L'ÉCOLE DU GRAND FRÉDÉRIC
20 décembre 1914.
Que les documents produits par le Livre jaune établissent surabondamment la singulière continuité de fourberie et de convoitise des Allemands, cela ne fait plus doute pour personne ; mais nous serions un peu trop naïfs d'attendre que la Prusse s'incline devant l'évidence et avoue sa préméditation. Le mensonge et la dissimulation sont chez elle un procédé séculaire, et la seule chose qui puisse surprendre, c'est que l'Europe civilisée en soit encore à s'indigner de cette officielle et persistante félonie. Il y a plus de cent cinquante ans, en effet, que le plus fameux des rois de Prusse, Frédéric Il — celui que Macaulay nommait le tyran soupçonneux, dédaigneux et méfiant, — a fixé les bases et rédigé, de sa main royale, les règles de cette politique éhontée et déshonorante. Ces ?nonila ne sont point demeurés secrets; ils ont été publiés, admirés, couverts d'éloges et ils contribuent grandement, là-bas, à la gloire et à la renommée du roi philosophe.
Il suffit de feuilleter les œuvres de Frédéric II