‹ Prud'honChapitre 22 sur 201 · LE PREMIER TABLEAU DE PRUD’HON · texte numérisé non relu

LE PREMIER TABLEAU DE PRUD’HON

le Génie de la peinture, une palette à la main, qui montre le buste; un tableau, où l’on voit Mars accoudé sur un canon, est appuyé près de lui contre le piédestal. Au-dessus du Génie, et derrière la Beauté, est Apollon jouant de la lyre; c’est dans cette figure que l’on croit reconnaître Prud’hon lui-même. La composition est complétée par un Mercure porté sur des nuages, le caducée à la main, et planant sur le groupe entier.

Ce tableau, peint avec la finesse, la minutie d'une miniature, prouve surabondamment qu’à cette époque Prud’hon ne connaissait d’autre manière que celle de son maître Devosge. On ne le retrouve que dans ce goût pour l’allégorie qui ne l’abandonna jamais. Sans la lettre que l’on vient de lire, il ne viendrait à l’idée de personne d’attribuer cette petite toile au peintre de la Justice divine. La couleur est vive et assez fine , et on distingue çà et là quelques larges touches de lumière qui (surtout lorsqu’on est averti) font pressentir le grand coloriste; mais la plupart des types sont vulgaires et enfantins, et les formes longues et grêles ne rappellent que trop l’école de Dijon1.

La misère retenait Prud’hon à Cluny. De minces

\ Note de M. A. de Montai glon.

PRUD’IION AU BARON DE JOURSANVAULT

travaux, quelques portraits, des dessins et des gravures, suffisaient à grand’peine à l’entretien de la famille. 11 poursuit pourtant ses rêves. Il pense déjà au concours pour le prix de Rome qui devait avoir lieu l’année suivante, mais auquel il ne put prendre part. Il a des torts envers son bienfaiteur. Il n’a pas suivi ses conseils; il a tardé à lui répondre; il est mal à l’aise vis-à-vis de lui. Enfin il prend son courage et lui écrit :

« Monsieur, vous aurez sans doute de la peine à me pardonner mon insoutenable paresse à répondre à la lettre dont vous m’avez honoré; j’avoue mon tort et mérite tout votre ressentiment à cet égard. Cependant, daignez oublier ma faute et rappeler vos anciennes bontés en ma faveur. Puis-je aussi me flatter, Monsieur, que vous ne dédaignerez pas mes respectueux hommages et les vœux que je fais en ce nouvel an pour tout ce qui peut intéresser vos plaisirs et votre félicité? J’ai attendu cette faveur de votre indulgence.

« Je travaillais hors de Cluny lorsque vous me fîtes la grâce de m’écrire; et, croyant, mes travaux finis, aller passer mon hiver à Dijon, j’espérais avoir l’honneur de vous voir à Beaune; mais

la Fortune, qui se fait un plaisir de m’être con-

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