‹ Prud'honChapitre 123 sur 201 · Voïart, Notice, etc., p. 16 et · texte numérisé non relu

Voïart, Notice, etc., p. 16 et

MADAME PRUD’HON

de vous entretenir de choses qui me révoltent et me font rougir. Je suis outré et humilié tout à la fois quand je parle d’une femme qui, n’ayant ni fierté ni amour-propre, n’a pas craint de montrer la bassesse de son âme par les scènes atroces, dégoûtantes et scandaleuses qu elle n a cesse de me faire, par ses piopos infâmes contre toutes les personnes qui m avoisinaient, et par la manière insupportable dont elle a agi avec tout le monde. Sans la considération

particulière qu’ontpour moi mes confrères, ils auraient, dans le temps, porte des plaintes au ministre de l’intérieur, pour écarter quelqu’un dont la méchanceté

soutenue récidivait journellement tout ce qui pouvait leur être désagréable et incommode. MM. Girodet et Meynier ne l’ont que trop éprouvé, puisque le premiei s est vu foicé, étant au Louvre, de transporter son travail et son atelier aux Capucines, place Vendôme : il était temps, pour le second, dont l’extrême bonté a soutenu la patience, que je la misse hors de chez moi, car il était excédé de ses invectives, de ses ciiailleries et du tapage qu’elle ne cessait de faire

au-dessus de chez lui ; et combien n’était-il pas désagiéable et fâcheux pour moi, qui suis sensible et aime la paix, d’avoir à répondre à des plaintes trop justes, réitérées à chaque instant, auxquelles il n’était pas possible de faire droit avec un être de l’humeur

MADAME P RU D’Il ON.

et du caractère de celui-là! D’après ce, l’on sent combien une telle femme est un objet insupportable et scandaleux dans un lieu comme la Sorbonne et combien j’ai de raisons de solliciter un ordre du ministre pour l’empêcher d’y remettre le pied. Le gouvernement, qui considère les arts, loge les talents ; dans le local qu’il leur accorde, il est nécessaire, pour l’ordre et la tranquillité, qu’il y ait une police qui puisse en exclure quiconque oserait les troubler. Ma femme est dans ce cas : elle n’est point artiste; elle nuit à la tranquillité de mes voisins; elle nuit à mon repos, à l’exercice de mes talents et à l’éducation de mes enfants : je suis fermement décidé à n’avoir plus rien de commun avec elle. Depuis six mois elle est hors de ma maison. Je lui donne tout ce qui lui est nécessaire, agréable même. Une pension que je lui fais pourvoit à ses besoins, mais il lui manque sur qui exercer son humeur âcre, et, pour se satisfaire sur ce point, elle voudrait tenter son retour à la Sorbonne. Je demande donc qu’il ne lui soit plus permis, défendu même, de rentrer dans un local où elle ne rapporterait que le trouble et le scandale. Je m’arrête, Monsieur; n’en voilà que trop sur ce sujet. Pardon mille fois si j’abuse de votre condescendance. A peine ai-je l’avantage de vous approcher que je vous

demande des grâces

et sollicite votre intérêt; mais

MADAME PRUD’HON

c’est un artiste, c’est un compatriote qui vous prie de lui rendre un service bien important et bien urgent . Si vous daignez vous employer en sa faveur, il ne doute pas de la réussite, et il en conservera toute sa vie le souvenir de la reconnaissance.

(( J’ai l’honneur d’être, avec un entier dévouement, Monsieur, votre très-humble serviteur et compatriote,

(( PRUd’hON, ptre. ))

« Ce 7 vendémiaire an XII 1 (/,r ocl. 1803). »

Cette lettre ne paraît pas avoir eu tout l’effet désiré. Mine Prud’hon, de plus en plus violente et insatiable, continua à abreuver son mari d’avanies et à le harceler de ses continuelles demandes d’argent. Cet état de choses dura pendant plusieurs années encore, jusqu’au moment où la malheureuse, étant parvenue jusqu’à T Impératrice, lit devant elle une scène tellement scandaleuse, qu’on l’enferma dans une maison de santé, sous l’œil de la police, tenue par M. Déodore de Piron, et où l’on mettait les fous et les ennemis politiques. Elle n’en sortit que pour

1. « A monsieur Denon, directeur général des musées. Aux galeries du Louvre, n° 17. » — L’original de cette lettre appartient à M. Laperlier.

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