‹ Prud'honChapitre 131 sur 148 · DÉSESPOIR DE PRÜD’HON · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR DE PRÜD’HON

On alla aussitôt prévenir les amis de Prud’hon. C'était lin samedi. Lui, sans se douter de rien, se préparait îi aller à l’Institut. On espérait sauver le premier moment et lui épargner l’épouvantable spectacle. Mais en traversant la cour, il entendit une .sorte de rumeur, il vit le.s visages effarés. Il s’informe; ])crsonne n’ose lui répondre. Il se précipite et trouve sa pauvre amie déjà pâle, froide et baignée dans une marc de sang. Son désespoir fut horrible. Il s’était jeté sur le corps, qu’il serrait convulsivement dans ses bras; on ne pouvait l’en arracher. Enfin,

mènifl rup et maison, voisins do la delTunte, lesquels nous onl déclaré que le 26 do ce mois, à deux heures de relevée, M"' Marie- Eramoisc-Constancc Mayer La Martinièro, peintre d'bisloire, âgée de quarante-six ans, native de Paris, ydem' susdites rue cl maison et quartier de Sorbonne, est décédée on lad. demeure, célibataire, (signé) F. Trexel. I.ordon. »

— Un procès-verbal dressé par J"-Franc. Monycr, commissaire de police, en présence de M. Cloquet, médecin, porte: « La demoiselle Mayer (Constance) étant dans l’appartement de M. Prud'bon, artiste peintre, où elle avait une partie de ses effets. M"' Sophie Diiprat élève en peinture de la deffnnlo venant de la quitter vers les onr.e heures et do la laisser seule dans ect appartement... se |)orta deux coups de rasoir dont le dernier pénétra jusqu'au vertèbre cervical... Elle dut mourir sur-le-champ. Elle s'étaitplacéo devant une glace pour se porter le 2™ coup et était tombée sur le dos, les pieds tournés du côté de la porte de communication. »

1. JAL. Diclionmire critique, etc. Paris, Plon, 1867, p. 850.

PRÜD’HON CHEZ N. DE BOISFREMONT. *îo SI. de Boisfrcmont arrive et l’entraîne. C’est cliezson élève dévoué qu’il passa les deux dernières années de sa vie.

Pendant les premiers mois, la douleur de Prud’hon était d’une telle violence, que ses amis craignaient qu’il ne pût la surmonter. Il était poursuivi de remords et ne pouvait détacher sa pensée de l’horrible scène. C’est moi qui l’ai tuée, répétait-il îi chaque instant; c’est ce « jamais. » Oh ! ce «jamais! » Puis il tombait dans un morne silence, et on le trouvait assis dans un coin, crayonnant un projet de tombeau pour son amie, qu’il refit plus de vingt fois. Cependant il parut prendre le dessus; on crut qu’il se résignait, mais le ressort était brisé. Quoique sans éclat , sa peine était profonde et sa blessure incurable. Il se laissait doucement finir, comme un homme sûr de son sort et qui n’a plus rien à regretter dans la vie.

Ses amis l’entouraient des soins les plus affectueux. Il était très-sensible h ces témoignages de sympathie et faisait elTort pour ne pas être à charge à ses hôtes. Son humeur était égale, quelquefois presque enjouée. Peu à peu il reprit scs habitudes. 11 se levait de très-bonne heure, me raconte le fils de M. de Boisfrcmont, travaillait assidûment, puis, le soir venu, on l’emmenait faire un tour de prome-

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