une fois libres , ils attaquent les légions romaines, les dispersent et portent partout le fange. Au -milieu de ee tumulte, une autre troupe de Goths à la solde des Romains, se révolie , et, grossie des déserteurs et des mécontents , vient mettre le siège devant Adrianopolts. Dans ce péril pressant, Valons se hâte de conclure la paix avec les Perses, et dirige toutes les forces disponibles contre la Thrace; mais ses généraux essuient une défaite dans la petite Scythie : les Huns , les Alains se joignent aux Goths; ils harcèlent et poursuivent les légions, qui leur aban-

donnent la province. Maîtres de la Thrace, les barbares parcourent la Macédoine, la Thessalie, et vont porter la terreur et la dévastation jusque sous les murs de Constantinople. Valens accourt, rejette les propositions pacifiques de Fridigern , rejoint i'ennemi près d’ Adrianoplis, et perd In bataille et la vie. Mais tous les efforts des Goths échouèrent devant la résistance opiniâtre d' Andrinopote. Les lenteurs du siège ralentirent leur fougue; ils se retirèrent chargés de dépouilles, et, s'écoulant lu long des montagnes, ils parvinrent jusqu’à la mer Adriatique et sur les contins de l'Italie septentrionale. Quant aux otages que les Goths avaient donnés aux Romains, ils furent indignement massacrés par ordre du sénat.

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