‹ Prud'honChapitre 105 sur 148 · LE BERCEAU DU ROI DE ROME · texte numérisé non relu

LE BERCEAU DU ROI DE ROME

goût parfait, d’un très-beau jet, est de tous points digne de l’artiste. Le Génie de la Justice est appuyé sur le pied du berceau. Son expression, sa pose grave et tranquille, ainsi que les balances de Thémis et le bandeau qui couvre son front, le font aisément reconnaître. Du côté opposé s’élève le Génie de la Force. Il est appuyé sur la massue d’Hereule et tient de l’autre main une couronne de chêne. Les armes de l’Empire brillent au-dessus de lui.

Iæs deux bas-reliefs sont, à mon avis, les pièces capitales de cette ornementation. Dans le premier, la Seine, à demi couchée et appuyée contre son urne symbolique, reçoit dans ses bras l’enfant que la destinée lui confie. Les armes de la Ville, placées près de la nymphe, rappellent le lieu de la naissance du prince et la cité qui lui offrit son premier berceau.

Le second bas-relief représente le Tibre, personnifié par un personnage barbu. Le dieu du fleuve soulève sa tête couronnée de roseaux et aperçoit, se levant sur l’horizon, l’astre nouveau qui doit rendre à ses rives leur antique splendeur. Près de lui est un fragment sur lequel on distingue la louve de Romulus. Ce berceau fut offert à l’impératrice par la ville de Paris le 5 mars 1811*, et quelques jours plus tard

I . Le dessin d'ensemble de ce berceau appartient à M. Eudoxo Marcille. Ceux des deux médaillons latéraux représentant la Seine

PRUD’HON PROFESSEUR DE L’IMPÉRATRICE. 365 Prud’hon écrivait au préfet pour en réclamer le prix :

« Paris, ce 18 mars 1811. — Monsieur le Préfet, je vous prie de vouloir bien statuer sur ce qui doit me revenir pour la composition, les dessins et la surveillance que j’ai donnés à l’exécution du berceau offert il Leurs Majestés par la ville de Paris, et j’ose croire que la somme à fixer pour un objet aussi important ne peut être moindre de douze mille francs.

« J’ai l’honneur d’être avec la plus haute considération, Monsieur le Préfet, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« pbud’hon, p*”. »

I M'’" de la Légion d’honneur el M'" de dessin de S. M. l'Impéralrice'. •

Cette lettre nous apprend que la nomination de Prud’hon comme professeur de dessin de Marie-Louise remonte au moins au commencement de 1811. Ces nouvelles fonctions l’embarrassaient d’abord un peu, mais il s’y fit. M. Voïart le rencontra allant donner sa première leçon. Il était

et le Tibre et des deux Génies de la Justice et de la Force font partie de la collection de U. Camille Marcille.

1 . L'original de cette lettre appartient à M. Feuillet de Concbes.

PORTRAIT DK NAPOLÉON.

en costume de cour, et, pour se faire remarquer de son ami, agitait par la portière un grand chapeau à plumes, en riant beaucoup de son accoutrement. L’impériale élève n’avait aucun goût pour les arts. Elle bâillait, s’étirait et disait à son professeur: « J’ai bien sommeil, monsieur Prud'hon. — Eh bien! dormez, Madame, » répondait tranquillement l’artiste, qui faisait philosophiquement sa corvée.

Ces relations de Prud’hon avec la famille impériale nous ont valu quelques ouvrages intéressants que je réunis, quoiqu’ils ne datent pas tous de ce premier moment. C’est d’abord un portrait de l’empereur au crayon noir ' ; il est vu de face, et entouré de rayons; il a été gravé par Tardieu avec ces vers de Vigée :

Astre brillant, immense, il éclaire, il féronüe,

Et seul fait à son gré tous les destins du monde.

Puis deux charmants portraits également dessinés de Marie-Louise. Dans l’un, elle est en pied et debout, coilTce d’un diadème et les épaules couvertes du manteau impérial ; la main droite est appuyée h un coussin sur lequel est une cou-

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