PRUD’IION AU BARON DE JOUR S A N VA U LT
que vous seriez peiné de rompre le vœu que vous me fîtes. Eh bien, moi, pour vous témoigner ma vive reconnaissance, je veux faire mon possible pour m’en conserver éternellement le titre.
« Il faudrait que je fusse singulièrement bizarre pour me brouiller avec vous pour les justes raisons que vous avez de ne m’aider ni de me conseiller dans mon voyage projeté à Dijon. Assurément je me voudrais mal d’en avoir eu seulement l’idée. Cependant je crois, Monsieur, vos craintes pour Naigeon un peu hasardées et votre prévention pour mon médiocre et très-médiocre talent un peu forte : car n’ai-je pas tout lieu de craindre qu’un travail de trois ans après d’excellents modèles et sous un maître éclairé ne l’ait mis, ainsi que beaucoup d’autres, bien au-dessus des faibles efforts que je pourrai faire pour me distinguer dans ce concours? Je ne vois pas, il est vrai, de moyen, quoique très-douteux, plus prompt pour sortir de ma situation actuelle que ce concours de Dijon; mais ne crains-je pas aussi et avec raison de n’y faire que des tentatives infructueuses, et trois années perdues ne me donnent-elles pas de justes appréhensions et malheureusement trop bien fondées? La seule raison qui m’engage fortement à ce voyage, ce seront les études que je serai dans le cas et à portée de faire, et qui, je crois, ne me seront pas inutiles