‹ Prud'honChapitre 25 sur 201 · PRUD’IION AU BARON DE JOU RS AN VA U LT · texte numérisé non relu

PRUD’IION AU BARON DE JOU RS AN VA U LT

« Parlons un peu d’autres choses. Vous m’enhardissez, Monsieur, et je redoublerais avec ardeur mesinstances pour vous engager à venir à Cluny, si je ne consultais que mon cœur et si je ne craignais aussi de vous incommoder : car je préférerai toujours, quoi qu’il m’en coûte, votre commodité et vos goûts à mes désirs, quelque violents qu’ils puissent être. Cependant je ne puis m’en tenir là, quand je pense au plaisir de voir deux amis et un bienfaiteur. Allons, Monsieur et Mademoiselle, faites-moi cette grâce sans répugnance; venez-y : mon beau-père, ma belle-mère, mon épouse, le désirent également et joignent leurs instances aux miennes, pour obtenir de vous cette faveur. Vous voyez, Monsieur, mon cœur l’emporte et me fait déjà oublier que vos goûts et votre volonté doivent être les miens.

« Je commence aujourd’hui votre gravure, que je soignerai du mieux qu’il me sera possible. Vos observations à l’égard des cyprès et de la tombe sont très-justes, et je m’y conformerai dans l’exécution de la planche.

« Donnez-moi, s’il vous plaît, et au plus tôt, des nouvelles de votre santé, qui m’intéresse infiniment. Je crois que ces diables de rhumes tiennent tout le monde, car à Cluny on en est assommé.

« Je suis, Monsieur, avec tout le dévouement et

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le respect possibles, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Prud’iion, peintre.

“ Mille charmantes choses, s’il vous plaît, de ma part à mademoiselle Dembrun1. »

Pi ud lion disait vrai. Ces deux ou trois années qu il passa à Cluny à ronger son frein et à traîner son boulet furent à peu près perdues. Elles le sont au moins pour nous; car il ne reste presque rien que 1 on puisse lappoitci avec certitude à cette époque, et, à en juger par le tableau dont nous avons parlé, il faut convenir que le mal n’est pas grand. Nous ne possédons sur cette première partie de la carrière de Prud’hon que ces lettres qui nous font connaître son cœur aimant et les idées qui l’occupaient. C’est peutêtre alors cependant qu’il fit, au-dessus de la cheminée d une chambre de la maison qu’il habitait depuis son mariage, une fresque représentant, en médaillon, le cardinal de Bourbon, abbé de Cluny. M. Marcille père, admirateur passionné de Prud’hon et qui a tant travaille à nous le faire connaître, vit, il y a une vingtaine d’années, cette peinture déjà à moitié détruite. Je ne

1. L'original de cette lettre appartient à M. Eudoxe Marcille.

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