‹ Prud'honChapitre 96 sur 201 · EN JOUIR · texte numérisé non relu

EN JOUIR

discrète d’un candélabre. Lui, d’une main, la tient embrassée, et de l’autre, placée sous le menton, rapproche son visage et dépose sur ses lèvres frémissantes un baiser de feu. Elle, heureuse et pourtant hésitante et troublée, pose sa main sur le bras de son amant, comme pour le retenir, et laisse languissamment tomber son autre bras le long de son corps. Le mouvement complexe et en quelque sorte suspendu qui exprime l’abandon et la pudeur est d’une délicatesse exquise. C’est tout un poème que ce petit ouvrage, où l’ensemble et tous les détails sont également excellents1.

Prud’hon s’est élevé plus haut encore dans une composition qui orne un autre poème de Centil-Bernard : Phrosine et Mélidor . Ce roman, en vers, est moins connu que l'Art d'aimer. Je n’en veux pas raconter les nombreux épisodes assez pauvrement inventés : le sujet seul qu’à traité Prud’hon nous intéresse. Phrosine est séparée de son amant par la jalousie incestueuse de son frère; Mélidor, au désespoir, se fait ermite dans une île voisine de Messine, d’où il peut voir la demeure de sa fiancée. Celle-ci finit par découvrir la retraite du malheureux et tra-

1. Les deux premières de ces planches sont gravées par Beisson; la troisième, et de la manière la plus distinguée, par Copia.

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