‹ Prud'honChapitre 43 sur 148 · LA LOI · texte numérisé non relu

LA LOI

LA HÉPÜDLIOÜE FRANÇAISE. ÎI5

gauche une torche enflammée. La main droite est posée sur l’épaule d’un buste de Minerve casquée; sur la gaine du buste on lit ; Suphia'.

On connaît encore un projet de médaille pour la République française, que Prud’hon fit en 1794. Ce dessin minuscule, d’une extrême finesse est coloré en ton de bronze avec des rehauts. 11 représente un homme nu, vu de face, a.ssis sur un siège antique qui entoure de ses bras deux petites figures de femmes, debout, drapées et posées sur les pilastres du siège; l’une, la Liberté, tient une pique surmontée du bonnet; l’autre, l’Égalité, porte un niveau. Ces deux figures sont unies et leurs mains sont entrelacées sur la poitrine de leur protecteur. On lit dans le champ : d’un côté. Liberté; de l’autre, Egalité. Autour est enroulé un serpent qui se mord la queue en signe d’éternité. Puis vient la cocarde tricolore, et dans la partie bleue, qui est plus large que les deux autres, se trouve cette inscription : liépublique fraiiraise, une, indii'isible et im])érissable,et au bas, P. P. Pnid'lion. 1194^.

1. Au bas d’une gravure de Pérée, on lit : « l'Aurore de ta raison commence à luire et le Génie de la Liberté établit l'empire de la Sagesse sur la terre. » Sur la gaine, au-dessons du mol Soptiia, on voit des balances, un niveau et le bonnet de la liberté. Tout cela fait date.

i. Je possède ce charmant dessin, qui m’a été donné par M. His de La Salle.

Prud’lion avait encore projeté de décorer le Pantliéon de quatre grandes peintures en grisaille, simulant des bas-reliefs, où les vertus républicaines eu.ssent été glorifiées. J’ignore s’il commença l'exécution de CCS ouvrages, dont il ne reste aucune trace

1. M. pHuslin Poi<y d’Avout avait recueilli à Cluny deux lettres do Prud’lion,daltk*s de 1794 : ca iellros ont disparu; lum» d’elles faisait mention du projet de Prud'lion. — Prud'iion avait aus<i l'intention de faire un tableau représentant les bienfaits de VAgricullttre, cormne le prouve la lettre suivante publiée par M. Fillon.

P»ni 15 Ueisidur an IV.

• Citoyen ministre,

« Le citoyen Prud’lion, peintre d’histoire, m'a donné commission de vous faire passer l'esquisse d’un tableau qu'il se proposerait de peindre en l'honneur de l'.Vgriculture. L’allégorie cl la réalité se mêlent heurcu.sement dans cette composition d’un artiste qu’il faudrait aider de quelques secours. La République victorieuse de ses ennemis intérieurs et extérieurs se devra à l’agriculture, et rien de ce qui |>cut l’honorer ne vous est indiffèrent. Protéger, par des encouragements bien placés, le dércloppement du génie d’un artiste de mérite est aussi une obligalion pour ceux qui ont en main le |>ouvoir.

« Salut et fraternité.

{l.ellres écrites de la Vendée à M. Anatole de Montaiglon par Benjamin Fillon. Paris, Tross., 1801, p. 88.;

IDÉKS DE PRUD’IION Sl ll I.ES ARTS.

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Ces quelques dessins mal rétribués ne suffisaienl pas à nourrir la famille déjà nombreuse de Prud'hon. La misère, que les gaspillages et les criailleries de sa femme rendaient plus intolérable et plus profonde, était à la maison. Ce n’est pas le courage qui manquait au vaillant artiste, mais l’occasion d'exercer son talent. Il n’était pas hostile, tant s’en faut, aux idées et aux institutions nouvelles; cependant il se trouvait absolument isolé. Sa manière, qui tenait au fond même de son organisation, était en contradiction flagrante avec celle de David et de son école, et cet homme d’un génie si souple, d’un esprit si ouvert, si conciliant, si sympathique, ne put jamais prendre sur lui de faire la moindre concession à la mode et d’acheter le succès par l’abandon de ses vues personnelles. Il admirait David, comme le prouvent ses lettres de Rome, mais il jugeait avec une clairvoyance singulière son système étroit et absolu. 11 s’en expliqua un jour avec .'W. Voïart, dans une conversation dont son biographe nous a conservé le résumé, et que l’on peut regarder comme sa profession de foi.

« Ceux qui prétendent, disait-il, qu’il n’y a qu’une

Î18 IDÉES DE PKÜD’HON SUR LES ARTS, seule manière de relraccr les formes humaines qu’oITre la nature, me semblent en opposition avec elle-même et ses créations. Ne donne-t-elle pas l’exemple de la plus riche variété? Et si elle a modelé le genre humain sur un type semblable, n’en a-t-elle point modifié il l’infini la couleur, les formes et la figure? Le sauvage ressemble-t-il à l’homme civilisé, l’Espagnol au Ru.sse, le Français à l’,4nglais, enfin l’indolent .\siatique à l’actif Européen? S’il est vrai que tous ces divers individus dilfèrcnt d’attitude et d’expression; s’il est constant que leurs mœurs, ainsi que le climat qu’ils habitent, inlluent sur le caractère de leur physionomie, leurs habitudes, leurs différentes occupations n’ont sans doute pas"^ moins d’influence sur les formes de leurs membres. Et vous voulez que moi, le témoin journalier des modifications de ce genre que subissent mes compatriotes mômes, j’adopte, pour exprimer ce que je vois, un style étranger à leur nature, style, il est vrai, dont je sens le mérite, qui me sert d’objet de comparaison, mais que mes yeux se refusent à reconnaître dans les objets qui m’environnent? Autant vaudrait adopter dans nos tableaux la même figure pour tous les hommes, la meme physionomie, la même beauté pour toutes les femmes. Je ne puis ni ne veux voir par les yeux des autres ; leurs lunettes ne me vont point : j’observe la

IDEES DE PRÜD’HON SUR LES ARTS. ÏI9 nature et je tâche de l’imiter dans ses elTets les plus attrayants. 3Iais qu’on me montre ces Grecs dont les statuaires antiques ont imité les formes, et je les retracerai avec le même enthousiasme. D’ailleurs, n’est-ce pas enchaîner le génie et entraver le talent que de donner un patron commun à toutes les productions des beaux-arts, et condamner leurs travaux à une similitude de résultats, ennemie de la liberté qui doit présider à leur essor? Enfin parce que Corneille et Racine ont fait des chefs-d’œuvre immortels, faut-il ne plus parler, ne plus écrire qu’en vers alexandrins * ? »

Pauvre Prud’hon! il était, au moment dont nous parlons, bien l^in des vers alexandrins! 11 fallait vivre, et il dut accepter et peut-être solliciter les plus humbles travaux. .\ quelque chose malheur est bon. C’est en elTet pendant les premières années de la Révolution, dans son triste intérieur de la rue Cadet^,

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