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DESSIN POUR LE BERCEAU DU ROI DE ROME

(Musée Carnavalet.

PlIUD'HON. 09

ci'oil (|ue Marit'-Louisc avait acquis ce tnbhï.ui qui serait au musée do Parme (1). Cai- J()S(''j)liine a disparu et c'est la rKtuxclIe Impératrice qui uiaiuteuant s'intéresse au peintre, au jH'iutre qui a des i-aisons de lui plaire, puisqu'il vient dèlre le grand metleui* en scène de son mariage. Pour la souqjlueuse fête que Paris a olierle aux nouveaux é])Oux, il a dessiné des ligui'es, dont les maquettes couronueiil les colonnes de la galerie demi-circulaire qui, comme sur la place Saint-Pierre, s'étend au-devant de THôtel de Ville; et, arrivé au grand transparent du tond, il a composé les jolies Noces fTlIercufe cl d Hcbé. Surtout il a préparé pour la lulile jeuue lille le cadeau de la Ville de Paris, celle <( toilette de litiipératrice et reine Marie-Louise », quexécutent Thouiire el Udiot, et (jui lui sera présentée le 15 août 1810. II seud)Ie que Prud'Iion se soit servi de doigls de fée pour coui|)Oser ces exquises fantaisies et menues merveilles, ce fauleuil où Psyché enchaîne l'Amour, cette table à miroir où le Plaisir voltige, ces flaud)eaux faits avec les corps <les Grâces, cette glace où Mars et Minerve sont unis par l'Hymen, — morceaux précieux qui furent emportés à Parme à la première chute de l'Empereur et que devait détruire plus lard l'imbécile M. de Bomb(dles. Il y avait aussi les boiles à pouih^e et les colfrets à bijoux avec les Petits FUeurs et les Petits Dévideurs, avec l'Amour arrosant un arbuste et l'Amour cueillant une orange, et r « Athénienne », le lavabo, où était couchée la

fl) Je n'ai pas encore pu l'y trouver; il y a toujours eu de léUange dans les déménagements de Marie-Louise.

nymphe de la Seine. Et. pour un surtout de table, le maître avait dessiné les trois danseuses, si vivantes, jouant du triangle, du tambour de basque et des cymbales.

Après la fête de l'épousée, celle de la mère, et, le 5 mars 1811, la Ville de Paris ofïre à Marie-Louise le berceau impérial, exécuté en vermeil, nacre et burgau, par Odiot et Thomire. Prud"hon a mis une Victoire au-dessus de la tête de l'enfant, l'aiglon à ses pieds, à ses côtés les bas-reliefs de la Seine et du Tibre : célèbre meuble doré, resté longtemps à la cour d'Autriche, pour que le triste enfant grandi puisse le voir en mourant, rendu aujourd'hui à son donateur et devenu une pièce d'histoire au musée Carnavalet. Quelques jours plus tard, l'avant-veille même de la naissance du roi de Rome, le peintre réclamait du préfet de la Seine, pour paiement de son travail, une somme « qui ne peut être moindre de douze mille francs. » Prud'hon était déjà professeur de dessin de l'Impératrice, lui qui jadis n'avait pu l'être de l'évêque de Dijon, et il allait en costume de cour donner des leçons inutiles. Du moins dessina-t-il plusieurs portraits de son élève et il peignit celui de S. M. le Roi de Rome, exposé avec le plus évident succès au Salon de 1812, qui était, disait-on, de la plus grande beauté. Marie-Louise l'emporta avec les siens, — on a même assuré qu'elle avait emporté aussi celui de Joséphine, — mais on ne sait ce qu'il est devenu : il ne se peut voir ni au musée de Parme ni à la Rocca de Fontanellato. Dans l'entourage impérial, Prud'hon avait fait, quatre ans plus tôt, deux portraits de M. de Talleyrand, qui furent longtemps au château de

Valençay, l'un de convention, brodé et chamarré, l'autre d'une intimité et d'une sûreté magistrales, vendu 25 500 fr. en 1899, et si sobre en sa psychologie vivante.

A côté'du portrait de l'enfant impérial, le maître à dessiner de Marie-Louise exposait au Salon de 1812 Vénus et Adonis, qu'elle lui avait commandé et dont elle oublia par la suite de prendre livraison. « Vénus, assise sur un tertre, retient Adonis près d'elle par le charme de ses caresses », lit-on dans une note du peintre. Le charme retint le public aussi, et le succès fut si grand qu'un critique anonyme et « impartial » s'écria : « Monsieur Prud'hon, quittez ce genre ou vous deviendrez dangereux pour l'École.» Et Boutard qui est encore là, — les Boutards se retrouvent toujours — Boutard se fâche : « Comme on peut le croire, Boucher ne manqua pas d'imitateurs qui enchérirent sur ses défauts ; mais ce qui contribua plus que tout le reste à la décadence de Fart, c'est que Boucher, comblé d'honneurs aussi bien que de richesses, fut élevé à la place de premier peintre justement dans le temps où sa manière de faire était devenue du plus mauvais exemple... Je ne saurais me défendre de quelque crainte en examinant les ouvrages de M. Prud'hon et, lorsque je considère l'espèce de vogue dont ils jouissent... » L'admirable façon de laisser voir sa pensée, et comme Boutard méritait de ne pas mourir ! Le tableau, qui devait être payé 12 000 francs, resta dans l'atelier de Prud'hon jusqu'à sa mort ; acheté 5 100 francs à sa vente par M. de Boisfremont, et 67 000 francs par Richard Wallace en 1875, il est dans ce royal musée de Londres

lO^i PUUDHOiN.

dont ne sut pas vouloir noire Ville de Paris. Chantilly en possèile 1' « ëtudo » peinte, Vénus à demi étendue et souriant à ravir, blonde et resplendissante comme un iilorieux tableau : Fesquisse, que Goncourt jugreait le eliefd'œuvre du maître, et « qu'on dirait peinte avec du mirl », fut atljugée à Marcille le père pour 7 800 francs à la vente du comte de Sommariva, Une autre Vénus encliantcresse entre deux groupes damours, appelée aussi X Innocence pour son enchantement même, a passé de la galerie du duc de Morny chez Paul Dalloz, et appartient aujourd "hui à sa fille, Mme Desfossés. Faut-il placer dans le même temps le Triomphe de Vénus, ce dessin diaphane et délicieux, — Homumm Dîvumque Voluptas, Altna Veniis^ — que His de la Salle eut l'éléerante générosité de céder au Louvre à son prix coûtant de 120 francs ?

PRUd'hON vieillissant. — l'institut. — MORT DE MLLE MAYER.

LA FIN DE PRUDHUN. PRLD HON DANS l'aRT FRANÇAIS.

L'Empire décline, Frochot est disgracié, et Prud'hon vieilli!. 11 n'a que cinquante-cinq ans encore, mais les temps ont été durs et la vie l'a souvent bousculé, malmené : le charmant rêveur des solitudes de Rome est devenu un bourgeois à son aise, un peu égoïste et très rangé, qui ne va jamais ni au café ni au théâtre, un bourgeois dans la manière de Picard ; mais la tendresse de ses veux Ideus

PRUD'HON lOJ

restés jeunes dit assez les visions ((ii'il garde et qu'il va continuer d'exprimer. On le voit dans son atelier, petit et bien droit, habillé d'une veste grise à brandebourgs noirs et à collet d'astrakan, modeste, parlant peu. « D'une ex(|Liise douceur, écrit Grille dans ses Miettes llttrrau'es, il ignorait ce qu'il valait, il avait peur de (b'plaire. » Ou du moins il ne parlait qu'au milieu de ses proches, très inquiet alors de religion et de philosophie.

Depuis longtemps déjà, Prud'hon gagne de l'argent. Il fait payer trois mille francs ses portraits, et les commandes impériales lui ont pour la plupart rapporté de larges sommes; mais la maison n'est pas riche. Pourtant il sait à l'occasion débattre ses iiiItTèts et on l'a vu réclamer sans retard ci; qui lui était dû par l'État. Une autre fois, oiî Talleyrand avec le ri'gime qui change avait fait changer le costume de son porirait, en même temps qu'il s'en commandait un autre, Prud'hon écrit à la duchesse de Courtaude , princesse de Talleyrand : « Je ne supposais pas qu'il [iouvait s'élever aucune dlfficultt- pour le prix, puisque vous me dites positivement que la sonune de 7 000 francs demandée me sera remise. Je recrois une lettre de votre chargé d'affaires qui m'assigne un rendezvous... Ma réponse, madame, a ('t(' de lui dire que jusqu'alors j'avais été entièrement étranger à ces sortes de discussions, qu'elles n'étaient faites ni pour mon tah'nt ni pour ma personne, ce qui me donne à croire, madame, (jii'il ne remplissait pas plus vos intentions que les miennes. « Prud'hon voulait reprendre le [lortrait, mais on s'entendit.

Il n'est cependant pas intéressé : il le prouvera un jour en refusant de vendre vingt mille francs au duc de Fitz-James Une famille malheureuse qu'il donne pour cinq mille à Odiot : « Je préfère la voir entre les mains d'un amateur sincère qui l'aimera, quentre celles d'un grand scigmair qui lui jeltera à peine un coup d'œil le lendemain du jour où elle sera entrée dans sa galerie, et qui ne l'achète que parce que mon nom est à la mode en ce moment. »

Il travaille beaucoup et régulièrement, levé tôt. couché tôt. Dans l'atelier, Mlle Mayer, animée et fébrile, va, vient, fait une scène de jalousie, redoutant ce goût que Prud'hon a de la femme. Elle aide le maître à. son œuvre, mais c'est le maître surtout qui lui donne des croquis, lui prépare une étude ou lui achève une toile : il y a du pinceau de Prud'hon dans tout ce que peint Constance Maver. Marguerite est là aussi, le joli modèle, que le roi de Prusse, passant, hélas ! par Paris, y rencontrera en lui offrant un billet de mille francs « pour ses papillotes », qui sont célèbres dans le monde o\i l'on peint. En ce temps, l'auteur de Psyché a été chargé par l'État d'un travail modeste dont il dut se réjouir : refaire une tête à l'/o du Corrège, non pas au tableau original, qui n'a pas quitté Vienne depuis plus de trois cents ans, mais à la belle copie espagnole de la fin du xvi* siècle, qui, servant de butin de guerre, avait suivi la destinée vagabonde de la Danaé, passé de Prague à Stockholm, couru à Rome et à Paris ob. le Régent l'avait achetée et oii son fds par pudeur lavait meurtrie; Coypel lui avait bien refait une tète déjà, mais

JEUNE ZEPHYR SK H A L A N Ç A N T AU-I)ESSITS H K 1, E A t

(D'apt'èsla lithogi-apliie de Grévoildn.)

P II U D'il ON. 107

ce n'était pas celle qu'il lui fallait : le grand Fredéi'ic ne l'en avait pas moins acquise et Napole'on l'ayant, nouveau bulin (le guerre, rapportée à Paris, Prudhon, sans doute d'après une estampe, lui remit sa tète vraiment corrégienne, et quand /o, après les traités, rentra à Berlin, les gens de là-bas V 2:a2:nèrent un Prud'lion.

xiu Salon qui s'ouvrit, sous la Restauration, le 1" novembre 1814, le peintre, plein de verve et pour une fois encore [)lein de jeunesse, exposa le Jeune Zéphyr se balançant au-dessus de l'eau, d'un mou\ement si b'ger qu'il en est pres(jue un \o\. (|ui fut aux Sommariva, ('t dont le musée Wallace possède une importante esquisse. Lu Justice et la Vengeance divine et Psyché reparurent, on ne sait pour(|uoi, la même anné-e : ils étaient déjà re\cims au Louvre en 1810 poiii- y voisiner avec David, Gi'os, Girodet et Gm'r-in, à piopos de ce prix décennal imaginé par l'Empereur et (|ue rinsliliit n'osa décernera persoime. Cet Institut, Prudhon n'en ('tait pas, et, ne s'y senlant pas aimé, il ne se souciait pas d'i^n être. Mais, ainsi (juil arrive souvent aux fennnes, Mlle Mayer, incitante et insistante, le décida, non à faire des visites, mais \\ écrire au président de l'Académie en janvier 181:") : « Veuillez j)r('seiiter nuMi \(eu à l'assendjb'e des hommes de méi'ite ((ui vous ont nus <à leur lele. S'il est agréé, je nu' tiendrai ti'ès lionor(' d èli't^ re(;u parmi eux. » Les honunes de méi'ite n'agréèrent pas le vœu tout d'abord et, trouvant bon de faire attendre ce grand honnne, n(! l'élurent qu*^ le 22 sepleinbic ISKJ, en l'emplacement de l'habile Vincent.

La Restauration fut une peine, presque une défaite» pour l'artiste attache' à l'Empire par des liens de gloire, et il força son li!s Eudaniidas, qui sortait de l'Ecole polytechnique, à donner sa démission . le jeune homme, re'sig'né à etuch'er la médecine, partira la pratiquer àToul, en compno:nie de sa malheureuse mère qui y mourra en 1834. \'ers le même temps, Prud'hon marie petitement à un M. Deval, nég-ociant en vins à Eorient, sa tille qui, veuve, «'pousera un AI. Quoyerer, de Metz, et, vieille femme, scia ruiii('e par hi guerre de 70 ; pour aider au mariag"e, il a vendu à Rog-er 3 668 francs sa part dans l'association qu'ils avaient formée pour hi gravure du beau dessin : l'Amour séduit l'Innocence^ le Plaisir F ent raine . le Repentir suit. Dans ces conditions étroites de vie, on leg^arde Prud'hon, resté maintenant seul avec Mlle Mayer, devenir de plus en plus un bourgeois de 1820, mais rame de l'artiste est là et triomphe des apparences.

Se souvenant du passé, il compose Androniaque. que de Schœnbriinn lui a fait demander Maiie-Louise, la fausse veuve : le tableau, annoncé au Salon de 1817. n'v parut point ; il n'était pas lini, et, double tristesse, ne le fut qu'après sa mort par M. de Boisfremont, qui l'envoya au Salon de 1824. En 1818, Prud'hon est occupé au projet du plafond de Percier au Louvre : « Minerve soutient d'un bras le Gi'nie de la Peintui-e, en lui montrant de l'autre le séjour de l'Immortalité », un de ces étonnants dessins ascensionnels, qui sont pour lui jusqu'à la fin le rê^e de ses veux clos et dont le dernier, à l'heure de sa mort, sera

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