Graveur de la ville de Dijon
2. Je réunis ici deux fragments, l’un dans lequel Prud lion apprécie très-sévèrement son camarade Petitot, l’autre relatif aux avances que M. Devosge fait à Mme Prud’hon, qui se trouvaient avec
PRUD’HON A M. DEVOSGE.
Quelques jours auparavant, Prud’hon écrivait à M. fauconnier, au sujet de ce même tremblement de terre, une lettre où il entre dans des détails plus
la copie de cette lettre (dont je ne connais pas l’original), mais sur un feuillet séparé. Le premier me paraît an érieur, le second postérieur à la lettre.
a Quant à ce qui regarde M. P (Petitot), je crois que son
marbre n’est pas encore arrivé; la liaison que nous avons ensemble n’est pas assez grande pour me permettre d’en savoir davantage; car nous ne nous voyons que tous les trois mois une fois, lorsque nous touchons notre quartier chez M. Digne. Vous pouvez bien croire, Monsieur, que son caractère ne sympathise pas assez avec le mien pour que cela soit autrement. A présent qu’il est à Rome, il se suffit à lui-même, ne prend conseil de personne, croit que son talent augmente tous les jours considérablement, parle beaucoup sans qu il sache bien ni ce qu’il dit ni ce qu’il veut dire. Et enfin il débite a tort et à travers des raisonnements qui n’ont ni pieds ni tête et qui font que les gens sensés se moquent de lui. Telle est la base de sa réputation, et voilà à peu près en ltos ce qu on en dit. Si on entrait dans les détails, la scène deviendrait comique à vous faire rire ou plutôt hausser les épaules. »
« Ma femme a reçu la somme de soixante livres que vous avez eu la bonté de lui faire tenir; et, si je ne craignais d’abuser de la sensibilité de votre cœur, qui se porte trop généreusement à obi iger, je vous prierais en grâce de lui avancer quelque argent que vous retireriez sur la pension que veut bien m’accorder la Province; car depuis la mort de mon beau-père elle éprouve souvent de la misère, et particulièrement en ce moment-ci où les fièvres la tourmentent. Je conserverai éternellement au fond de mon cœur la reconnaissance d’un tel bienfait, ajouté à toutes les bontés que vous avez eues pour moi dans tous les temps. »
P R U D ’ H 0 N A M. FAUCONNIER. 145
circonstanciés et où il donne à son ami des renseignements qui ne manquent pas d’intérêt sur sa nouvelle installation.
« Mon ami, — étant encore en retard avec moi d’une ou deux réponses, les reproches que vous me faites ne sont pas tout à fait justes; vous vous seriez habitué à recevoir des nouvelles sans vous presser cependant bien fort d’en donner des vôtres, rejetant sur vos affaires les difficultés et empêchements qu’un peu de paresse vous opposait. Le remède à cela était un peu de silence, et je ne suis pas fâché qu’il ait fait son effet ; deux mots cependant chaque fois, et vous en étiez quitte. Passons à autre chose. Vous pouvez calmer vos frayeurs au sujet des tremblements de terre. En Italie on sait parer parfaitement ces petits incidents; voici comment. Aussitôt que la seconde secousse qui a donné l’épouvante à tout le monde a été passée, on s’est vitement mis en état de couper court à une troisième en faisant des prières publiques, préservatif infaillible donné par Sa Sainteté. Vous me donnez, mon ami, un conseil qui aurait été bien plus efficace si ces secousses ne fussent arrivées de nuit; mais il leur faut d’abord une certaine force pour nous réveiller, qui s’augmente toujours pendant le temps qu’on met h descendre du
PRUD’IION A M. FAUCONNIER.
premier, cia second et du troisième étage, et la maison qui ne cesse de danser pourrait très-bien faire le dernier saut et vous exempter d’aller plus loin, avant qu’on ne fut arrivé en bas; de plus, si l’on était assez heureux pour être parvenu dans la rue sans accident, qui pourrait répondre qu’on s’échapperait encore avec tous ses membres saufs, soit dans la campagne, soit dans les places publiques, de sorte mon ami, qu’à de tels événements, il n’y a d’autres recours que ceux dont le hasard veut bien nous favoriser. Ces moments de crise sont heureusement passés pour cette année, je crois; on commence même à ralentir ce remède qui a eu tout le succès qu’on pouvait en attendre. Leurs secousses les plus violentes se sont fait sentir à vingt lieues de Rome, elles y ont renversé quelques maisons, a-t-on dit. De plus, ces mouvements convulsifs ont eu huit jours d’intervalle entre eux; je ne me suis point aperçu du premier, c’était le soir et je dormais sans cloute bien fort ; le second qui est arrivé le matin, m’a plus que réveillé, il m a fait lever, habiller et sortir, et j’ai eu cela de commun avec presque tout le monde, dont la plupart s’était réfugié clans des églises, au lieu d’aller plus sensément sur les places. — Ce portrait C que je désire
\. Ce portrait était probablement celui de Mllc Marie Fauconnier, sœur de l'ami de Prud’hon.
PRUD’HON A M. FAUCONNIER
beaucoup d’avoir et que vous voulez bien m’envoyer, si vous n’avez point d’occasion particulière pour le faire partir, il faudra, je crois, le faire passer à M. Pertuis, négociant à Marseille, qui se charge ordinairement des envois des élèves de Rome pour la province de Bourgogne. Je lui écris à ce sujet pour le prévenir et pour le prier de vouloir bien s’en charger. Vous mettrez deux adresses l’une dessus l’autre, ou l’une à côté de l’autre, pour être plus visibles. Sur la première vous écrirez : A Monsieur Pertuis , négociant à Marseille, pour faire passer à M. Prud’hon, pensionnaire des états de Bourgogne, à Rome. Sur la seconde vous écrirez : A Monsieur P nul’ hon, peintre, pensionnaire des étais de Bourgogne. Accanto San Lorenzo in Panisperna, ai monti a Borna, car j’ai changé de maison et je me suis mis dans mes meubles. Ma maison et mon quartier sont en bon air, mais un peu éloignés du centre de Rome : l’avantage de cela est que je suis plus tranquille. Entre trois qui étions du même sentiment à cet égard, nous avons loué la moitié d’un hôtel, ou palais, en termes romains, dans lequel nous avons chacun deux grandes chambres, notre entrée particulière, et en commun plusieurs mansardes, une cuisine et un jardin. A ma part, je paye soixante livres. Je fais venir mon dîner chez moi pour ne pas avoir à sortir dans
PRUD’HON A M. FAUCONNIER
les mauvais temps. Enfin, mon ami, il ne me manque que de vous avoir avec moi pour être heureux, car qu est -ce que sont les commodités de la vie, si le cœur n’est pas content? Le mien exhale souvent des soupirs du côté de Paris, mais en vain. Dans le longespace qui nous sépare ils n’ont que trop de temps de se perdre. Adieu, mon ami, pensez quelquefois à moi. Mes respects à votre maman et à M. Richard, mes compliments à M. Sylvain, à Chamuffin (je verrai si je puis avoir quelques graines à lui envoyer) et à M. Guedon de ma part et de celle de son ami Démoulin, qui est en ellet un jeune homme trèsaimable et que je connais un peu. Adieu, je ne cesserai d’être votre ami.
« Prud’hon. ))
« De Rome, ce 7 septembre 17 S5 L »
Vers la même époque, probablement, Prud’hon écrivait à M. Fauconnier ce billet sans date :
r Mon cher ami, je suis bien fâché de ne pouvoir vous écrire cette poste-ci qui doit bientôt partir et m’ôte le temps de le faire. Je suis occupé à faire les préparatifs pour peindre un tableau de vingt-cinq