PRUD’HON A M. FAUCONNIER
proposent de monler dedans. II y a déjà quinze jours qu’on promet de le faire partir ; mais la lenteur avec laquelle on le remplit fait qu’on compte encore sur une quinzaine avant de le voir s’élever. Depuis lundi qu’on met l’air inflammable, il n’est encore plein qu’au quart. Je ne sais s’il réussira. »
« Du 27. — Ah ! mon ami, pardonnez si j’ai pu soupçonner un instant que vous m’aviez oublié ou que vous étiez paresseux à m’écrire ! L’amitié comme l’amour s’alarme facilement. Votre lettre heureusement est venue dissiper mes noires idées et a calmé mes vives inquiétudes. La mienne était écrite depuis hier soir, et ceci ne sera qu’en continuation. Ah ! que je suis fâché d’avoir soupçonné votre amitié! N’aurais-je pas dû m’imaginer que quelques affaires vous empêchaient de m’écrire? O mon ami, les tendres marques de votre amitié ont pleinement rassuré mon cœur. Vous me moralisez, mon ami; mon indocilité met une opposition invincible aux bons effets que la vérité que vous me prêchez devrait faire naturellement sur tout homme raisonnable. Je ne suis cependant pas gêné par le besoin. Rien ne contrarie mes vues d'ailleurs. Mais je ne puis être gai tant que mon cœur sera triste. .Ah ! qu’il en coûte à un cœur sensible d’être éloigné des personnes qui l’intéressent
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uniquement : j'en fais la dure expérience, mon ami, et cette cruelle idée m'arrache bien des soupirs.
B J’ai quelques portraits à faire, qui me mettent dans le cas de ne pas manquer du nécessaire, et je suis bien sensible, mon ami, à tout ce que votre bon cœur et votre amitié voudraient faire pour moi. Adieu, mon cher ami, portez-vous bien. Mes respects et mes compliments à toutes les personnes que vous savez*. »
Peu de temps après avoir écrit cette lettre , Prud'hon tomba malade. C'est à lui maintenant à s’excuser de son trop long silence. Il écrit à son ami une nouvelle lettre sans date, qui doit être de la fin d’avril, cl où il mentionne deux dessins que Fauconnier lui avait demandés :
a — Mon ami, ç’a été aussi mon tour d’étre en retard, quoiqu’un peu forcément, car la fièvre qui m’a tenu depuis le jeudi saint jusqu’au lundi soir, dix-neuvième jour d’avril, ne m’a pas permis de vous répondre plus tôt; j’en suis quitte. Dieu merci. 11 ne me reste plus qu’un peu de faiblesse. On a eu de moi tout le soin possible dans ma pension. Notre professeur a pris aussi beaucoup de part à ma