‹ Prussiens d'hier et de toujoursChapitre 7 sur 22 · LE PREMIER ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

LE PREMIER ROI DE PRUSSE

{;'} novembre 1914.

Il y a sur les bords de la Sprée, à Berlin, dans un petit palais qui fut bâti en 1708 pour une comtesse de Wartemberg et qu'on appelle le cbàteau de Monbijou, un musée consacré aux souvenirs de tous les membres de la famille de Holienzoilern, depuis les premiers margraves jusqu'au kaiser aujourd'bui régnant. On voit là les pipes de l'un, les bocks de l'autre, des chemises et des bas, des redingotes et des grands cordons. On y voit des caisses de bois que fabriquait, à grands coups de marteau, sur son lit d'agonie, le père du grand Frédéric, le berceau et la chaise-longue du grand Frédéric lui-même, sans compter toute une collection de vidrecomes et de hanaps qui révèle dès l'abord une forte race de buveurs notoires.

C'est un avantage que les Holienzoilern possèdent de père en fils, depuis le j)remier Frédéric du XV* siècle, qui, simple margrave de Nuremberg, se trouva par surprise promu au rang d'électeur de Brandebourg. Ce Frédéric n'avait qu'un canon, un canon de fort calibres il est vrai. (>t dont la n'pu-

tation — déjà — était grande, car ses boulets de pierre devaient, disait-on, réduire en poudre les murailles les plus solides. Outre le goût héréditaire de la bière et du vin, tous les HohenzoUern, sans exception, professaient en effet celui de Vannexio?!^ et rien n'est plus instructif que de suivre à travers les siëcles leur ténébreux ou brutal effort vers de perpétuels agrandissements de territoire. La Prusse comptait au début du xviii^ siècle, 800.000 habitants : elle se vante de disposer aujourd'hui de 70.000.000 d'hommes. Jugez du progrès!

De tous ces souverains obstinés vers un même but, le moins fameux, peut-être, est celui qui coiffa le premier la couronne royale ; c'était 'un certain Frédéric, parfaitement dédaigné et presque inconnu. Quand on apprit que cet humble vassal de l'empereur avait mendié ou extorqué la permission de se déclarer roi du duché de Prusse, c'est-àdire d'un vague pays, situé quelque part, là-bas, sur les rives de la Baltique, ce fut dans toutes les cours un éclat de rire. Lui, laissa les gens s'esclaffer et demeura le seul à se prendre au sérieux. Il lui importait peu que les grandes puissances se refusassent à reconnaître sa royauté d'aventure. On était en 1701 et la marotte de ce maigre sire était d'imiter, ou plutôt d'éclipser Louis XIV (|ui le traitait en petit garçon. Les pompes de Versailles .empochaient Frédéric de dormir et il avait résolu de faii'c plus et juieux.

Par malheur, l'argent lui man({uait : le roi de Prusse, pour subvenir au faste qu'il ambitionnait,

Page 1