PR U D’ HO N AU BARON DE J OURS AN VAULT
traire, en a, à mon grand regret, décidé autrement.
« Vous me menacez, dans votre dernière lettre, de la perte de votre amitié. Ce serait pour moi. Monsieur, le dernier des malheurs. J'ai plus que jamais à cœur de me conserver votre bienveillance. De grâce, ne me la refusez pas! Laissez-vous fléchir à mes prières ! Rappelez-vous la promesse que vous m’avez faite de ne m’abandonner jamais... Que je regrette bien sincèrement de n’avoir pas suivi vos sages conseils! qu’ils m’étaient utiles! que j’étais aveuglé et que j’en ai peu profité! Si du moins je pouvais encore réparer ma faute! mais il n’en est peut-être plus temps... Que je suis malheureux !
a Ayant ramassé quelque argent, j’avais projeté d'aller continuer mes études à Dijon jusqu’au temps du concours pour l’Italie ; mais malheureusement une personne m’ayant prié de le lui prêter pour quelques jours, je n’osai le lui refuser, et actuellement je ne puis rien en retirer. Je me vois par là hors d’état d’effectuer mon projet et contraint de passer le gros de l’hiver dans mon maudit pays. Si vous voulez, Monsieur, m’y envoyer des planches, quelques pointes et du vernis dont on se sert pour l’eau-forte, je vous y graverai des sujets de ma composition, ou autres; enfin, tout ce qu’il vous plaira. Ce sera, si vous sou-
PRUD’IION AU BARON DE JOURSANVAULT
haitez, à compte de la somme dont je vous suis' redevable; edi je ne suis pas présentement à même de vous la rendre en argent; ou si vous aimez mieux des dessins lavés ou à la mine de plomb, je vous en ferai.
«Je réitère mes prières pour obtenir mon pardon de votre bonté, Monsieur; accordez-moi-le, je vous en conjure, et croyez que je suis, avec les sentiments les plus respectueux et le plus parfait dévouement, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Pbudon, p.
« Je vous prie d’assurer mesdemoiselles Dembrun1 de mes respectueux devoirs, et de leur souhaiter de ma part tout ce qui peut remplir leurs souhaits.
« A Cluny , ce 8 janvier 11SO-. »
M. de Joursanvault ne pouvait pas garder rancune à son cher Prud’hon. Il lui répondit sans doute de manière à le rassurer sur ses sentiments, car Prud hon répliqua par la lettre suivante :
« Cluny ^ ce 8 mars 1180. — Monsieur, votre charmante lettre m’a comblé de joie et de plaisir. Vous m assurez donc que je suis redevenu votre bon ami,
U M. de Joursanvault épousa une des demoiselles Dembrun.
L original de cette lettre appartient à M. Eudoxe Marcille.