ZÉPIIVRE QUI SE BALANCE
une répétition en petit. 11 l’offrit au comte de Forbin, qui appréciait vivement son talent, comme il résulte de la lettre suivante :
Il Pari.i, ce 5 août ISIS. — Monsieur le comte, j’ai eu bien du regret de n’avoir pas eu le bonheur de vous trouver chez vous ce matin. Je voulais répondre de vive voix aux expressions affectueuses que vous me prodiguez dans votre gracieuse lettre, avec une effu.sion si franche et si amicale que j’en suis vivement pénétré. Je voulais vous dire de ]>lus que le prix que j’attache surtout au modeste don que vous avez bien voulu recevoir de moi (l’esquisse de Zéphyre) est l’assurance de votre part d’une bienveillance que je m’estimerais heureux de pouvoir entretenir. Veuillez croire que c’est mon vœu le plus cher, et que, si le cœur vous portait d’inclination pour moi, le mien allait d’affection au-devant du vôtre. C’est un sentiment que conservera pour la vie votre tout dévoué.
« PRUD’iION '. Il
Deux autres ouvrages restés à l’état d’ébauches, qui représentent de ces scènes qu’affectionnait Pru-
. L'original do cetto lellre appartienl à M. Douirun.
396 VÈM'S, LAMOUH ET L IlVMtNÉE. d’hon, antiques par le sujet ainsi que par la simplicité et par l’ampleur, mais profondément modernes par l’interprétation et qui me paraissent appartenir aussi !v ce moment de pleine malurilé, méritent d’être signalés. L’un, Vénus, l'Amour cl Nly menée, dont on possède un magnifique dessin et une peinture en grisaille', semble être la traduction plastique de quelques beaux vers d’André Chénier. Mais le peintre n’avait pas besoin du poète. C’est bien dans sa fertile et délicate imagination qu’il puisait ces motifs d’une beauté si étrange, si touchante, si exquise. Vénus est assise sur un lit antique, le corps de profil, la tête presque de face. Un bel adolescent, qui figure l’Hyménée debout deirière elle, élève d’une main le flambeau et réveille de l’autre l’Amour, accoudé et endormi sur les genoux de la déesse. Je renonce <i dire ce qu’il y a de volupté délicate et pudique dans ce corps aux formes superbes, de tendresse, de séduction dans l’expression enivrée de la tête. 11 y a des tableaux qui n’inspirent que de l’admiration, il y en a d’autres qui préoccupent, qui captivent, qui font longtemps rêver, et celui-ci est du nombre.
La seconde composition, Vénus au bain, est d'un
I. I.e dessin appartient à .M. Eudoxe Marcllle, la peinture à .M. Cotlincl.
VfiNCS Ai; BAIN.
caractère moins grandiose. C’est la grâce qui y domine. î.a jeune Tille qui a usurpa le nom de la déesse, le bras droit appuyé à la roche sur laquelle elle est assise, retenant de l’autre main par un mouvement de la plus charmante invention les flots de sa lourde chevelure, le corps ainsi penché de côté et en avant, s’apprête à descendre dans la source pure. A droite, au second plan, trois .\mours viennent de cueillir un gros bouquet de fleurs qu’ils regardent. A gauche, sur le devani, deu.\ autres enfants se penchent sur l’eau, où ils vont entrer avec Vénus. Iæ lumière, venant de haut, effleure toutes ces figures selon le procédé généralement employé par Prud’hon et les éclaire de la manière la plus capricieuse et la plus inattendue. Ce joli tableau n’est pas entièrement terminé , mais il a tant de charme et d’agrément qu’il mérite d’être cité parmi les compositions remarquables de Prud’hon'.
I. Cet ouvrage qui falsail parlie de la collection du comte de ■Morny appartient aujourd'hui à .\I. flalloz. lia été lilliograpliié par Boilly et gravé par Flameng pour la Gn:elle des Beaux-Arts, I" mai 1863, sous le titre de l7n«occ«cc. Il est généralement connu sou.s le nom. tout à fait impropre à mon sens, de Venus au bain. Il me [wrailrait plus naturel de l'appeler simplement : Symphe ou Jeune fUle au bain. — M. Mahérault pos.séde un charmant dessin, variante intéressante de celte composition. La jeune fd le est debout, la maindroile appujée au rocher, la gauche repliée sur la poitrine et retenant la draperie.
:19« l’IlUD'IlON SE PRÉSENTE A 1,'INSTITÜT.
Il me paraît probable que le Zéphyre obtint un succès qui ne pouvait guère manquer à un ouvrage aussi grîicieux et d’une exécution parfaite. Cependant les événements politiques étaient si graves, que la critique s'en occupa très-peu, et qu’il n’est pas même mentionné dans le compte rendu du Salon de l.SI/i au Journal des Débats. Mais le mérite de Prud’hon était généralement reconnu, et M"' Mayer l’engageait vivement à se présenter à l’Institut. Prud’iion répugnait îi faire les démarches nécessaires, et il paraît qu’il se refusa absolument, malgré les instances de son amie, à solliciter directement les voix des académiciens. Cependant, comme transaction, il se décida à écrire au président de l’.Vcadémie la lettre suivante, dans laquelle il pose sa candidature :
Il Paris, ce S4 janvier 1SI5. — Monsieur le président, mon vœu a été pour le rétablissement de l’Académie; instruit de son existence, soit par la réponse du roi à la députation de ses membres, soit par le rassemblement de ceux-ci et des amateurs honoraires qui y sont attachés, j’ai désiré en faire partie, et, dans la confiance que l’accès m’en serait ouvert par quelque droit au talent, j’ai osé prétendre k l’honneur d’y être admis.
PRÜD’HON MEMBRE DE L’INSTITUT. 399 Il Veuillez donc, Monsieur le président, présenter mon vœu à l’assemblée des hommes de mérite qui vous ont mis à leur tête. S’il est agréé, je me tiendrai pour très-honoré d’être reçu parmi eu.v.
Il J’ai l’honneur d’être. Monsieur le président, dans le sentiment de la plus parfaite considération, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Il nnun’iioN, p.
O Chev" de la Légion d'honneur*. »
Il paraît que cette tentative ne réussit pas, car Prud’hon ne fut admis que le 22 septembre 1816, à la place de François-.\drien V incent, mort le 3 août précédent.
Je ne sais si je m’abuse, mais il me semble qu’Ji partir du commencement de la Restauration le talent de Prud’hon subit un affaiblissement marqué. Il fait moins d’ouvrages importants, et ces ouvrages, sans être indignes de lui, trahissent l’incertitude, le découragement, disons le mot, l’amoindrissement des facultés pittoresques. Sous le rapport et de la conception et de l’e.xécution, ils sont fades ou violents, et les e.Kcès dans un sens ou dans l’autre dénotent une décadence relative que l’àge de l’artiste ne suflit pas à e.\pliquer. Prud’hon n’était cerüiinemenl pas