Î38 LA CIGALE
enlève à la composition quelque chose du caractère
pudique qu’elle devrait avoir.
Mais quelque admiration que nous inspire le Bain, je lui préfère encore, je crois, la Cigale. On se souvient de ce passage du poëme de Longus qu’.\myot a si heureusement traduit : a La cigale se print k chanter encore entre les tetlines de la gente pastourelle, comme si, avec son chant, elle eût voulu lui rendre grâce de son salut : à l’occasion de quoy Cloé ne sçaehant que c’estoit, s’escria derechef bien fort; et Uapimis s’en print aussi de rechef à rire et usant de cette occasion lui mit la main bien avant dedans le sein, dont il tira la gentille cigale qui ne se pouvait encore taire, quoiqu’il la teinst dedans la main. »
C’est ce gracieux motif qu’a traité Prud’hon. La scène se pas.se au milieu d’un ravissant paysage. Au fond une colline avec quelques arbres légers; au second plan, de grands troncs dont on aperçoit les branches basses, et à leur pied les troupeaux réunis des deux bergers. Chloé, penchée en avant, appuyée sur un tertre de la main droite et du genou gauche, l’autre jambe tendue en arrière, entr’ouvre la draperie de son corsage. Daphnis, vis-à-vis d’elle, le corps plié, une main sur l’épaule de sa gentille amie, saisit en souriant l’animal mutin. Quel heureux jour pour un artiste, que celui où pareille