ANDROMAQUE ET PYRRHUS
même quelques commandes; mais il se retira de plus en plus de la lice, et se consacra presque exclusivement aux portraits qu’on lui demandait de tous côtés, et dans lesquels il garda toute sa supériorilé jusqu’à la fin de sa vie. Il revint aussi à son sujet de prédilection et fit \' Andromaque cl Pyrrhus, grand tableau que l’on a revu sans plaisir à la vente de M. Laperlier*. Les éléments pittoresques en sont pourtant excellents, mais les forces de l’artiste ont trahi ses intentions. L’exécution incohérente, inégale, laisse à peine apercevoir la grandeur de la disposition, 1e caractère pathétique des expressions, foutes ces beautés si frappantes, si touchantes que l’on trouve dans la plupart des ouvrages de Prud’hon. M. Laperlier pense que \’ Andromaque avait été commandée à Prud’hon par Marie-Louise, comme le prouveraient une mention du catalogue de la vente qui fut faite après le décès de l’artiste et la lettre suivante, du chargé d’affaires de l’ex-impératrice :
1. Prud'hon a fait aussi une belle composition qui représente les Adieux d'Ilecior el d' Andromaque. Andromaque, aux pieds d'Hector armé, lui présente le petit Astyanax, qui tend les bras à son pérc. Un esclave pleure sur l’escalier à droite; à gauche, un vieillard est prosterné près do la statue de la déesse. Cet important dessin, à la pierre noire avec quelques rehauts de blancs, appartient à .M. Cliaix-d'Est-Ange.
40i ANDROMAQUE ET PYRRHUS.
t( Je rcgreUe infiniment, lUonsieur, de n’avoir pas eu plus tôt une occasion de me rappeler à votre intérêt, et de vous informer que j’avais eu l’honneur de remettre à Sa Majesté l’impératrice la lettre que vous m’aviez donnée pour elle.
« Sa Majesté apprécie vos sentiments, et m’a fait l'honneur de me charger de vous en remercier de sa part et de vous prier de lui envoyer votre tableau dès qu’il serait achevé.
« Je saisis avec bien du plaisir cette circonstance. Monsieur, pour vous renouveler l’assurance de mon bien sincère attachement, et pour vous oITrir, ainsi qu’à votre aimable disciple ou collaborateur, mes vœu.\ de bonne année pour tout ce qui peut vous rendre heureux. Veuillez être bien convaincu de leur sincérité, ainsi que de celle de tous les sentiments que je vous ai voués, et avec le.squels je vous prie de me croire, Monsieur, votre très-humble serviteur.
« BiVLLOUHEÏ.
• Schœnbrunn, cc 8 flécembro (814*. »
Quoi qu’il en soit, Prud’hon garda son tableau, qui ne parut pas au Salon de 1817, malgré la mention qui en est faite dans le livret. Il fut exposé
(. L’original de celte lettre appartient à M. Laperlier.
LASSOMPTION DE L\ VIERGE.
k celui de 1824, un an après la mort de l’artiste'.
Assomption de la Vierge fut commandée à Prud’lion en 1816 par l’admini.stration, pour la chapelle des Tuileries. On connaît cette grande page, qui est loin d’être une des meilleures compositions de l’auteur. La Vierge, la tête couronnée d’étoiles et les bras levés vers le ciel, s’élance dans l’espace, soutenue par cinq archanges. Elle est vêtue d’une robe blanche k ceinture d’or ; une draperie bleue flotte à la hauteur des bras et revient en avant couvrir les genoux et les jambes. Dans le fond, une multitude d’anges contemplent et adorent la mère du Christ. On trouve certainement de grandes beautés dans cet imparfait ouvrage. Quoique trop long, l’archange à droite est élégant et charmant ;
1. Lors<|«o l’rud'hon mourut, le tableau ti'.Viulromaquo n'était pas achevé. M. Volart (A'o/ice, etc., p. Î4) le dit d'une maniéré trèi-pri‘cise, et ce renseignement est confirmé |)ar le catalogue do la vente, apres décès de Prud’hon, qui porte • qu'une partie des accessoires et quelques draperies no sont pas terminés. » M. de Boisfremonl |wsse avec raison, croyons-nous, pour avoir travaillé à Andromaque, mais il est faus qu'il en ait changé la composition, comme on l'a prétendu. Nous n'en voulons pour preuve que la délicieuse csc|uissc de la main doPrud’hun. qui a appartenu au poëte anglais Rogers, à Al. VanCuyek et que l'on a revue en I8G8 à la vente Alarmontel. Le tableau appartient aujourd'hui à .M. Paradis.