TÈTES CARRÉES
dont les cerveaux sont faits si différemment des nôtres.
Tf^te de Boche! Ça dit tout. Cela n'empêche pas qu'on lira avec grand profit un petit livre publié en 4881, par M. Albert Dumont, un Alsacien qui connaissait bien la Prusse et l'avait vue à Toeuvre : l'Administration et la propagande prussiennes e?i Alsace. Ce recueil d'études écrites « d'après nature » abonde en constatations déconcertantes. Celle-ci entre beaucoup d'autres : les pesants érudits d'au delà du Rhin avaient répété et prouvé mille et mille fois que l'Alsace n'était pas francjaise; que cette malheureuse province gémissait sous le joug des Welches et ne désirait rien tant que sa réunion à la Germania maternelle. La conquête survint, bientôt suivie des élections du 8 février 1871. L'Alsace tout entière, quoique déjà sous la férule prussienne, l'Alsace, prise au dépourvu, sans comités, sans journaux, sans qu'une profession de foi eût été publiée, vota unanimement pour les plus irréductibles patriotes français et protesta d'une seule voix contre l'annexion. Coup dur pour les professors qui, si souvent, avaient proclamé les sentiments germanophiles de la « chère province ». On croira peut-être qu'ils s'avouèrent vaincus '? Non pas. Ils proclamèrent la justesse de leurs pronostics, et voici leur thème — textuel : « Que l'Allemagne soit fière ! Le sang de nos ancêtres n'a pas dégénéré dans les veines des Alsaciens : plus ils sont dévoués à la France, plus ils témoignent à leur insu qu'ils sont Allemands. Cet attachement est une dernière preuve qui rend plus sensible la
parenté de l'Allemagne et de l'Alsace ! » De pareilles déductions enchantent les lecteurs d'outre-Rhin ; elles leur paraissent d'une évidence incontestable et d'une finesse supérieure. Chez nous, un tel raisonnement semblerait imbécile ou grossièrement ironique; chez eux, il touche à la philosophie transcendante... Têtes de Boches!
Peut-être ceci aidera-t-il à comprendre cette sorte de candeur cynique dont ils ont donné et donnent tant de preuves. Leurs historiens ont faussé l'Histoire ; leurs statisticiens ont faussé les statistiques, comme leurs agences faussent les nouvelles, comme leurs diplomates faussent les dépêches. Ceux qui cherchent les raisons des choses, vous apprendront que c'est à leur excès de subjectivité que les Allemands doivent cette déplorable sophistique. Soit; et qu'importe? Le faux est leur atmosphère : à la respirer, ils ont perdu la notion du loyal et du propre. A moins de croire que la civilisation soit sur eux sans prise, comment expliquer autrement qu'un de leurs officiers ne puisse passer une nuit dans une maison franraise sans laisser, en manière de carte de visite, sur la table du salon ou sur le billard, une trace ordurière de son séjour? Gomment expliquer ces liasses de titres volés qu'on trouve dans les poches de certains des leurs, faits prisonniers? Que dans les meilleures maisons de Berlin et d'ailleurs on fasse parade de beaux services de porcelaine ou de superbes pièces d'argenterie conquis en France? Quand ils veulent se montrer délicais, c'est pis