‹ Prud'honChapitre 19 sur 201 · PRUD’IION AU BARON DE JOURS ANVAU LT · texte numérisé non relu

PRUD’IION AU BARON DE JOURS ANVAU LT

longues, et les jambes mal dessinées. 9° Les degrés sont glissants par leur position, ne sont point assez horizontaux, etc., sur les détails plus minutieux (sic). 10° Et le tableau en général n’est point assez empâté. Vous voyez par là, Monsieur, qu’il n’est pas possible de le corriger sans tout recommencer ; je n’excepte rien, pas même les têtes, qu’il faudrait mettre sur l’estomac des figures pour les proportionner. Je retoucherai où vous m’avez dit, mais je me réserve de vous en faire un autre de même grandeur et plus présentable; car je suis jaloux qu’une personne qui m’honore de son amitié ait de moi quelque chose de passable. Ce ne sera point à Cluny, où le regret de perdre mon temps et l’ennui d’y rester m’excèdent, ce qui me rendrait incapable si j’y restais plus longtemps de rien faire de bon ; mais ce sera à Paris, oii je verrai de belles choses qui me rendront tout de feu, et que je tâcherai d’imiter dans mes ouvrages. Je me réjouis de vous en envoyer lorsque j’y serai ; vous verrez mes progrès. Quand je pense à ce pays ou à Rome, l’impatience et le désir d’être dans l’une ou l’autre de ces villes m’emporte. En allant à Paris et passant par Beaune, j’y ferai, si vous voulez me le permettre, votre buste seulement et celui de Mademoiselle, pour emporter avec moi, afin de le copier sur le tableau que j’exécuterai. Vous me permettrez

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aussi, Monsieur, de vous faire cadeau de ce tableau, pour pouvoir vous témoigner de quelque façon ma reconnaissance.

« Vous nous faites espérer que nous aurons le bonheur de vous posséder à Cluny. Quel sensible plaisir pour moi de voir un ami (permettezmoi ce terme) pour qui j’ai rattachement le plus intime! Mais je suis bien aussi mortifié d’être privé de Mlle Dembrun : ma joie aurait été entière, si vous étiez venus tous les deux.

« Vous me parlez de payement ! Qui sait mieux que vous, Monsieur, le prix qu’on met à ces sortes d’ouvrages? Permettez-moi de m’en rapporter à ce que vous trouverez bon. Cette demande de prix de votre part me peine à l’infini, et si ce n’était le besoin, je ne souffrirais pas seulement que vous m’en parlassiez; car réellement c’est me peiner que de me le dire, et je m’estimerais trop heureux de faire quelque chose qui put vous faire plaisir.

« Votre petit Jannot1 est en bonnes mains. C’est sa maman qui le nourrit. Il est gros comme un petit cochon et méchant comme un petit diable.

a Le frère Placide, c’est un vilain. Je n’en suis

I. Quoique nous n'en ayons aucune preuve, on peut bien supposer que M. de Joursanvault était le parrain de ce petit Jean, le premier enfant de Prud’lion.

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