‹ Prud'honChapitre 61 sur 148 · EN JOUIR · texte numérisé non relu

EN JOUIR

di.scrcte d’un candélabre. Lui, d’une main, la tient embrassée, et de l’autre, placée sous le menton, rapproche son visage et dépose sur ses lèvres frémissantes un baiser de feu. Elle, heureuse et pourtant hésitante et troublée, pose sa main sur le bras de son amant, comme pour le retenir, et laisse languissamment tomber son autre bras le long de son corps. Le mouvement complexe et en quelque sorte sus])endu qui exprime l’abandon cl la pudeur est d’une délicatesse exquise. C’est tout un poénie que ce petit ouvrage, où 1’en.semble et tous les détails sont également excellents'.

Prud’hon s’est élevé plus haut encore dans une composition qui orne un autre poème de Gentil-Bernard : Phrosinc et Mélidor. Ce roman, en vers, est moins connu que l' Arl d’aimer. Je n’en veux pas raconter les nombreux épisodes assez pauvrement inventés : le sujet seul qu’k traité Prud’hon nous intéresse. Plirosine est séparée de son amant par la jalousie incestueuse de son frère ; Mélidor, au dé.sespoir, se fait ermite dans une île voisine de Messine, d'où il peut voir la demeure de sa fiancée. Celle-ci finit par découvrir la retraite du malheureux et ira-

1. Les deux premières de ces planches sont gravées par Boisson', la troisième, et de la manière la plus distinguée, par Copia.

îii PHROSINK ET MÉLIDOR.

verse de nuil le bras de mer à la nage. Mélidor l’attend sur le rivage :

Tout son sang hrùle ot toiil son rorps palpite;

L’objet s’approche, et lui, se précipite,

l.’atleint, l’enlève au fatal élément.

Alil quel fardeau pour les bras d’un amant!

Quel coup, ü ciel! quelle scène inouïe!

Mais sa Phmsino était évanouie.

Trop de frayeur, de fatigue et d’efforla

Avaient, hélas! épuisé scs ressorts.

mise en scène est mystérieuse et sévère. F.e feu que .Mélidor avait allumé pntir diriger sa maîtresse, et la lune qui sort à demi des nuages audessus de .Mes.sine, jettent leurs reflets sur la mer, sur les rochers à gatiche, où l’on aperçoit rermilage, et sur les corps enlacés de.s deux amants. Mélidor, vêtu de son sombre cosltime, entoure Phrosine de son bras droit et soutient son corps inerte. La tête penchée sur elle, il embras.se sa poitrine avec une ardeur mêlée d’anxiété et de terreur. La lumière argentée éclaire le bras et le sein gauche, les cuisses et le bas de la tête renversée de la jeune femme, et ce corps superbe, du type le plus noble, du de.ssin le plus grandiose, qui s’alTais.sc et s'abandonne dans un mouvement d’une étonnante vérité, se détache sur la robe obscure du moine comme une apparition de

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