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IDÉES DE PRUD’HON SUR LES ARTS

seule manière de retracer les formes humaines qu’offre la nature, me semblent en opposition avec elle-même et ses créations. Ne donne-t-elle pas l’exemple de la plus riche variété? Et si elle a modelé le genre humain sur un type semblable, n’en a-t-elle point modifié à l’infini la couleur, les formes et la figure? Le sauvage ressemble-t-il à l’homme civilisé, l’Espagnol au Russe, le Français à l’Anglais, enfin l’indolent Asiatique à l’actif Européen? S’il est vrai que tous ces divers individus diffèrent d’attitude et d’expression; s’il est constant que leurs mœurs, ainsi que le climat qu’ils habitent , influent sur le caractère de leur physionomie, leurs habitudes, leurs différentes occupations n ont sans doute pas moins d’influence sur les formes de leurs membres. Et vous voulez que moi, le témoin journalier des modifications de ce genre que subissent mes compatriotes mêmes, j’adopte, pour exprimer ce que je vois, un style étranger à leur nature, style, il est vrai, dont je sens le mérite, qui me sert d’objet de comparaison, mais que mes yeux se refusent à reconnaître dans les objets qui m’environnent? Autant vaudrait adopter dans nos tableaux la même figure pour tous les hommes, la même physionomie, la même beauté pour toutes les femmes. Je ne puis ni ne veux voir par les yeux des autres; leurs lunettes ne me vont point : j’observe la

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