L’original de cette lettre appartient à M. Pelée
PRU D ’HON A M. FAUCONNIER.
maladie et a marqué le plus grand intérêt à mon rétablissement. Il est venu me voir plusieurs fois et j’ai été sensiblement affecté de toutes ses attentions et des marques d’affection qu’il n’a cessé de me donner jusqu’alors. Quant à ma maladie, j’ai tout lieu de croire qu’elle se bornera là; mais il a fallu y passer et subir le fléau commun, puisqu’il est vrai qu’il est peu de personnes dans la province qui n’en aient été atteintes, et surtout bien plus longtemps que moi : heureusement que m’en voilà débarrassé.
a Parlons actuellement de choses qui m’intéressent bien plus que ma santé, puisque mon cœur y est compromis. C’est votre tendre amitié, mon ami, que je veux dire, qui, fertile à m’imaginer des besoins et à s’inquiéter de ma situation , craint qu’à cet égard je ne lui déguise la vérité. Non, mon ami, jamais je n’eus rien de caché à votre amitié. Ce n’est pas devant vous (et vous le savez d’ailleurs) que ma misère aurait à rougir. Jusqu’à présent je n’ai eu besoin de rien; j’ai toujours gagné assez d’argent pour pouvoir payer ma pension. De plus, j’ai affaire à de braves gens qui, lorsque je n’en ai pas, m’attendent. Quant à mon entretien, je tâcherai aussi d’y pourvoir. Ainsi, mon cher ami, il ne me reste qu’à vous témoigner combien mon cœur est touché de
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tout ce que votre tendre amitié fait et veut faire pour moi. Que ne puis-je, hélas, vous en donner des preuves plus authentiques! Ah! mon ami, quant à mon bonheur, je ne puis être heureux que parmi vous. Mon sensible cœur ne peut se faire à être cruellement séparé de ce qui lui est cher : seul, isolé, il soupire continuellement après les trop aimables objets de sa tendresse. Hélas! il est condamné, je crois, à soupirer encore longtemps. Adieu, mon ami, puissent les sources du bonheur vous être plus ouvertes qu’à moi! Je suis, pour la vie, votre ami
« Prudon.
a Marquez-moi au juste les grandeurs et largeurs des cadres que vous avez. Il est inutile de vous dire le plaisir que j’aurai à en remplir le vide et avec quelle affection j’y travaillerai. Dites-moi aussi ce qui vous plairait le mieux de dessins ou de la peinture 1.
1. Ce sont des dessins que Prud’hon fit pour son ami. Ces deux intéressantes compositions à la plume et à l’estompe, dont les sujets sont empruntés à l’histoire de Psyché, existent encore et appartiennent à M. Pelée. Dans l’une l’Amour nu dort couché sur un lit antique; la curieuse Psyché s’approche de lui, sa lampe à la main. Dans l’autre Psyché assise sur le lit cherche à retenir l’Amour qui s’envole. Par les formes arrondies, par le modelé bouffi et comme boursouflé, par les draperies cassées, ces dessins rappellent beaucoup Doucher et Van Loo.
PRUD’HON A M. FAUCONNIER
Mes respects, s’il vous plaît, à votre maman, à Mine Richard. Bien des choses de ma part à M,ne Fauconnier la jeune, et tout plein de compliments à IM . Sylvain, à Chamufïin, etc. 1 »
Cette affection si tendre, presque féminine, de Prud’hon pour M. Fauconnier ne tarit pas; au contraire, plus nous avançons, plus elle se répand en effusions toujours plus abondantes. Ses lettres se succèdent à de brefs intervalles. Les deux amis font assaut, l’un de générosité, d’encouragements, de consolations, l’autre de discrétion et de reconnaissance. J’en trouve une nouvelle preuve dans une lettre sans date, mais qui doit être de mars de cette même année 1781, que Prud’hon écrit encore à M. Fauconnier. Elle a malheureusement été déchirée, et le commencement est trop incomplet pour que j’ose essayer de le restituer... « Si quelquefois, dit Prud’hon, en recevant de vos nouvelles, une idée gaie vient m’en distraire (de mes chagrins), elle s’éclipse bientôt en pensant à la distance qui nous sépare, et je ne suis point sans consolations, puisque votre tendre amitié a soin de la répan dre dans toutes vos lettres. Les douceurs qu’elles me font éprouver me vivifient et m’empêchent de n 'être qu’un auto-