STATISTIQUE ANCIENNE
Les Liburniens (nous suivons toujours les données de Pline) avaient quatorze civilates ou cantons semblables a ceux qui existent encore dans la pluparl des vallées des Alpes. Ptolémée en compte seize. Ces deux auteurs ne disent rien de leur populatiou; mais comme deohaque ci té (cioifa*) dépendaient quatre bourgades au moins et des villa* peut-être ne serait-on pas éloigné de m vérité en donnant à chaque arrondissement une population de 8,00<> limes, ce qui donnerait pour les quatorze cités 112,000 habitants. Eu ajoutant a
chiffre celui de la population des bourgs (i oppida ) situés sur le bord de la mer, ou aurait, en y comprenant les îles, un total d’environ deux cent mille habitants pour la population de toute la Iiburnie.
Le territoire de la deuxième région était divisé en 383 décuries, qui relevaient de Salone. Or, la décurie se composait de mille individus; on aurait donc 383,000. Si l’on évalue à 12,000 le nombre des habitants de Scardona et de Salone, à 3,000 ceux de Burnum, Andetrium et Tribullium, à 6,000 chacune des Iles Issa, Colentinum, Lepari, Epeti um, à 2,000 les forteresses de Liguntium et de Rataucum, on aura pour le contentas de Salone 423,000 âmes.
Narona. chef-lieu de la troisième région (tertii contentas ) étendait sa juridiction sur quatre-vingt-neuf cités ou cantons. En admettant en moyenne le chiffre conjectural de 8,000 individus pour chaque cité, on aura un total de 530,000 âmes. Pline, qui compte 540 décuries dans la troisième région, est au-dessous du calcul de Varron ; ce nui s'explique par la diminution de population dans les contrées connues et l’absence de données certaines pour quelques autres.
La quatrième région comprenait Épidaure , Rhizinum Ascriviuin, Butua, Olchiuiun et Scodra , place considérable, sans compter un grand nombre de villes grecques dont les noms , ajoute Pline, n’étaient pas présents à sa mémoire. Ainsi il néglige de faire connaître les peuplades établies sur les bords du lac Labéatis, où s'élèvent encore trente-deux villes ou bourgades populeuses : les Sassoei , qu’on croit être les Monténégrins; les Docléates, les Enderixiuniens ; les Grabéens, dont le nom de Grabia rappelle le souvenir; les Scirtars ou Scirtones, avec leur capitale Scirtiaua , située à douze mille pas de Lychnidus, et qui fournissaient d’excellents soldats. Ces derniers, oui sont probablement les ancêtres des Schvpétars ou Albanais , occupaient les environs d’KIbassan , l’Albanopohs de Ptolémée. Chiuna , que ce géographe nomme après Docleo , était encore, au temps de George Acropolite , un canton qu’il place entre Croia et Elbassau. Les ruines de Sardia, chef-lieu de la nation
des Sardeates , se retrouvent non loin du lac Ricavatz , dont les eaux se joignent à la Zem pour tomber dan les lac Labéatis. De ce dernier lac sort la Barbana ( Boïana ), fleuve magnifique, tributaire de l’Adriatique et qui u'est mentionné ni par Pline ni par Ptolémée, quoiqu’il soit plus navigable que le Drin.
Quant à la population de cette quatrième région, on peut l’évaluer, d’après notre calcul approximatif, à 36,000 âmes pour le rayon d'Èpidaure , du golfe Rhizonique et d’Olchinium (vieux Dulcigno), en admettant, ce qui existe encore aujourd’hui, que le rapport de la populatiou des villes à celle de la campagne est comme 1 est à 5.
D’après un mémoire inédit, adressé à la cour de Russie en I8u0, ie Czernagora ( Monténégro ) ; l’Hertzégovine , la Prévalitaiue, le Sandgiak de Cro’ia et une partie de celui d’Ochrida comptaient une population mâle de 80,000 âmes de vingt à quarante ans. il eu résulterait , en admettant un nombre égal de femmes , une population générale d’environ 525,000 âmes ; mais, comme il ne s’agit ici que des chrétiens, qui formaient environ la moitié de ia population totale, on peut admettre pour les chrétiens et les Turcs un total qui dépassé un million ; en y ajoutant I Etat de Raguse ou 50,000 Ames , on arrive à un chiffre de près de 1 ,400,000 individus.
Or, comme le royaume de Gentius, au temps de la conquête romaine, était beaucoup plus florissant que les contrées correspondantes ne le sont de nos jours, ee qu attestent et le grand nombre des ruines et l’ancienne fertilité du sol, on peut sans exagération admettre que nilyrie des anciens renfermait une population de plus de trois millions d’âmes.