CHAPITRE VI
DEPUIS THÉODOSB. — ALABIC.
Sous le règne de Théodose, les Goths ne firent aucune expédition mémorable.
A la mort de leur roi Fridigern , ils se fractionnèrent en bandes dont chacune avait son chef, et leur activité se borna à des brigandages. Cette division ne pouvait que les affaiblir; un de leurs
firinces, Modar, de la race des Amaes , ayant pris parti pour l’empire , les battit et leur enleva un riche butin. Athanaric, qui était sorti de sa retraite, aurait pu rallier les restes de l’armée de Fridigern; mais, au lieu de recommencer la lutte, il écouta les propositions de Théodose, qui sut l’attirer à Constantinople. Ebloui et comme fasciné par le luxe et la magnificence de la cour impériale, le roi barbare s’écriait : Théodose est un dieu sur la terre, et quiconque lève le tiras contre lui doit être puni comme sacrilège. Athanaric mourut à Constantinople , et la plupart des chefs de bandes, espérant un accueil et un traitement non moins favorables, s’empressèrent d’entrer au service de l’empereur.
Cependant les Odrogoths firent encore quelques tentatives" hostiles; abandonnant les rivages du Danube, ils s'avancèrent dans la Thrace. Tout à coup, soit inconstance naturelle, soit plutôt qu’il leur fût parvenu des avis alarmants sur la force des ennemis, ils s’*111'
L’UNIVERS
rêtèrent. Ils paraissaient même disposés à rétrograder, lorsque le général romain, dans la crainte qu'ils ne lui échappassent, leur lit suggérer le conseil del’attaquer à l'iniprovisle. Les Goths , dupes de ce stratagème, passèrent le fleuve sur des barques grossièrement construites , que détruisit sans peine la flottille impériale. Théodose , après avoir triomphé presque sans combattre de l’imprévoyance des ennemis, enrôla les uns et dispersa les autres dans la Thrace et l’Asie Mineure. Là , exempts d'impôts et astreints seulement à fournir au besoin un contingent militaire , ils reconnurent la suprématie de l’empire, mais saus renoncer à leur langue , à leurs lois et à leurs usages. Ulphilas traduisit dans leur idiome les saintes Écritures , en employant les caractères grecs , et c’est par cet évêque que les doctrines ariennes prévalurent longtemps parmi les Goths convertis. La morale de l'Évangile n'adoucit qu'à la longue la férocité de ce peuple aventureux : à la table même de Théodose , deux de leurs chefs se prirent de querelle , et l’un d’eux , Priulf , fut frappé mortellement par son adversaire.
Les provinces danubiennes et celles qui s’étendent sur la côte orientale de l'Adriatique, tantôt envahies, tantôt reprises et toujours disputées , formaient le point de jonction entre l'Europe et l'Asie. Après Théodose, quand la séparation de l'empire eut lieu définitivement , la Thrace , l'Hemus et les deux Mœsies échurent à Arcadius; llonorius eut la Dalmatie. Quant à ITIlyrie, elle fut partagée entre les deux frères. La faiblesse des fils de Théodose et les troubles que suscitèrent leurs favoris tirent sortir Alaric de son repos. Les Goths, toujours avides de combats et de pillage, coururent se ranger sous les bannières de ce prince, qui descendait de l'illustre famille des baltes. Se plaignant que ses services fussent méconnus, il sort des limites que lui avait assignées Théodose, se jette sur la Thrace, ravage la Macédoine, l’Épire , et . franchissant les Thermopyles , il pille et saccage la Grèce, qui , protégée d'un côté par les montagnes et de l'autre par la mer, avait échappé jusque-là aux invasions des barbares du Nord. De la
mer Adriatique jusqu’aux bouches du Danube, tout tremblait devant les hordes victorieuses d'Alaric. Arcadius, dans l’espoir de le désarmer, lui céda le commandement des provinces qu'il venait de ravager. Les places de la préfecture illyrique, Marguni, Ratiaria, Naïssus, Tnessalonique, si importantes pour la fabrication des armes et des machines de guerre, lui fournirent le matériel d<ses expéditions, et secondèrent puissamment ses moyens d’attaque.
Salué roi par les siens , il interrogea le monde du regard, incertain de la part qu’il allait se faire, et vendant tour à tour ses services à l'Orient et à l'Occident. L'Italie lui paraissait une proie plus facile a défenare dès qu'il serait parvenu à s’en emparer. C’est de ce côté ue les destinées de Rome l'appelèrent, lais il rencontra un rude adversaire dansStilicon, qui le vainquit à Pollentia, et arrêta pendant longtemps les autres barbares , Vandales , Hurgondes, Suèves, qu’il tailla en pièces dans les plaines de Florence. Vaincu sans être découragé , Alaric s'était relevé avec de nouvelles forces; Stilicon l’apaisa à force de concessions, et l'entraîna dans le parti d’Honorius ; il espérait rattacher ainsi l'Ulyrie à l'empire d'Occident. Mais le Gotli nourrissait des espérances plus ambitieuses ; il exigeait des subsides et l'abandon d'un territoire voisin des conquêtes qu’il méditait. Tandisque Stilicon voulait tout accorder , le sénat fut d'un avis contraire. Les ennemis de ce grand général profitèrent de ce dissentiment pour l’accuser près d’Uonorius, et le seul homme qui pût encore tenir tête aux barbares fut condamné à mort et exécuté à l'endroit même où les Romains auraient dû lui élever une statue.
Rome, prise deux fois par Alaric, était désormais à la discrétion des Goths, qui traitent de puissance à puissance avec l’ancienne capitale du monde. Ataulphe, successeur d'Alaric épouse Placidie, fille de Théodose ; elle doit à un caprice du roi barbare ce qu'elle ne pouvait plus attendre de ses généraux séditieux, ni de ses légions amollies et recrutées parmi les ennemis de l'empire , une trêve qui ne devait pas durer longtemps.
Tandis que l'empire d'Occident penchait vers sa ruine . celui d'Orient luttait
avec toutes les ressources du génie délié des Grecs contre les hordes du Nord , qui, tantôt victorieuses, tantôt repoussées, réparaient bientôt leurs pertes , et revenaient imposer aux Romains dégénérés des cessions de territoire et l’ignominie d'un tribut. L'eunuque Eutrope gouvernait le foible Àrcadius. S’étant aliéné Gainas, qu'il regardait comme un instrument docile, ce Goth envoyé pour combattre ses compatriotes, se joint a eux, et rentre en vainqueur dans Constantinople. Bientôt chassé lui-même, il se jette dans la Thrace, franchit le Danube , et périt dans un combat que lui livre Uldès, roi des Huns, qui envoie sa tête à Arcadius.
Ce fut à la même époque que le préfet Anthémius fit mettre en état de defense les places fortes de l’illyrie, entourer Constantinople de nouvelles murailles , et construire une flottille destinée à surveiller le cours du Danube. Ces sages mesures lui permirent de repousser les Gotbs au delà de ce fleuve.