‹ Prud'honChapitre 87 sur 148 · iaire de table, c«4il s'enfermer dans le cabinet · texte numérisé non relu

iaire de table, c«4il s'enfermer dans le cabinet

IB Ü. Fr. i^it. prend une plume et trace & grands IQ0U w|uis qui enthousiasme tout le monde.

it inIstB un dstsin qui a Hé vendu en 1 hil pa^e de la oidtecüon de M. Marat au musée de la ville de Paria,

NHMKSIS.

Rniilré chez lui, il reprit son projet, le développa, le mûrit, et, îi quelques jours de là, encore tout ému et vibrant, voyant non-seulement son tableau, mais l’effet qu’il devait produire, il écrivit au préfet une lettre officielle, sorte de soumission où il e.vplique en détail ses intentions.

« 10 floréal an XIII ( 1804). — Aperçu du tableau destiné pour la salle du tribunal criminel au Palaisde-Justice.

« Trouver un sujet qui soit en rapport avec la destination d’une salle de justice criminelle et les fonctions des magistrats qui doivent y siéger ; présenter à la fois des victimes, des juges et des coupables ; rendre ces objets avec cette énergie d’expression qui donne à l’àme une commotion forte et y laisse une trace profonde, serait, si je ne me trompe, atteindre le but que l’on se propose dans l’exécution du tableau qui doit être placé dans cette salle.

« Plein de cette idée, mais peu satisfait de tout ce que l’histoire nous donne sur cette matière qui ne consisterait d’ailleurs que dans des faits usés ou obscurs, je m’arrête à la nature de la cho.se même qui, rempli.ssant en tout point les convenances, fournit le tableau le plus énergique : il est de tous les temps, appartient à tous les peuples, s'annonce et

s’explique de lui-môme et présente en même temps

la cause et son elTel.

« Figurez-vous la vengeance publique, Némésis k l’aile de vautour, chargée de la poursuite des coupables, traînant au pied du tribunal de la Justice le Crime et la Scélératesse. La Justice, armée du glaive, entourée de la Force, la Prudence et la Modération, prononce l’arrêt foudroyant qui les frappe de mort. I.a victime ensanglantée du crime, le poignard dan? le sein, gisant sans mouvement sur les marclies du tribunal même, est sous les yeux de l’homicide : il est saisi de crainte et frissonne d’horreur !... .Ajoutez pour sentir l’effet de ce tableau terrible, la présence des juges, l’arrivée des coupables, l’éloquence mâle des orateurs, les émotions diverses peintes sur les visages d’une assemblée nombreuse, et vous avouerez qu’il serait difficile à l’imagination de n’être pas vivement frappée d’un tel ensemble.

« Ce tableau, composé de huit figures, de la largeur de dix pieds sur huit de hauteur, destiné pour la salle principale du tribunal criminel, serait du prix de quinze mille francs. Il serait payé par tiers de cinq mille francs chaque, k trois époques différentes : la première, à la présentation de l’esquisse ; la seconde, lorsque le tableau serait ébauché ; la troisième, lorsqu’il serait entièrement terminé.

« Je me charge de le finir dans l’espace de dix mois à dater du jour de la présentation de l'esquisse.

U Dans remplacement de la salle du bas qui est de la hauteur de huit pieds sur six de largeur, on pourrait y mettre un fait historique ou autre, analogue à la justice criminelle et subordonné au sujet du haut.

« Le sujet arrêté, on en déterminerait le prix, et il serait exécuté de suite aux mêmes clauses que le précédent.

B Pour ce qui me regarde personnellement, vous devez croire que l’amour de l’art et le désir de me distinguer ne me feront rien négliger de ce qui pourra contribuer à sa perfection et le rendre digne de l’autorité qui m’en a chargé.

B Prud’hon p'”‘. »

Nous possédons deux admirables dessins du projet que Prud’hon développe dans cette lettre, qui appartiennent au musée du Louvre et à M. Camille Marcille. A l’exception de quelques variantes de peu d’importance, la partie droite est identique dans les deux compositions. Thémis, assise sur un siège élevé de plusieurs marches, tenant le glaive dressé de la main droite, et de la gauche les balances posées sur

1. L’original de cjlte letUe appartient à M. Eudoxe Marcille.

son genou, est entourée de trois figures debout, qui représentent la Force appuyée à une colonne, la Prudence, avec un miroir pour attribut, et la Modération tenant un frein. Une femme, qui vient d'être mortellement frappée, est couchée au pied du tribunal, le haut du corps appuyé en biais sur les iircmières marchés, les jambes repliées posant sur le sol; sa gorge est découverte, sa tète est penchée sur l’épaule ; un enfant mort gît en travers sous son bras gauciie. Dans le dessin que possède le musée du Louvre ', la tête de renfant se voit plus complètement que dans celui de M. Camille Marcille, les bras de la Modération sont aussi plus largement croisés et ramenés plus haut sur le corps; on remarque encore quelques changements dans la position des pieds de la femme assassinée, mais c’est tout. I-es modifications apportées à la partie gauche de la composition sont beaucoup plus considérables. Dans le dessin du Louvre, Némésis, vue de profil, le corps penché en avant comme si elle courait, amène devant le tribunal le Grime et la Scélératesse qu’elle tient par lesclieveu.v. On n’aperçoit que la tête du Crime, dont le corps est caché par celui de la déesse. Sur le devant, la Scélé-

1. Ce dessin a été donné par l’rud'hon il son ami Constantin. Son Ois en fil présent à M. Ledru-Rollin. Il fut acheté en 1831 par le Musée du Louvre, [lour la somme de 3,500 fr.

NÉHËSIS.

ratesse, figure du plus beau caractère, s’est accroupie pour mieux résister, jette en avant ses deux mains épouvantées et se débat avec une pantomime terrible. Tout ce groupe est plein de vie, de mouvement et de style. Dans le dessin de M. Marcille, Némésis, ses ailes de vautour relevées, la tète de profil, le buste à demi nu, de face, tient de la main droite le criminel qu’elle montre de la main gauche et d’un geste superbe à la Justice. Lui, les deux bras roidis dans sa draperie, les jambes écartées et tendues en arrière, s’ciïorce d'échapper à la main de fer qui l’étreint. Une figure pensive (le Repentir peut-être) marche derrière ce groupe'. Prud’hon n’exécuta aucun de ces projets. Il est probable que les quatre figures de droite qui forment bas-relief ne le satisfaisaient pas complètement. Il est certain que ce morceau est trop symétrique , d’un mauvais aspect pittoresque, qu’il se relie mal avec le reste de la composition et que l’ensemble manque de cohésion et

I.M.C. Marcille possède un second dessin, variante intéressante de celui du Louvre, qui a été publié dans la Gazelle des lleaux- Arls (1" avril 1870 ). Némésis, vue do profil comme dans ce dernier, tient do la main gauche une femme debout qui personnifie la Scélératesse, et de la droite un personnage représentant le Crime et à peu près identique à cette figure dans le grand dessin du même amateur.

320 LA JUSTICE ET LA VENGEANCE DIVINE, d’unilé; mais ces ouvrages n’en sont pas moins au nombre des plus belles conceptions de l’artiste. La femme couchée avec l’enfant est admirable, et, dans le genre sévère, Prud’hon n’a rien fait de plus original , de plus saisissant, de plus puissant que cette Némésis vengeresse amenant les coupables devant le tribunal de la Justice impassible.

A quelques mois de là, Prud’hon avait conçu un projet plus dramatique, plus saisissant, plus parlant pour aJnsi dire, qui convenait mieu.x que les premiers au local que le tableau devait occuper et qui répondait plus exactement au programme que Frochot lui avait tracé. 11 le décrit dans une lettre adressée, comme la précédente, au préfet de la Seine.

« Précis du tableau destiné pour la grande salle du tribunal criminel au palais de justice.

« La Justice divine poursuit constamment le Grime; il ne lui échappe jamais.

U Couvert des voiles de la nuit, dans un lieu écarté et sauvage, le Crime cupide égorge une victime, s’empare de son or et regarde encore si un reste de vie ne servirait pas à déceler son forfait. L’insensé! il ne voit pas que Némésis, cette agente terrible de la justice, comme un vautour fondant sur sa proie, le poursuit, va l’atteindre et le livrer à son inflexible

LA JUSTICE ET LA VENGEANCE DIVINE. 3ÎI compagne. Tel est le sujet du tableau qui doit être placé dans la salle du tribunal criminel du département de la Seine.

<1 Ce tableau, de huit pieds en hauteur sur dix de largeur, serait du prix de quinze mille francs.

« 11 serait payé par tiers de cinq mille francs, à trois époques différentes : la première, à la présentation de l’esquisse; la seconde, lorsque le tableau serait ébauché, et la troisième, lorsqu’il serait entièrement terminé.

« Je me charge de finir dans l’espace de dix mois, il dater du jour où je recevrai l’arrêté du préfet qui décide irrévocablement de son exécution.

« Tous mes efforts seront employés dans ce tableau ii répondre aux intentions du Conseiller d’Etat, préfet de la Seine, et à le rendre, par son énergie, digne du local qu’il doit occuper.

Il Prud’iion, p"^*.

c Musée des artistes, cwdcvant Sorbonne, a Paris, ce 5 messidor an »

La commande fut enfin donnée à Prud’hon ; mais soit qu’elle ait tardé, soit que le peintre n’ait pas rempli à la lettre ses engagements, ce bel ouvrage ne fut terminé que trois ans plus tard. Il parut au

1. « A Monsieur le Conseiller d'Élal, préfet de la Seine. • — L’original do cette lettre appartient à M. Feuillet de Conches.

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