PRUD’IION A LA SORBONNE
aller demeurer chez son fils Eudamidas, à Toul, où elle mourut en 183Z|.
A la Sorbonne, Prud’hon habitait un appartement fort propre, à gauche de la porte d’entrée, au second étage, précisément au-dessous de l’horloge. Son atelier, vaste, éclairé par une grande fenêtre donnant sur des jardins et très-bien tenu, était à peu près au milieu du bâtiment du fond et ne communiquait pas avec le logement. C’est là qu’il passa une vingtaine d’années ; c’est là que l’ont vu dans l’intimité (un peu plus tard, il est vrai, mais son extérieur et sa manière d’être ne changèrent pas sensiblement) quelques amis qui vivent encore et dont les souvenirs me permettent de donner des détails authentiques sur sa personne et sur ses habitudes1.
Prud’hon était alors dans la force de l’âge. De petite stature, sa tête paraissait trop grosse ; mais le corps souple, bien pris, sa taille svelte et droite, lui donnaient un aspect vif et dégagé. 11 avait les cheveux blond cendré, des yeux bleus pleins d’expression et le teint frais. Il n’était pas régulièrement beau, mais sa physionomie tendre et rêveuse reflétait à merveille son caractère sensible et passionné. Uniquement préoccupé de son art, il était négligé dans sa mise.
\ . Ce sont entre autres : Mnlcs Belloc et Tastu; MM. de Boisfremont fils, Carrier et Berger.
PR U D’Il ON A LA SORBONNE.
Il portait chez lui et dans son atelier une petite veste, grise à collet d’astrakan , brandebourgs et grands revers. En ville, il était ordinairement vêtu d’une redingote noire, à la boutonnière de laquelle on voyait à peine le ruban rouge qu’il avait reçu des mains mêmes de l’Empereur, en 1808. Sauf les rides de chaque côté du nez qui sont trop marquées, les cheveux qui sont un peu roides, son portrait lithographié vers 1820 par Boilly est, me dit M. Berger, fort ressemblant : ce sont ses traits, son expression et son port, Le buste en marbre du IM usée est beaucoup moins bon. Dans le monde, il était timide, habituellement silencieux, presque sauvage et d’apparence modeste. Chez lui et en petit comité, il s’animait, parlait avec facilité, une grande élévation, une sorte d'éloquence qui frappait vivement. Ses sujets favoris étaient non-seulement la peinture, mais la philosophie et la religion, qui le préoccupait beaucoup et sur laquelle il avait des vues très-larges et très-personnelles. Il était d’une singulière candeur 1. Sa vie était
1. Prud’hon était aussi distrait que La Fontaine, et Mme Tastu m’a raconté l’anecdote suivante. Un jour, il se rendit chez son père, M. Voïart, qui habitait la campagne, près de Paris, avec elle et son mari. Le temps était beau, on passa une journée charmante. Le soir, Prud’hon voulut rentrer en ville. On chercha à le retenir; il résistait, craignant d’inquiéter Mlle Mayer. La voiture publique
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très-réglée : ni cafés, ni spectacles. Toujours levé de très-bon matin, il travaillait toute la journée sans désemparer et se couchait entre neuf et dix heures. Il
ne voyait qu’un petit nombre d’amis qui professaient pour lui une sorte de culte et sur lesquels il exerçait une incroyable influence.
Prud’hon habitait déjà la Sorbonne, lorsqu’un changement radical se fit dans son existence. Sa vie, si troublée et si sombre jusque-là, s’éclaira tout à coup d’un vif et bienfaisant rayon. Son cœur aimant trouva en Mlle Mayer une amie capable et digne de le comprendre, et dont l’attachement lui donna quelques années de tranquillité relative et de bonheur.
Marie- Françoise-Constance Mayer La Martinière, née en 1775, appartenait à une famille riche et distinguée. Son père était directeur des douanes, ou quelque chose d'approchant; la jeune fille avait reçu une éducation très-soignée et en rapport avec sa
passait; on donna au conducteur une lettre destinée à rassurer son anxieuse amie. Le lendemain, nouvelles promenades. Prud’hon s’enivrait de ce bon air des champs qu’il respirait trop rarement. Il partit le soir. A quelques jours de là, M. Voïart, étant à Paris, alla voir Mlle Mayer, qui lui dit : « Eh bien, que pensez-vous de notre grande nouvelle? — Quelle grande nouvelle? — Mais celle que Prud’hon a été vous annoncer l’autre jour : le mariage de sa fille... » Cet excellent Prud’hon n’en avait pas souillé mot.
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position. Passionnée pour les arts, elle étudia la peinture, d’abord avec Suvée qui, sorti des prisons de la République et partant pour Rome où il allait diriger l’Académie de France (4 801), la confia à Greuze1. Celui-ci étant mort en 1805, Mlle Mayer se trouva sans direction. Un des amis de sa famille parla à Prud’hon de ses rares dispositions et le sollicita de lui donner des conseils. Prud’hon, effarouché de la perspective d'avoir une jeune femme pour élève, et qui avait d’ailleurs une répugnance presque invincible à faire de nouvelles connaissances, n’y consentit qu’avec peine. Use décida pourtant, mais il semblait pressentir le danger. Il se souvenait de ses malheurs domestiques et ne se souciait pas d’introduire une femme dans sa maison. C’est avec une sorte de terreur inavouée peut-être qu’il recevait Mlle Mayer, et ce n’est qu’à force d’importunités qu’elle obtint qu’il lui continuât ses leçons. Une affection mutuelle ne tarda pas à lier ces deux êtres doués d’une égale sensibilité et faits l’un pour l’autre. Très-peu de temps après, Mlle Mayer perdit son père et vint s’établir à la Sorbonne. Pour sauver les apparences, elle demeurait dans un appartement séparé qui touchait à l’église
4. Mlle Mayer et son amie Mlle Ledoux ont fait beaucoup de tètes dans la manière de Greuze, qui sont souvent données pour des originaux.
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communiquait avec l’atelier de Prud’hon. Pendant quinze ans, elle ne cessa de donner à son maître les preuves d’un attachement sans bornes, d’un dévouement de tous les instants. En venant occuper la place désertée de la femme légitime, elle prit tous les devoirs de la mère de famille. Elle absorba sa vie dans celle de Prud’hon. L’admiration qu’elle avait pour le talent du peintre était aussi grande que l’affecsion qu’elle portait à l’homme, et ces deux sentiments se confondirent dans son âme passionnée. Sa tendresse, sa constance, son désintéressement, furent tels, qu’elle ne cessa jamais d’être entourée, par ceux qui l’approchaient, du plus profond respect et que, malgré l’irrégularité de sa position, la malignité s’arrêta devant une affection si vraie, si touchante, si profonde.
Lorsqu’elle vint demeurer à la Sorbonne, MIle Mayer n’était plus de la première jeunesse : elle avait environ trente ans. De taille moyenne, très-brune, plutôt grasse que maigre, surtout dans les derniers temps, elle n’était ni belle ni même jolie; mais elle intéressait vivement par sa physionomie séduisante et piquante. Toutes les personnes qui l’ont connue sont unanimes sur ce point, et après cinquante ans elles sont encore sous le charme. Elle avait des yeux noirs largement fendus, très-couverts, superbes, pleins de
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lâ poitrine, dans la miniature
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feu, tendres et profonds; la bouche était grande, relevée aux coins et d’une grâce infinie; le nez petit, un peu sensuel et épaté. Son port, sa démarche, les traits dé son visage, son teint, qui rappelait celui d’une créole, lui donnaient quelque chose de trèsparticulier, d’un peu sauvage, de mutin, d 'agreste, comme me dit Mme Belloc. Elle était fort simple dans ses habitudes et dans sa toilette et n’avait rien d’excentrique ni qui rappelât ce que nous nommons le « genre artiste. » Elle s’habillait avec goût, mais comme tout le monde, se coilïait d’une manière séante à sa physionomie, ne négligeait pas les soins indispensables à une femme comme il faut et n’allait pas au delà. La charmante ébauche que possédait M. Laperlier, la merveilleuse miniature qui appartient à M. Eudoxe Marcille, l’admirable dessin, grand comme nature, de M. Bellanger, nous la montrent conforme aux souvenirs de ses amis : vêtue d’une sorte de veste courte à large revers, ouverte par devant, avec une chemisette, dans le dessin de M. Bellanger ; d’un spencer de velours noir bordé de chinchilla, qui laisse deviner les gracieuses formes de la poitrine, dans la miniature de M. Marcille; d’un châle brun qui enveloppe les épaules, dans l’ébauche de M. Laperlier. Dans les deux peintures, les abondants cheveux noirs de la jeune femme sont serrés
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au milieu de la tête par un ruban rouge, et mille boucles folles s’échappent et jouent sur les tempes et sur le front. Dans la miniature de M. Marcille, MUe Mayer est ravissante. D’après une tradition qui semble très-vraisemblable, Prud’hon aurait fait cette peinture pour servir de couvercle à la tabatière de M. Mayer, père de son élève. Il était alors dans la première ferveur; il s’y est surpassé. Il a peut-être idéalisé son modèle; le génie du peintre et le cœur de l’amant se sont unis pour tracer ce chef-d’œuvre, et jamais on n’a rendu d’une manière plus saisissante ce sourire de la bouche et des yeux, ce sourire enchanteur, ineffable des femmes de Léonard et de celles de Prud’hon. Un détail touchant montre bien la nature de son affection et le respect qu’il portait à
une personne qui bravait les jugements du monde pour se taire son humble compagne. On raconte que lorsque ce portrait lui revint, après la mort de M. Mayer, il le fit placer dans un cadre rond, et de chaque côté, dans les vides, il peignit en grisaille deux figures de femmes, dont 1 une, avec une levrette, symbolise la fidélité, et dont l’autre, tenant une colombe, personnifie f Innocence.
Quoique logeant dans un appartement séparé, Mlle Mayer dirigeait ouvertement la maison de Prud’hon. Elle fut pour ses enfants la plus tendre des
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mères; elle les adopta pour ainsi dire, les éleva et les dota. M. Eudamidas Prud’hon m’a parlé avec des larmes dans les yeux de son affection, des soins qu’elle prodiguait à la nombreuse famille. Elle avait hérité de son père quatre-vingt mille francs environ et, sans mot dire, elle puisait largement dans cette petite fortune pour mettre de l’aisance et de l’agrément dans le ménage. Elle travaillait dans l’atelier de Prud’hon, à quelques pas en arrière de lui, ébauchait ses tableaux sous sa direction ou exécutait des toiles qu’elle signait, et dont son ami lui préparait les projets et les études. C’est ainsi qu’elle peignit en grande partie la Jeune Naïade , dont M. de Boisfremont fils possédait une esquisse et les dessins de la main du maître. 11 en est de même du pathétique tableau, une Famille malheureuse, qu’elle avait commencé dans les derniers temps de sa vie, et que Prud’hon termina après sa mort 1 . Elle avait du talent,
1. Mlle Mayer a exposé, depuis sa liaison avec Prud’hon, en 1806 : Vénus et V Amour endormis, caressés et réveillés par les zéphyrs ; portrait en pied de Mme IL.., portrait de Mme de Y...; — en 1808, le Flambeau de Vénus; — en 1810, l’Heureuse Mère : la : Mère abandonnée ; — en 1812, une Jeune Naïade qui veut éloigner d’elle une troupe d’Amours qui viennent la troubler dans sa retraite; — en 1814, portrait de Mn,e P...; — en 1817, portrait en pied de Mme D...; portrait de Mme T... (Tastu ); — en 1819, le Rêve de bonheur — en 1 822, portrait d’une jeune fille jouant
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comme on peut s’en convaincre en voyant le Rêve de bonheur , la Mère heureuse, la Mère abandonnée, au musée du Louvre, et un grand nombre de portraits qui sont entièrement de sa main, mais peu d’initiative et de personnalité. Elle ne voyait l’art que par les yeux de son maître et de son ami ; elle s’efforçait uniquement de le suivre et de Limiter, de se con1 fondre avec lui en cela comme en toute autre chose. Aussi ses ouvrages ont-ils été souvent attribués à Prud’hon. Mais il leur manque la flamme, l’accent, le quelque chose qui saisit et qui est la marque du génie.
Après les longues journées consacrées au travail de l’atelier, à l’éducation des enfants, aux soins du ménage, à la correspondance qu’elle tenait en grande partie pour Prud’hon, devenu paresseux à écrire, on se réunissait dans le petit salon, où quelques amis intimes, MM. de Boisfremont le père, Constantin1, Trézel, l’un des plus fervents admirateurs du peintre,
avec un chat; portraits de Mme B..., de Mlle J..., de Mllf L... On connaît en outre un nombre assez considérable de tableaux et de portraits qui ne parurent pas aux expositions.
1 . Constantin, le marchand de tableaux de la rue Saint-Lazare, était intimement lié avec Prud’hon , comme le prouve le billet suivant; cette intimité est utile à constater, car elle explique que l’artiste ait autorisé le négociant à signer les dessins qu’il était
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M. et Mme Belloc, M. Voïart, M. et Mme Tastu, M. de Forbin, la famille Boivin, venaient passer la soirée. Dans ces petites réunions, c’était la peinture qui servait en général de texte à la conversation, et l’estime où l’on tenait Mlle Mayer était si grande, qu’on ne se permettait jamais devant elle aucun de ces propos d’atelier, de ces plaisanteries et de ces anecdotes douteuses dont les artistes ne sont en général pas avares et que Prud’hon, du reste, détestait. Elle avait gardé une partie des relations de sa famille et elle fit faire à Prud’hon la connaissance de
chargé de vendre, et Ton verra plus tard que Prud’hon avait donné cette autorisation à Constantin.
« Mardi, ce 22 novembre. — Mon cher Constantin, tu obligerais beaucoup Mlle Mayer si tu pouvais lui envoyer demain matin son tableau déverni. Elle est pressée d’y travailler avant de le livrer et il faudrait, s’il était possible, qu’il fût entièrement retouché au moment de la clôture du Salon; tu dois voir qu’elle n’a pas un instant à perdre, et M. Denon m’a déjà demandé si elle était à y travailler. Je te salue de cœur. — Ton ami.
« prüd’iion.
« Nous irons te demander à dîner sur la fin de la semaine, vendredi ou samedi. Mlle Mayer m’a chargé de mille amitiés de sa part et de beaucoup de choses agréables pour Mme Constantin, auprès de laquelle tu voudras bien ne pas m’oublier1. »
1. Le timbre de la petite poste porte la date du 22 novembre 1808. — L’original do cette lettre appartient à M. Constantin fils.
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quelques personnages importants: celle de Tallevrand,
entre autres, dont le peintre fit plusieurs beaux portraitsElle le prônait, s’employait pour lui avec
1. Nous citerons le charmant petit buste de M. Eudoxe MarciHe et le portrait en pied qui appartient au Musée de la ville de i ai is. C est probablement à ce dernier que se rapporte la lettre suivante adressée par Prud’hon à la duchesse de Courlande :
ruris, ce iz avril 1817.
Madame la duchesse,
D’après la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser en réponse à la mienne, concernant le portrait de S. A. le Prince de Ta llej i and, je croyais, Madame, que ce serait à vous à qui j’aurais directement à faire pour les arrangements que vous me dites vouloir prendre relativement au payement. Je ne supposais pas qu’il pouvait s élever aucune difficulté pour le prix, puisque vous médités positivement que la somme de sept mille francs demandée me sera remise. Je reçois une lettre de votre chargé d’affaires qui m’assigne un rendez-vous auquel je me rends, supposant que c’est de ce même arrangement dont il est question; point du tout, c’est du prix dont il s’agit, et il me dit que vous n’aviez nullement l’intention de payer cette somme. Je l’ai vu encore hier pour la seconde fois, il m’a tenu le même langage. Ma réponse, Madame, a été de lui dire que jusqu’alors j’avais été entièrement étranger à ces sortes de discussions, qu’elles n’étaient faites ni pour mon talent ni pour ma personne, ce qui me donne à croire, Madame, qu il ne remplissait pas plus vos intentions que les miennes et qui ma déterminé de nouveau à vous écrire pour vous faire part du moyen simple qui peut être employé pour terminer ce différend, très-désagréable pour moi.
Je \ ous remettrai, Madame, lundi prochain l’ancien portrait du
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activité, mais cependant avec un tact parfait. Prucl’hon, quoique laborieux, était à l’endroit des affaires d’une singulière indolence et d’une complète incapacité; elle le poussait et l’excitait à s’occuper de ses
Prince, dont je devais changer tout l’habillement; ce changement entraînait tout le reste et présentait des difficultés qui n’auraient produit qu’un triste résultat, c’est à dire un mauvais portrait, ce qui m’a fait supposer qu’il n’aurait plus été digne ni de celui qu’il représentait, ni de celle pour qui il était destiné. Après du temps passé à essayer ce que je pourrais faire à ce sujet, je me suis décidé à le recommencer, avec l’intention de vous laisser ignorer tous ces désagréments.
La circonstance me force donc, Madame, à ne plus vous les taire et à vous prévenir que, si je ne reçois pas de réponse opposée à l’intention dont j’ai l’honneur de vous faire part, j’accompagnerai les porteurs qui seront chargés de l’ancien portrait et ferai reprendre en retour, si vous le trouvez bon, celui qui est l’objet de toutes ces difficultés.
J’ai l’honneur d’être très-respectueusement, Madame la duchesse, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
P RU d’h O N Plre.
Le billet suivant, écrit par la duchesse à son homme d’affaires, était joint à cette lettre :
Je vous prie, Monsieur, de me dire un mot relativement à M. Prud’hon; vous voudrez aussi venir mardi 15 avril vers les deux heures chez moi pour que nous puissions régler les payements à faire pendant mon absence. Je pars mercredi. S’il est nécessaire que je parle a M. Prud’hon vous voudrez bien l’avertir pour qu’il
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intérêts. C’est à ses démarches qu’il dut sa nomination
dans la Légion d’honneur et à l’Institut. J’ai dit que Mllc Mayer n’était pas belle; elle n’était pas non plus précisément aimable. Elle se tenait fort en arrière et ne cherchait nullement à briller. Mais lorsqu’un sujet l’intéressait, la passionnait jusqu’à la faire sortir de sa réserve ordinaire, elle s’exprimait à merveille avec beaucoup de verve, de feu, de sensibilité. La musique et la poésie l’impressionnaient vivement, et un rien suffisait pour lui mettre les larmes dans les yeux. A l’ordinaire, silencieuse, anxieuse, elle était absorbée dans sa constante préoccupation : veiller à ce que rien ne pût fatiguer, ennuyer ou peiner Prud’hon. Elle le soignait comme un enfant et le couvait pour ainsi dire, exigeait qu’on se retirât à neuf heures, et l’entourait des soins les plus délicats et du respect le plus profond. Elle était faite de contrastes. Ardente, nerveuse, son amour et sa sollicitude allaient quelquefois jusqu’à lui faire voir des fantômes;
se rende chez moi mardi à la même heure; si je puis terminer son affaire par vous et sans lui, il me sera plus agréable.
Je vous prie de croire à tous mes sentiments.