‹ Prud'honChapitre 27 sur 201 · LE BARON DE JOURSANVAULT A WILLE · texte numérisé non relu

LE BARON DE JOURSANVAULT A WILLE

l’Académie, et vous me direz à qui je dois écrire pour solliciter la grâce de dessiner d’après nature, afin d’aller à l’Académie. Ils iront de temps en temps, Monsieur, vous porter leurs études, afin que vous ayez la bonté de juger de leur progrès et de leur dire votre avis sur leurs défauts. Je suis garant de leur docilité et de leur reconnaissance. M . Naigeon, sage et froid, logera chez une tante à lui, qui le surveillerait s’il en avait besoin; M. Prud’hon, né avec un caractère moins fort, se livrant avec facilité à l’amitié, sans défiance de ceux qu’il aime, peut tomber dans le précipice le plus affreux, et des sociétés qu’il se fera à Paris dépend le bonheur ou le malheur de sa vie. Son goût dominant est l’ambition de sortir de la foule des peintres médiocres : il travaille avec ardeur, mais il faut que quelqu’un lui dise de travailler. Si quelque sujet médiocre s’empare de son esprit, ce qui est très-facile, il gagnera son cœur avec aisance, et M. Prud’hon courra à la débauche avec moins de plaisir qu’au travail, mais avec autant de docilité. Il est incapable de dérèglement par luimême; mais, s’il y est conduit, il peut y être extrême, et cette idée me ferait frémir si je n’osais me flatter que par amour pour le bien, par amitié pour moi, par pitié pour cet enfant déjà marié depuis trois ans, vous daignerez vous l’attacher, lui permettre de vous

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parler avec confiance, de vous consulter et de ne rien faire sans votre aveu et votre avis. Je lui ai montré vos lettres, je lui ai laissé voir la vénération que vous m’avez inspirée; son cœur en a été attendri; il vous a nommé son père, il vous respecte et vous aime déjà comme tel. Ghoisissez-lui ses sociétés, et souffrez que la vôtre et celle de M. votre fils soient une des plus habituelles. Convenez qu’il faut compter aussi fort que je fais sur votre bonté et votre indulgence pour vous prier d’une chose aussi délicate; mais c’est moins ici l’artiste célèbre que j’invoque, que le très— parlait honnête homme, que l’homme humain et voulant le bien. Que de titres, mon respectable ami, pour m’enorgueillir de l’amitié que vous m’accordez.

« JOURSAN VAULT »

Prud’hon arriva à Paris à la fin d’octobre 1780. Aussitôt débarqué, il écrit à M. de Joursanvault :

a Monsieur, — après quelques fatigues et un peu de pluie essuyées dans une longue route, nous sommes enfin arrivés bien portants à Paris chez M,ne Mandre, tante de Naigeon. Cette dame nous a reçus avec toute la politesse et l’honnêteté possibles; il paraît que

1 . L’original de cette lettre appartient à M. Feuillet de Conciles.

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