ATTILA
Dans Attila l'histoire a personnifié, pour ainsi dire , le fléau des invasions.
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L’UNIVERS
L’Itgllse le surnomma le lléau de Dieu, attribuant à lù colère céleste des maux ijui semblaient déliasser la mesure humaine. Attila se glorifiait de ce titre et faisait tout pour le mériter : oh dit même <|jfil le regardait comme un présage favorable (jui l'appelait invinciblement à la conquête du inonde. Avant même que ses exploits l'eussent rendu célèbre, une circonstance fortuite l'avait désignée un peuple ignorant et superstitieux comme appelé h des destinées extraordinaires.
On raconte qu'une génisse s’ étant blessée au pied dans un pâturage le berger qui la gardait découvrit sous l'herbe la lame d'une épée, et qu’il la porta au roi. Attila reçut cette arme comme un signe de la volonté des dieux, qui lui donnaient la mission de combattre et d’exterminer.
Quelquefois la parole de ce guerrier farouche est empreinte d’un caractère •l'élévation qui rappelle les saga Scandinaves : Lu terre tremble sous mol, l’herbe cesse Je croître où mon cheval a passé. Comme pour concenirer dans son action toutes les forces du monde barbare, il subjugue et entraîne après lui les hordes qui se rencontrent sur son passage : épouvantées ou fascinées , elles suivent. Cependant la Perse arrête un moment sa marche victorieuse; il se détourne et se jette sur les provinces de l’empire. Maître du cours du Danube, il laisse une trace de sang de la Mccsie à la frontière illyrlenne : Sirinium. Marcianopolis, Naissus, .Sardique sont attaquées et détruites : c’est du milieu de ces ruines qu'il fait dire h Valentinien et a Théodose d’avoir a lui préparer un palais. I.'empire essaye de résister; trois défaites successives lui révèlent la supériorité d'Attila , et soixante cités florissantes marquent de leurs décombres le cours de l'irrésistible torrent- Réduit à implorer la paix , l’empereur dut payer au roi barbare mille livres d’or et le sextuple de cette somme pour les frais de la guerre. On rapporte qu'Altila accepta en riant le titre de général romain, misérable expédient qui semblait mettre le vainqueur à la solde du vaincu. Cet étrange serviteur ne s'en montra pas moins exigeant. Il demandait qu'on lui abandonnât le territoire ijlll s'étend du Danube a la Thrace pour
rançonner à son gré l'empire. Voulaitil accorder à quelqu'un des siens une gratification extraordinaire , il le chargeait d'une mission pour Constantinople , sachant bien que la cour impériale ferait tous les sacrifices possibles dans l'espoir de se rendre le négociateur favorable. Parmi ces envoyés du roi des Huus figurèrent Oreste et Édécon , devenus célébrés dans l'histoire a des titres bien différents : l’un fut père d'Augustule, dernier empereur d'Occident; l'autre donna le jour à Odoacre, oui ouvre la série des rois barbares de l’Italie. Oreste et Edécon retournèrent prés d’Attila, accompagnés de Maximin, qui était chargé de suivre les négociations avec le roi lui-même , en s'éclairant des conseils du sophiste Priscus, auquel nous devons des renseignements curieux sur les mœurs de ces barbares.
Son récit est heureusement résume par l’historien Cantu, que nous allons suivre.
■ Ils partirent de Constantinople, suivis « d'un nombreux cortège d'hommes et de « chevaux, et se dirigèrent vers Sardique, » qu'ils trouvèrent en cendres. Ils gagnè- « rent ensuite Naïssus, arsenal naguère ■ florissant , qui n’offrait plus qu’un « amas de décombres , ou quelques rna- « lades languissaient dans les ruines des « églises. le reste de la ville était jonché « d’ossements. Enfin, ils passèrent le Da- « nube sur des barques faites de troncs « d’arbres creusés. Déjà Maxiinin avait « eu avec les envoyés du roi des que- « relies de prééminence , et bientôt il lui
* fut interdit de dresser ses tentes pour « ne pas éclipser la majesté royale. Les « ministres huns voulurent ensuite « qu’il leur fit connaître les instructions « que lui avait données sa cour ; et .
« comme il s’y refusait, alléguant qu'il « lui était ordonné de les présenter au
‘ « roi lui-méme , il put facilement re-
• connaître, dans le débat qui s'ensuivit, » que sa mission n’avait rien de secret « pour eux. Après une longue marche « vers le nord , il lui fut. enfin permis » de joindre le roi. Des guides barbares « réglaient l’ordre et la vitesse de la x marche. I.es villages voisins fournisx saient abondamment aux voyageurs x du millet, de l'hvdromel et une boisx son faite avee de l'orge que les na- " turels nomment kante
Die
» Ce vaste royaume des Huus ne
* possédait pas une seule ville. Ce qui « formait leur capitale était un camp « dressé entre le Danube , la Theiss et « les monts Carpathes.. ..
« Les tentes mobiles «"étaient conver- « ties en cabanes disposées symétrique- « ment et assez nombreuses’ pour suf- « lire à toute la cour. Onégèse , favori
* du roi , avait fait construire un bain « de pierres. Un vaste palais de bois, » entouré d'une palissade de planches « lisses et flanquée de tours , servait « d'habitation aux femmes d'Attila.
« Chacune d’elles y avait son apparte- « ment séparé, et comme il ne leur était « ps interdit de communiquer avec les « nommes, les envoyés furent admis « dans celui de Cerea , qui tenait le pre-
* rnier rang parmi elles. C’était un edi- « lice bien construit , que soutenaient « des colonnes eu bois tourné, sculpté « et verni, et qui ne manquaient ni de « régularité dans les proportions ni de « goût dans les ornements. Cerca reçut
* les ambassadeurs couchée sur un lit
* de parade , dans une salle élégante, « dont le plancher était recouvert d’un » tapis. Des esclaves se tenaient autour « d’elle, et ses jeunes suivantes bro- « datent des vêtements destinés aux « vainqueurs du inonde. Déjà les lions « se plaisaient à étaler une grande pro- « fusion d’or et de pierreries sur leurs « armes et sur leurs habillements , et à
* charger leurs tables de vases précieux.
« Attila, au contraire, affectait la
« plus grande simplicité. 11 faisait usage « de vases et de coupes de bois, et ne « mangeait ni viande ni pain. A son » entrée dans la salle du banquet , on « faisait une libation en sou honneur, « puis tes nôtes prenaient place à de « petites tables disposée- autour de celle « du roi. où ne s asseyaient à ses côtés » que ses fils ou des princes d'un rang « élevé. A chaque service, Attila buvait « par trois fois à la sauté d'dn des chefs « de sa suite, qui so levait aussitôt , et « répondait par un toast. Ia>s ambassa- « deurs romains assistèrent a un de « ces banquets. Quand les tables furent « dressées, les convives se mirent à é boire, et l'intempérance sc donna „ toute carrière. Deux bardes chantaient « près du lit d’Attila ses exploits et
« ceux de ses aïeux , entremêlant le ré- « cit de passages qui rappellent les « allants guerriers de l'ancienne Islande : « Quand nou s combattions a vec l'épée , « tes aigles jetèrent des cris de joie , et r les vierges pleurèrent longtemps,...
« les heures de la vie s'écoulent, a « l'heure (le la mort nous sourirons.
« Ensuite les bouffous parurent , et la « salle retentit d’un rire bruyant. Seul, « Attila restait grave; seulement, de « temps en temps , il caressait les joues « d’irnach , le plus jeune et le plus « chéri de ses fils. »
Marcien, qui venait de succéder a Théodose , répondit aux envoyés des Huns qu’il avait de l’or pour ses amis et du ter pour ses ennemis. Attila s’apprêtait à tirer vengeance de ce défi , lofsue les événements le jetèrent au milieu es luttes de l’Occident. A cette époque, les Francs envahissaient la Gaule, et trouvaient dans Aétius un adversaire non moins habile que valeureux. Opposant barbares à barbares, il sauva peut-être l’Europe dans les plaines de Cbâlons. Le roi des Visigoths Tbéodoric était resté sur le champ de bataille, jonché de ceot cinquante mille cadavres. Attila, retranché dans son eerap . s’apprêtait a une résistance désespérée , lorsque tes deux armées , abusées par un artifice d'Aétius , rétrogradèrent simultanément, et le roi des Huns reprit le chemin de la Pannonie.
Blessé dans son orgueil parce qu’on lui avait refusé la main d’Honoria , soeur de Valentinien, il mit à feu et à sang la haute Italie, et détruisit Aquilce, Padoue , Altinuin. Les habitants échappés à ce massacre trouvèrent un refuge dans les lagunes, et l’expédition du barbare donna naissance à Venise, cette reine déchue de l’Adriatique . qui expie aujourd'hui une prospérité de quatorze siècles.
Il semble que la mission d’Attiln ait été de détruire plutôt que de fonder.
Rome le vit n scs portes; mais il n’entra oint dans l’ancienne capitale du monde, eut être jugeait-il nécessaire de laisser un but à 1 activ itc inquiété îles barbares, et espérait-il assurer définitivement ses conquêtes en réunissant sous scs bannières toutes les bordes qui v enaient tour à tour se foire une part dans les nea.
JO
L’UNIVERS
pouilles de l'empire. Mais les destins avaientmarqué le (ermedesa carrière; au milieu des réjouissances qu'il célébrait à l'occasion de son mariage avec la jeune Hildegonde , il fut emporté subitement por une hémorrhagie. La puissance des Huns tomba avec ce chef extraordinaire, et bientôt la discorde se mit entre les barbares que son ascendant avait réunis. Les Visigoths restèrent maîtres de la Pannonie; les Gépides s’emparèrent de la haute Moesie et d’une partie de la Dacie ; les Huns proprement dits, qui combattaient toujours au premier rang, épuisés par tant de guerres et ne voyant aucun de leurs chefs qui fût digne de succéder à Attila , essayèrent en vain de maintenir leur prépondérance.
Us reprirent peut-être leurs noms de tribus, et leurs restes se mêlèrent aux Sarmates et aux Slaves.
Peu d'années après, Rome, prise et reprise par les Vandales , tomba au pouvoir des Hérules. Les barbares ne se contentaient plus de piller en passant; Odoacre ceignit la couronne. Les rôles étaient désormais bien changés : cette Rome antique, naguère conquérante et impitoyable , n’avait plus que l'ascendant de la mansuétude chrétienne ; et elle trouvait dans la religion nouvelle la résignation à tous les maux qu'elle souffrait à son tour. C’en était fait de l’ancienne civilisation si Constantinople n’en eût conservé les restes jusqu'à l’instant où les Etats modernes , nés de l’invasion , se trouvassent assez préparés pour apprécier et utiliser le riche et désormais impérissable héritage de l’intelligence païenne.