LA SAGESSE ET LA VÉRITÉ
OÙ il éUlit encore en 1801 . Plus tard on le transporta h. Saint-Cloud, où il di^corait le plafond de la salle des gardes. Légèrement endommagé par l’incendie qui éclata lors du mariage de Napoléon, il revint à Paris et est aujourd’hui relégué dans les magasins du I.ouvre. Les partisans de Prud’hon louèrent à l’envi cet ouvrage, tandis que les élèves de David trouvaient fort impertinent que ce de.ssinaleur de vignettes osât .se poser en peintre d’histoire. Bruun-Neergaard tenait la Sagesse et la Vérité pour la plus belle peinture que Prud’hon eût faite jusqu’à ce moment. Il insiste surtout sur la figure de la Vérité : la nobles.se de la tête, le beau dessin de la main et du bras droit, la grâce de la figure entière, la couleur harmonieuse de l’ensemble. Mais il trouvait la Minerve un peu massive et alourdie par la draperie. M. Voïart exprime la même opinion. « Cet ouvrage, dit-il, justifia la confiance du gouvernement.
pour ie passer par le jardin de l’infanle, où ü doit descendre. Veuillez, citoyen ministre, m'accorder le plus tôt possible l'objet de ma demande, car il y a peu de temps de ce jour à celui fixé pour roxposition.
c Salut et respect.
« Prud’iion,
c Pavillon des archives au palais 0**^ des sciences cl des arts.
« Au citoyen ministre de l'intérieur. • — L’original de celte lettre appartient h M. Euduxe Marcitle.
m DÉCORATIONS DE L’HOTEL SAINT-JCLIEN.
On y admirait la poésie de la pensée et de la composition, la grâce des formes, le charme de la couleur et du pinceau, enfin une exécution large et moelleuse Jusqu’alors inconnue dans l’École. » 11 faut rabattre quelque chose de ces éloges. 1/ensemhle n’est p.as d’un très-grand style; la figure de la Vérité est pleine de grâce et d’une jolie couleur; mais sa tête, qui par la coillure tout au moins rappelle trop l’époque où elle fut faite, manque de caractère. Cependant il est il désirer que cet ouvrage, qui n’a pas aussi gravement soulTert qu’on l’a dit, soit rendu au public'.
Ce tableau eut donc du succès. Voilà l’rud’hon qui va pouvoir quitter le crayon pour le pinceau, et son protecteur n’aura plus de peine à lui trouver des commandes. Un fournisseur du nom de I.anois, un ami problablement du préfet de la Seine, qui habitait le bel hétcl .Saint-Julien, rue Cerutti”, chargea Prud’hon de décorer son salon. Pour la première fois, l’artiste trouvait l’occa.sion de développer sur une grande
1, Prud'lion avait fait une esquisse de cc tableau qui, en 1801, était entre les mains de l'architecte Brunet.
î. L’hôtel Saint-Julien, rue (àîrutti (aujourd'hui rue Laffitte) fut construit vers la fin du règne do Louis XV par .M. Saint- Julien, trésorier dos états de Bourgogne. Il a appartenu à la reino Hortense et est aujourd'hui la propriété de .M. Anselme de Rothschild. Il |x)rte le n“ 17.
DÉCORATIONS DE L’HOTEL SAINT-JULIEN. Î63 échelle ses qualités de compositeur et de peintre. Il conçut un vaste ensemble de huit sujets allégoriques et de quelques figures et motifs secondaires. Le symbolisme de Prud’hon n’est pas toujours facile à comprendre dans tous scs détails. Je crois cependant <[ue l’on peut se fier à la description que je donnerai des peintures du salon de l’iiôtel Saint-Julien, car j’ai sous les yeux un exemplaire du livre de Bruun- Neergaard, où la lettre qui concerne ce travail, dictée pour ainsi dire par Prud’hon lui-même, est corrigée de sa propre main.
Quatre grandes peintures, où étaient symbolisés la Richesse, les -\rts, les Plaisirs et la Philosophie, occupaient le centre de chaque panneau du salon. Elles étaient accompagnées au-dessus et au-dessous de sujets allégoriques qui développaient le sens des ouvrages principaux. Des figures détachées, des raascarons* et d’autres ornements peints en camaïeu imitant le bronze remplissaient les intervalles. .Vudessus des portes quatre tableaux exécutés en grisaille représentaient le -Matin, le Midi, le Soir, et la Nuit. D’autres motifs complétaient cette décoration, sorte de poème en peinture, où Prud’hon a peut-être abu.sé de son esprit ingénieux et délié. La Richesse
M. Camille Marcille possède plusieurs dessins de ces mas*
carons.
Î64 DÉCORATIONS DE L'HOTEL SAINT-JULIEN, est personnifiée par une femme qui s’appuie sur une petite table dont le montant représente Plutus; elle est enveloppée d'une élégante draperie verte retenue sur le bras. De la main gauche elle tient serré contre elle un colTret posé sur la table, et rempli de bijoux. Elle porte dans la main droite une corne d’or, qu’elle semble olïrir aux Arts, vers qui elle tourne la tète. Au-dessus d’elle un petit Génie, tenant des deux mains une chaîne du métal précieux, gambade dans le ciel. Au-dessous se trouve le Génie de la Richesse. Il est placé entre deux cornes d’abondance pleines de joyaux ; d’une main il tient un sce|)tre, signe du pouvoir qu’il exerce ; de l’autre, un collier destiné à enchaîner le Plaisir. A ses côtés, on voit des pavots, symboles de la satiété que jirocurent les jouissances.
C’est Euterpe, la muse lyrique, qui représente les Arts. Celte gracieuse figure, qui se présente de profil, avec sa noble tôle couronnée de lauriers, tournée vers le spectateur, semble marcher en pinçant de la lyre. Le Génie de la Peinture, qui se trouve au-dessus d’elle, montre d’un air railleur un tableau au Génie de la Richesse. En bas, le Génie de la Poésie médite quelque ode ; il tient un encrier et une plume et est entouré de divers attributs : une lyre pour indiquer la poésie lyrique ; des chalumeaux, la poésie pastorale; une couronne de lauriers, la
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poésie héroïque; un masque, la poésie satirique ; des bluels et un papillon, la poésie junévilc ; un pissenlit en graines, l’espoir qui leurre bien souvent les artistes et les poètes; une bursa pastoris, signe de l’indigence qui récompense leurs efforts.
Tout naturellement c’est Vénus qui symbolise le Plaisir. La déesse demi-nue, ailée, sa tête souriante couronnée de myrtes en fleur, présente à la Richesse, qui se trouve vis-A-vis d’elle, un jeune satyre k ailes de papillon, qui personnifie les plaisirs des sens. Cette figure voluptueuse est l’une des mieux trouvées de l’ensemble. Ce corps jeune et souple, k demi replié vers l’enfant, forme avec lui un groupe charmant. Au-dessus on voit un Amour qui tient la ceinture de sa mère ; en bas, le petit dieu, un genou en terre, l’arc tendu, est sur le point de décocher sa flèche. Il veut voir si le cœur du riche est aussi accessible à ses traits. Près de lui sont des roses garnies d’épines qui rappellent les attraits du plaisir et les regrets qui l’accompagnent.
La Philosophie est une figure d’un aspect sévère. Vue de face, les deux bras croisés dans sa sombre et étroite draperie, elle porte de la main droite une petite statue de Minerve, qu’elle serre contre son cœur; de la gauche, elle tient un mors comme pour inviter la Richesse à la modération. Dans le haut, on
Î66 DÉCORATIONS DE L’HOTEL SAINT-JULIEN, voit le Génie de la Rai.son qui l’éclaire de son flambeau ; dans le bas, celui de l’Étude qui s’appuie sur la Nature figurée par une statue en bois qui se termine en ruche ; les lis qui sont près de lui, ainsi que les roses dont un épais feuillage recouvrent les épines, nous rappellent que le philosophe doit, avant de goûter les plaisirs, écarter tout ce qui pourrait les troubler; enfin, la marguerite indique la simplicité de scs goûts *•
Prud’hon plaça au-dessous de ces grands panneau.x, et en divers endroits du salon, d’autres peintures qui simulaient des ba.s-rc!icfs. Sous la Richesse, ce sont deux enfants représentant le Commerce, qui étalent devant deux autres enfants les produits de la terre et de la mer. Des deux côtés, dans les soubassements des pilastres, se trouvent la tète de Plutus et celle de la Fortune, dont la chevelure est agitée par le vent de riiiconstancc.
Sous les Arts, on voit le Génie de la Peinture, qui dessine quelques petites filles qui lui servent de
I. Les diarmanles esquisses do ces quatre pendentifs ont appartenu à M. Denon cl sont aujourd'hui au musée de Montpellier. Le Louvre possède les quatre carions de ces ouvrages. Ceux de Vénus et de .Minerve .sont incomplets. Ces grandes figures, avec les Génies placés au-dessus et au-dessous qui les accompagnent, ont été acquis en 1867 à la vente Laperlicr.
DÈCOUATIONS DE L’HOTEL SAINT-JULIEN. ÎG7 modèles. Un de ces enfants a l’air de faire quelque remarque, tandis qu’un autre broie des couleurs. Dans les pilastres, on distingue la tète de .Mnémosyne, la mère des Muscs, et celle d’.\pollon.
Sous le Plaisir, doux Génies, qui paraissent rassasiés de jouissances, s’appuient l’un sur l’autre. Deux autres enfants, par leur expression de bonheur décent, représentent la volupté délicate ; un cinquième s’enivre en vidant la coupe fatale. De chaque côté .sont les tètes de l’Amour et de la Folie.
Sous la Philosophie, le Génie de la Raison unit la Nature et la Sage.s.se. A leurs côtés sont placés les sectateurs de leur culte ; dans les pilastres, les tètes de Pan et de Minerve. Le bas-relief sous la glace placée entre la Richesse et les Arts représente l’union des Arts et du Commerce, symbolisés par Minerve et par .Mercure, accompagnés de deux Génies : l’un compte de l’argent, l’autre présente un tableau.
Dans les deux pilastres entre les jiortes du jardin, se trouvent les tètes de Bacchus et de Mercure. Entre les glaces est un bas-relief qui représente les Parques : « le peintre a voulu indiquer par là que le temps passe, la vie s’écoule et la vieillesse arrive, et que dans l’intervalle nous devons jouir '. » Dans les
1. Le passage entre guillemets est de la main de Prud'hon. — On possède une lithographie anonyme qui reproduit probablement