‹ Pseudo-Coxalgie: Coxalgie de CroissanceChapitre 17 sur 23 · PU · texte numérisé non relu

PU

OBSERVATION VII (inédite).

(Due à l’obligeance de M. Gangolphe, agrégé, chirurgien-major désigné de l'Hôtel-Dieu).

Pseudo-coxalgie de croissance.

Fillette de quatorze à quinze ans, ne présentant rien à signaler dans ses antécédents héréditaires ou personnels.

1891. — Nous sommes appelé à l’examiner pour une affection de la hanche droite datant de quelques jours et survenue spontanément. Nous la faisons marcher et nous constatons qu’elle boite d’uve facon manifeste. Elle accuse, en outre, de la douleur dans l’articulation coxo-fémorale et au niveau du genou correspondant. Ces sensations douloureuses accentuées par la marche ne sont pas très vives et ne sont pas réveillées par la pression, le choc sur le grand trochanter, le genou ou le talon ; la palpation profonde du triangle de Scarpa ne révèle rien et reste insensible. Il n’y a pas de ganglions inguinaux. En somme, on ne trouve aucun point douloureux à la pression, sur le squelette du bassin ou de la cuisse, aucune lésion péri-articulaire pouvant produire par voie réflexe, de la claudication. Il n'existe pas d’attitude vicieuse appréciable, mais si l’on essaye de provoquer des mouvements dans l’articuia tion dont se plaint la jeune malade, on est vite limité par la douleur qu’ils produisent et l'on voit le bassin entraîné suivre le mouvement imprimé au membre inférieur, surtout dans la flexion et l’abduction.

La température est de 37°8, 38°2 centigrades.

Nous ordonnons le repos au lit avec traction et nous obtenons une guérison complète en trois semaines.

Deux ans plus tard, nous avons l’occasion de revoir cette jeune fille : elle a de la tendance à la scoliose et présente une exostose de croissance au niveau de l’angle supéro-interne de l’omoplate du côté gauche. Depuis sa guérison, elle n’a jamais rien ressenti dans Ja hanche anciennement malade,

Elle est aujourd’hui une jeune fille ou plutôt une jeune dame fort bien constituée et se porte très bien. A l’époque de notre premier examen, elle ne présentait pas une taille au- dessus de la moyenne pour son âge, et nous n'avons pas noté dans la suite un accroissement marqué et rapide de cette taille; mais depuis la dernière fois que nous l'avons vue, elle a beaucoup grandi, car elle atteint actuellement 1 m. 78 environ.

OBSERVATION VIII (inédite)

(Due à l’obligeance de M. Jaboulay, agrégé, chirurgien-major désigné de l’Hôtel-Dieu.)

Pseudo-coxalgie de croissance.

X..., âgée de huit ans, sans antécédents héréditaire, collatéraux ou personnels. Le père cependant vient de faire, tout dernièrement, une poussée de rhumatisme articulaire aigu.

En 1896, cette petite fille est prise, d’une façon très brusque et sans cause appréciable, de douleurs extrêmement violentes dans la hanche gauche, s’accompagnant de sensations douloureuses dans le genou correspondant. Son état simule une coxalgie aiguë ou une ostéomyélite aiguë.

La cuisse gauche est en flexion sur le bassin et les mouvements spontanés ou provoqués sont impossibles. L’articulation de la hanche est immobilisée par les contractions musculaires permanentes et toute tentative de mouvements d'extension, d’abduction, de flexion et d’adduction montre la solidarité du membre inférieur et du bassin. Ces mouvements ne peuvent être, du reste, qu’ébauchés, car ils provoquent des douleurs insupportables que réveille aussi la percussion légère sur le grand trochanter ou sur le talon.

La nuit, les douleurs deviennent suraiguës et la petite malade pousse des cris continuels.

La température atteint 38°5,39 degrés centigrades.

Absence de ganglions inguinaux,

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L’articulation sacro-iliaque est indemne ; on ne trouve pas trace de lésion péri-articulaire et rien ne permet de songer à une manifestation hystérique ou rhumatismale.

Un essai de traction élastique avec contre-extension n’est pas supporté ; l’état local et l’état général ne changent pas. Alors, après huit jours de souffrances atroces, on se décide à faire sous anesthésie au chloroforme, le redressement du membre en extension et en abduction légère, puis on l’immobilise ainsi dans un silicate qui prend aussi le bassin. Le jour même, les douleurs cessent; une seule fois, la petite fille se plaint d’une douleur passagère au genou. Elle a encore dans le silicate des contractions qui tendent à faire mettre le genou en flexion, mais en vain; elles cessent le lendemain après une nuit excellente.

L'appareil est laissé un mois en place et la marche est permise quinze jours avant qu’on ne l’enlève. Après son ablation, les mouvements de la hanche sont normaux ; il n’y a pas de douleur, pas de ganglions inguinaux et la marche s'exécute sans boiterie. La peau présente seulement un développement pileux exagéré.

Cette guérison complète s’est maintenue depuis deux ans sans la moindre récidive et l’on peut voir aujourd’hui cette enfant marcher et courir sans boiter, quoique son fémur gauche présente une longueur supérieure de 1 centimètre à celle du fémur droit.

OBsERVATION IX (inédite).

(Due à l’obligeance de M. Albertin, chirurgien des hôpitaux.)

Pseudo-coxalgie dite de croissance, à la fin d'une convalescence de dothiénentérie. Immobilisation pendant deux mors. Guérison maintenue depuis sept ans.

J'avais donné mes soins à une fillette de cinq ans, pendant une dothiénentérie assez grave, en octobre 1887. La petite malade, M. B..., prit un certain nombre de bains froids et guérit sans accident. A la fin de sa convalescence, vers fin novembre, les parents

Ep pos

s’aperçurent qu’elle trainait la jambe gauche et qu’une fois arrêtée, elle se hanchait sur le côté droit pour soustraire le membre inférieur gauche au poids du corps. Au bout de quelques jours, la claudication était manifeste, la malade portait le pied gauche en dehors et fléchissait légèrement le genou à chaque pas. Elle accusait quelques douleurs au niveau des extrémités supérieure et inférieure du fémur. Je l'examinai avec soin à ce moment et je constatai l’état suivant :

La malade était étendue, la cuisse se mettait légèrement en abduction et rotation en dehors, mais se ramenait facilement à la position normale. Il n'existait pas de contracture musculaire, les mouvements provoqués se faisaient avec leur amplitude normalesi cen’est la flexion de la cuisse sur le bassin et son écartement forcé.

La mensuration du fémur ne révèle rien d’anormal,

Il existe de la douleur à la pression au niveau de la région

juxta-épiphysaire supérieure du fémur. La palpation des portions accessibles de la synoviale coxo-fémorale ne révèle pas de point douloureux. Il n’y a ni gonflement ni rougeur inflammatoire de la région.La malade est apyrétique, mais pendant la nuit, elle a un peu d’agitation et se plaint de quelques douleurs dans les jambes droite et gauche, principalement dans la hanche gauche.

Après cet examen, j'éliminai l’ostéomyélite qui déjà se fut manifestée plus ouvertement, l'affection durant depuis une huitaine de jours. On pouvait songer à une coxalgie bacillaire au début, mais l’apparition presque soudaine des douleurs, l’absence de localisations dans la région de la synoviale, l’absence de contractures, le fait de l'apparition de cette affection à la fin d’une convalescence de dothiénentérie me firent rejeter l’idée de tuberculose. Je fis le diagnostic de pseudo-coxalgie due à une irritation de la zone juxtaépiphysaire supérieure du fémur, pseudo-coxalgie dite de croissance et rassurai la famille. Le D' Rebatel, parent de la petite malade, se rangea à mon avis. Notons qu’en trois mois, l'enfant avait grandi de plusieurs centimètres,

Malgré la bénignité du pronostic, je crus devoir prescrire l’immobilisation du membre dans un appareil silicaté et le repos au lit ou sur la chaise longue, Ces prescriptions furent exécutées,

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J'enlevai le bandage silicaté cinquante jours après et instituai le traitement par les bains, les frictions alcooliques et le massage. La douleur avait disparu. Je fis prendre quelques précautions avant de permettre à l'enfant de marcher. On ne lui permit que progressivement l'usage du membre malade. Un mois après, il n’y avait plus ni douleur, ni elaudication, ni attitude vicieuse; ia guérison était complète. Elle s'est maintenue depuis. Aujourd’hui, l'enfant est une grande fille de douze ans et n’a jamais présenté ni coxal- gie, ni lésion tuberculeuse ou ostéomyélitique. Je suis d'avis qu’il y a eu du côté de la zone juxta-épiphysaire du fémur une action extrêmement atténuée du bacille d’'Eberth, action qui s’est traduite par un peu de douleur et de gêne fonctionnelle, Nous avons depuis vu plusieurs cas d’ostéomyélite typhique dont notre cas de pseudo-coxalgie peut être regardé comme le premier terme, une forme abortive, une manifestation avortée en quelque sorte.

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