‹ Prud'honChapitre 20 sur 148 · L’original de cette lettre appartient à M. Pelée · texte numérisé non relu

L’original de cette lettre appartient à M. Pelée

PRl’D HON A M FAUCONNIER.

maladie et a marqué le plus grand intérêt à mon rélablissemcnt. Il est venu me voir plusieurs fois et j’ai été sensiblement affecté de toutes ses attentions et des marques d’allêction qu’il n’a cessé de me donner jusqu'alors. Quant à ma maladie, j’ai tout lieu de croire qu’elle se bornera là; mais il a fallu y passer et subir le fléau commun, puisqu’il est vrai qu’il est peu de personnes dans la province qui n’en aient été atteintes, et surtout bien plus longtemps que moi : heureusement que m’en voilà débarrassé.

(I Parlons actuellement de choses qui m’intéressent bien plus que ma santé, puisque mon coeur y est compromis. C’est votre tcndie amitié, mon ami, que je veu.K dire, qui, fertile à m’imaginer des besoins et à s’inquiéter de ma situation, craint qu’à cet égard je ne lui déguise la vérité. .Non, mon ami, jamais je n’eus rien de caché à votre amitié. Ce n’est pas devant vous (et vous le savez d’ailleurs) que ma misère aurait à rougir. Jusqu’à présent je n’ai eu besoin de rien; j’ai toujours gagné assez d’argent pour pouvoir payer ma pension. De plus, j’ai affaire à de braves gens qui, lorsque je n’en ai pas, m’attendent. Quant à mon entretien, je tâcherai aussi d’y pourvoir. Ainsi, mon cher ami, il ne me reste qu’à vous témoigner combien mon cœur est touché de

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l’HUD'IION A M. FAüCO.NNIEn. 83

tout ce que votre tendre amitié fait et veut fadre pour moi. Que ne puis-je, hélas, vous en donner des preuves plus authentiques! Ah 1 mon ami, quant à mon bonheur, je ne puis être heureux que parmi vous. Mon sensible cœur ne peut se faire à être cruellement séparé de ce qui lui est cher : seul, i.solé, il soupire continuellement après les trop aimables objets de sa tendresse. Hélas! il est condamné, je crois, à soupirer encore longtemps. Adieu, mon ami, puissent les sources du bonheur vous être plus ouvertes qu’à moi! Je suis, pour la vie, votre ami

« Prudon.

n Marquez-moi au juste les grandeurs et largeurs des cadres que vous avez. Il est inutile de vous dire le plaisir que j’aurai à en remplir le vide et avec quelle affection j’y travaillerai. Dites-moi aussi ce qui vous plairait le mieux de dessins ou de la peinture*.

4. Ce sont des dessins que Prud'hon &t pour son ami. Ces deux intéressantes compositions à la plume et à l’estompe, dont les sujets sont empruntés à l'histoire do Psyché, existent encore et appartiennent à M. Pelée. Dans l'une l’.Ainour nu dort couché sur an lit antique; la curieuse Psyché s'approche de lui, sa lampe à la main. Dans l'autre Psyché assise sur le lit cherche il retenir l'Amour qui s'envole. Par les formes arrondies, par le modelé bouffi et comme boursouflé, par les draperies cassées, ces dessins rappellent beaucoup Boucher et Van Loo.

84 PRCD’HON A M. FAUCONNIER.

Mes respects, 's’il vous plaît, à votre maman, à M'“ Richard. Bien des choses de ma part à M"" Fauconnier la jeune, et tout plein de compliments à M. Sylvain, à Chamuflin, etc. ' »

Cette alTection si tendre, presque féminine, de Prud’hon pour M. Fauconnier ne tarit pas; au contraire, plus nous avançons, plus elle se répand en elTusions toujours plus abondantes. Ses lettres se succèdent à de brefs intervalles. Les deu.'t amis font assaut, l’un de générosité, d’encouragements, de consolations, l’autre de discrétion et de reconnaissance. J’en trouve une nouvelle preuve dans une lettre sans date, mais qui doit être de mars de celte même année 178i, que Prud’hon écrit encore à M. Fauconnier. Elle a malheureusement été déchirée, et le commencement est trop incomplet pour que j’ose essayer de le restituer... « Si quelquefois, dit Prud’hon, en recevant de vos nouvelles, une idée gaie vient m'en distraire (de mes chagrins), elle s’éclipse bientôt en pensant èi la distance qui nous sépare, et je ne suis point sans consolations, puisque votre tendre amitié a soin de la répandre dans toutes vos lettres. Les douceurs qu’elles me font éprouver me vivifient et m’empêchent de n’e’tre qu’un auto-

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