‹ Prud'honChapitre 4 sur 148 · ENSEIGNE D’CN CHAPELIER. Î · texte numérisé non relu

ENSEIGNE D’CN CHAPELIER. Î

déterra dans le grenier de M. Cliarlon, notaire à Cluny, pelit-fils du cliapelier pour lequel celte enseigne fut faite i)ar Prud'Jion ; car il s’agit d’une enseigne, et elle est si grossière, que les barbouilleurs qui s'adonnent à ce genre aujourd'hui la désavoueraient certainement. Qu'on se représente un panneau ayant la forme d’un cartouche : au milieu se trouve une sorte de cuve dans laquelle deux ouvriers, plus roides que des mannequins, plongent les bras et foulent le feutre. De chaque côté sont des chapeaux de toutes les formes et de toutes les couleurs; au centre, au-dessus de la cuve, on voit une tête de satyre , au-dessus et tout à l’entour courent des guirlandes de roses. Enfin, dans le bas, se lit l’inscription dont nous conservons l’orthographe : U Chartoii, M” chaplier, vend toutes sortes de chapeaux fins et autres ». Celle peinture appartient à .M. Eudoxe Marcille. Elle est grotesque, et il faut de la bonne volonté pour apercevoir dans quelques tons argentins des chemises des deux personnages les

de l’rud'hon, qu’il prépare. M. Dumonl est en eiïel un politneveu du cure Besson, et, au moment où il écrivait sa première lettre {1853), son père et un ami de la famille, l'abbé Lebaull, le premier âgé do quatre-vingt-trois ans, le second de quatre-vingtcinq, vivaient encore et lui ont fourni ces précieux renseignements sur l’enfance et sur la première jeunesse de Prud’hon.

l’UUD’HON A DIJON.

rudiments de la cliarmante couleur de Prud’hon. Mais c’est une relique : c’est le premier essai d’un enfant de génie, et on ne peut le voir sans émotion.

Le cure Uesson suivait avec le plus vif intérêt et une anxiété toute paternelle les travaux et les progrès de son protégé. Chaque fois que l’abbé Sigorgue, grand vicaire de M*' Moreau, évêque de Mâcon, venait à Cluny, il ne manquait pas de lui signaler les rares et précoces dispositions du jeune peintre, et les moines confirmaient scs dires et appuyaient chaudement ses recommandations. On finit par parler de Prud’hon au prélat, qui le prit sous sa protection, se chargea de lui et l’envoya â Dijon, où il le confia à Devosge. Prud’hon avait alors seize ans.

François Devosge était un artiste de mérite et un homme plein de discernement et de cœur. Il aimait passionnément son art, et réalisa, dit-on, sa modeste fortune pour créer à. Dijon une école de dessin et de peinture qu’il dirigea avec un grand succès et entretint à ses frais, pendant plusieurs années, jusqu’au moment où les états de Bourgogne, frappés de l’importance de cette institution et des bons résultats qu’obtenait le professeur, prirent cette école sous leur protection, lui accordèrent une subvention et fondèrent un prix triennal qui consistait dans l’envoi

PRÜD’HON ÉLÈVE DE DEVOSGE. Î9

à Rome du vainqueur pour une période de trois ans. Une étroite et reconnaissante amitié lia Prud’lion à son maître, comme en témoignent plusieurs lettres que nous aurons l’occasion de donner. Devosge forma plusieurs bons élèves, entre autres : Doyen, Ramcy, Petitot, Oranger, Gaule et Rude. Prud’hon lui doit beaucoup, non-seulement parce qu’il lui enseigna les rudiments de l’art et qu’il ne cessa de le diriger, de l’encourager, de lui servir de confident et de conseil , mais parce que le professeur presque inconnu semble avoir eu sur le style de son élève une influence décisive. Des gravures d’après les tableaux de Devosge montrent en eiïet des traces du sentiment si particulier, si personnel de Prud’lion, et Eugène Delacroix a remarqué avec raison que c’est une gloire d’avoir impnmé à une aussi belle imagination un caractère et comme une marque que l’on retrouve dans tous ses ouvrages '.

Les premiers essais de Prud’hou ne nous sont point parvenus, et il est probable qu’ils ne méritaient

4. Devosge mourut, en 1811, prorossoiir et dircclourde l'école que le gouvernement impérial organisa à Dijon. Son Tils, Anatole Devosge, lui succéda. Il occupa cette position pendant quarante ans, et mourut en décembre 18S0. Par son testament, il fonda un prix annuel do dessin et légua à sa ville natale tous les dessins et toutes les peintures do son cabinet, entre autres un trù--beau portrait de son père, par Prud'hon. {Archices de l'Art fraiiçait, t. V.)

30 PREMIERS DESSINS DE PRLD IIÜN

gupi'e d’èire conservés. On pourrait cependant rapporter à cette époque deux croquis bien informes encore qui ont été gravés en fac-siinile par le baron de Juursanvault. L’un repré.sente une feinnic qui tient un enfant ci va lui donner de la bouillie; l’autre, deux paysannes assises, l’une filant, la seconde ayant les bras croisés ; un homme debout se tient derrière elles'. Il est inutile de s’arrêter à ces compositions. Le tendre et pathétique Prud’hon n’existe encore à aucun degré, et je ne m’explique pas qu’un homme aussi compétent qu’Eugène Delacroix ail pu écrire : « Son talent semble n’avoir pas eu d’enfance, et en examinant tout ce qui a été recueilli de ses

I . Ces deux eaux fortes sont signées ; /” P. Prudim. — Le B™ de J. SC. — On connaît deux autres piéres évidemment gravées par M. de Joiirsanvault d'après des dessins de Prud'hon de cotte mémo é|>oque, quoiqu’elles no portent aucune signature. La première représente des paysans qui chassent quelques petits musiciens qui étaient venus jouer devant leur chaumière; la seconde un mendiant avec une jambe de Imis et appuyé sur deux béquilles, à qui un paS'Smt fait l'aumône; un troisième personnage met la main dans la |H)cho de l'homme bienfaisant pour lui voler son mouchoir. Je ne connais qu’un seul exemplaire de chacune do ces planches. Ils appartiennent l'un et l'autre à M. .Mouilleron. Je pos.<ède une feuille de croquis divers achetée à Beauno chez un fripier comme les deux planches précédentes et qui sont certainement gravés par M. do Joursanvault; mais je n’oserais attribuer les dessins à Prud'hon.

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MAlllAGE DE PRUD'IlO.N. 3)

ouvrages, on ne voit presque point de transition entre les informes essais de l’élève et les productions achevées du maître. On trouve dans les cahiers sur lesquels il dessinait au sortir de l’école le germe de ses plus belles inventions. Son exécution môme n’a point varié depuis ses premières études, et c’est un caractère de plus qui le place à côté des grands maîtres'. » Prud’hon fut au contraire un génie tardif. Ce n’est que vers trente ans qu’il devint le grand artiste que nous connaissons et que nous admirons. Ce que l’on peut dire, c’est que, dès qu’il se fut trouvé luimême et reconnu, il se posséda complètement et qu’il arriva d’un bond k une hauteur qu’il n’a pour ainsi dire pas dépassée.

Du reste, les études du jeune peintre k Dijon furent interrompues de la manière la plus déplorable. Il avait, paraît-il, laissé k Cluny une de ces liaisons de jeune homme que le hasard noue et qu’un oubli mutuel ne tarde pas d’ordinaire k dénouer. Nous ignorons quelle raison puissante put l’engager k contracter une union mal assortie qui devait troubler et empoisonner sa vie jusqu’au bout : peut-être une promesse, peut-être davantage, car son fils Jean naquit, suivant toute vraisemblance, l’année même

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