DERNIÈRE MALADIE DE PRUD’HON
Dans les premiers jours de 1823, Prud’hon fut atteint d’une indisposition dont il ne comprit pas d’abord la gravité, mais qui était le commencement de la crise suprême. Il écrivait le 3 janvier à une dame qui l’avait invité à dîner :
« Ma chère amie, — L’année où nous entrons ne commence pas pour moi plus heureusement que la précédente n’a fini. Le tissu de contrariétés qui enlace ma personne continue de s’ourdir sans interruption. Je m’explique. Je ne puis, comme j’y comptais, avoir le plaisir d’aller dîner demain chez vous. Une douleur au côté gauche, très-sensible quand je respire, plus vive encore quand je tousse, est précisément venue le premier de l’an me clouer dans ma chambre et s’opposer au plaisir que je me promettais pour le samedi suivant. Le mal n’est que musculaire, comme par exemple un torticolis. J’espère donc qu’il ne passera pas son quatrième jour.
« Recevez tous mes regrets, ma bonne amie, et les vœux de bonheur qu’il m’eût été si agréable de
beaucoup plus clairement que dans l’ébauche de M. Marcille La tête surtout est admirable, pleine de sentiment, d’expression saisissante et touchante. Les traits rappellent beaucoup ceux de Mlle Mayer.
DERNIÈRE MALADIE DE PRüD’HON.
vous adresser personnellement : il faut prendre patience bon gré mal gré.
« Prud’hon.
« Ce 3 janvier 4 823 i. »
Cependant Prud’hon travaillait encore par moments à son Christ en croix . M. Berger, qui alla le voir à cette époque le trouva dans l’atelier près de son tableau, se chauffant les pieds contre un grand poêle en faïen-ce. Sa main lui parut glacée. Il se montra affectueux envers son élève, comme de coutume, mais il était profondément triste et abattu. J1 ne se doutait peut-être pas encore de l’imminence du danger; cependant, d’après ce que me disent tous ceux qui l’ont vu depuis la mort de Mlle Mayer, il était persuadé qu’il ne survivrait pas longtemps à son amie. Quelques mois auparavant, il avait acheté au Père-Lachaise un terrain voisin de la sépulture de Mlle Mayer où il allait souvent faire de solitaires pèlerinages. Il écrivait à sa fille : « Oh! que la chaîne de la vie est pesante! seul sur la terre, qui m’y retient encore? Je n’y tenais que par les liens du cœur; la mort a tout détruit... ma vie est le néant... l’espérance ne détruit point l’horreur des ténèbres
4. L’original de cette lettre sans a Iresse appartient à M. Cliambry.