‹ Prud'honChapitre 26 sur 201 · DÉPART DE PRUD’HON POUR PARIS · texte numérisé non relu

DÉPART DE PRUD’HON POUR PARIS

la connais pas, mais, d’après ce que j’en ai ouï dire, elle appartient à la première manière de Prud’hon et ne présente pas un bien grand intérêt.

Prud’hon entrevoit enfin la terre promise. Il va quitter son ennuyeuse bourgade et partir pour Paris. M. de Joursanvault, qui l’avait détourné d’aller à Dijon y préparer son concours, lui avait sans doute fourni les moyens de faire ce voyage; mais sa sollicitude ne se borne pas aux secours pécuniaires. Il connaît, il a pénétré jusqu’au fond, non-seulement les admirables aptitudes, mais le caractère impressionnable, sensible de Prud’hon. Il redoute les dangers de la grande ville pour cet enfant de son cœur. Il prie son ami Wille, le graveur, de veiller sur lui, de le diriger, dans une lettre touchante et qui mérite, certes, d’être conservée : c’est vraiment un père, et le plus tendre des pères qui parle.

« Beaune , le 15 octobre 1780. — Comme un second Eudamidas, mon respectable ami, je vous nomme exécuteur testamentaire et vous donne des charges sans profit. Avant la fin de ce mois, vous recevrez deux de mes amis, enfants adoptifs, tous

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deux de la Bourgogne, tous deux peintres, tous deux élèves de l’Académie de Dijon. Voilà bien des parités, et malheureusement il n’y en a point dans le talent. •I oubliais de dire que tous deux sont honnêtes et probes; mais l’un, celui que j’ai le plus aidé, trèslaborieux, très-désireux d’apprendre, très-ambitieux de talent, a peu d’esprit , un génie froid ; l’autre, au contraire, a reçu de la nature ce feu, ce génie qui fait saisir avec rapidité, une grande facilité dans l’exécution, une adresse peu commune. Voilà, je ci ois, leui talent defini 5 mais ils ont besoin de faire de sérieuses études, et l’Académie de Paris est le lieu que sous vos auspices mon ami, ils comptent le plus habiter. Les y faire admettre, les recevoir chez vous quelquefois, vous croyez peut-être que c’est tout ce que je vous demande? Eh bien, non ! Ce n’en est qu’une mince partie. Je vous ai dit que c’étaient mes enfants adoptifs : je vous ai dit vrai; je les aime très-sincèrement et presque également. L’un se nomme Naigeon ; l’autre, Prud’hon. Voici maintenant ce que je vous supplierai de faire, si vous m’aimez assez pour vous en charger. Vous permettrez à ces élèves d’avoir l’honneur de vous porter une lettre de moi; vous leur ferez essayer leur talent en leur demandant de dessiner d’idée un sujet quelconque. Vous verrez s’ils sont assez avancés pour travailler à

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