PAUL ET VIRGINIE
Prud’hon fit aussi pour le chef-d’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre1, publié par le même éditeur, un dessin représentant la mort de Virginie avec ces mots pour légende : « Elle parut un ange qui prend son vol vers les deux. » La jeune fille, debout sur le
pont du navire, se détache en force sur les vagues écumeuses. Elle attend la mort, la tête levée vers le ciel, ses deux bras chastement croisés contre son corps pour retenir ses vêtements fouettés par le vent. C’est une figure pleine de sentiment, et jamais ce sujet difficile n’a été mieux compris. Cependant la
publication dont le frontispice est le plus bel ornement. C’est là un de ces petits mystères qui font le désespoir des biographes. Voici pourtant l’explication que l’on pourrait donner, je crois. Les Didot aimaient et appréciaient Prud’hon. Ils lui avaient demandé le frontispice et quelques autres planches pour le Racine. Mais ils avaient donné a David une sorte de direction, de haute main sur la partie artistique de l’ouvrage, et c’est naturellement à ses élèves, notamment a Gérard et à Girodet, que David avait conseillé aux Didot de s’adresser. II est probable que la collaboration de Prud bon ne plut ni au maître, ni aux élèves, surtout lorsqu’ils eurent vu le frontispice qui dans ce genre est un chef-d’œuvre, et qu ils trouvèrent prudent de ne pas donner lieu à des comparaisons dangereuses. C’est ainsi que je m’explique la signature de Moitié apposée a la première planche des Frères ennemis , et I abandon de la belle composition d’Andromaque.
E Paul et Virginie, par J. -IL Bernardin de Saint-Pierre. Paris, de l’imprimerie de P. Didot l’aîné, 1806. I vol. in-4.
DAFNI E CLÜE.
multiplicité dos accessoires nuit à J e lie t général1.
L éditeur Renouard publia, en 1800, une traduction italienne de Daphnis et Chloé1 9 et d’un autre roman grec sous ce titre : GU Amori di Abrocome e d’Anzici, par Xénophon d’Éphèse3; Prud’hon fit une vignette pour chacun de ces volumes. Il reprit pour Daphnis et Chloé le sujet du bain qu’il avait déjà traité pour la grande édition de Diclot, et cette petite planche est peut-être supérieure encore à la première. Daphnis est dans l’eau jusqu’à mi-jambes. Dans son impatience il a saisi de ses deux mains la longue chemise de la fillette qui résiste, recule et cherche a se dégager. Le mouvement est d’une invention ravissante, et les deux figures d’une vérité, et d’une jeunesse adorables4.
1 . M. Mahérault possède un exemplaire de cette estampe, coloriée par Prud’hon lui-même avec cette mention : A Madame Bin de Saint-Pierre.
2. Gli Amori paslorali di Dafni e Cloe, di Longo sofista , etc.
— Parigi. Appresso Ant. Ag. Renouard, ix-1800. Un vol. in-12.
3. Gli Efesiaci, di Senofonte Efesio, etc. — Parigi. Appresso Ant. Ag. Renouard, îx— 1 800. In-1 2. — Ces deux volumes sont en général reliés en un seul. — Les deux vignettes sont gravées par Roger.
4. « J'ai reçu du citoyen Roger pour le Cn Renouard, la somme de 6 louis pour un dessin de Daphnis et Cloë que je lui ai livré.
— A Paris, ce 5 messidor an 9.
« Prud’hon Ptre. »
L’original de ce reçu appartient à M. Laperlier.
L’original de ce rey<
G- Arosa et. C>e