HISTORIQUE DE LA FIÈVRE DE CROISSANCE
Hippocrate ? admet que la croissance prédispose aux maladies fébriles eu augmentant la circulation et en exagérant la chaleur.
Daignan? décrit presque toutes les phases des maux engendrés jar la croissance. |
Duchamp relate à son tour les maladies des différents appareils organiques qui sont sous la dépendance de la croissance. Il parle surtout de « secousses de la croissance » disant qu’elles peuvent se rencontrer sans fièvre marquée.
Richard de Nancy“ à remarqué que la croissance est rarement accompagnée de fièvre et que le pouls est presque toujours plus lent que dans l’état de santé ordinaire,
!{ Hippocrate, Trad. Littré, t. IV, p. 467 ; aphorisme 14.
? Daignan, Tableau des variétés de la vie humaine, 1766.
3 Duchamp, Des maladies de croissance, 1823.
4 Richard de Nancy, Traité des maladies des enfants, 1839,
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au milieu des troubles physiologiques que ce grand effort de la nature a introduits dans les fonctions. Il ne voit « d'exception que dans les cas de quelque complication, par exemple quand une articulation devient douloureuse, quand les glandes lymphatiques se gonfient ». Ilexplique les douleurs qui se font quelquefois sentir dans les membres, par « la tension des muscles dont les points d’attache sont écartés avec une vitesse que leur propre élongation ne peut suivre ». Et apres avoir parlé de l'accroissement rapide que l’on observe après les fièvres, il insinne cette phrase : « L’inflammation a prédisposé ainsi tous les tissus à une certaine faiblesse qui rend leur extension plus facile et les dispose à se laisser pénétrer de sucs nourriciers. Ainsi s’expliquele phénomène d’un accroissement extraordinaire, quand ce n’est pas lui-même qui a produit la maladie, distinction qui est loin d’être une subtilité, mais un véritable problème oflert tous les jours à la sagacité du médecin dans la pratique de la médecine de enfance. »
Gendrin*! écrit : « La réaction fébrile chez les jeunes sujets détermine une activité plus grande des fonctions organiques, qui rend leur évolution plus rapide; c’est pourquoi les maladies donnent, en général, une plus vive impulsion à l'accroissement du corps. »
Gosselin?, après avoir montré les rapports qui existent entre l’âge et l'accroissement du squelette, d’un côté, et Les formes d’ostéite spontanée, de l’autre, dit qu'il a « rencontré plusieurs fois des sujets de quatorze à dix-huit ans qui souffraient au genou ou au cou-de-pied pendant la
1 Gendrin, thèse de concours, 1840, ? Gosselin, Arch, gén. de méd., 1858,
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marche, chez lesquels la douleur, toujours assez modérée, ne se prononçait un peu plus qu’à la fin de la journée et quand les malades avaient marché ou s’étaient tenus debout un peu longtemps. Chez quelques-uns, la douleur est devenue assez forte pour les obliger à garder le lit et à entrer à l'hôpital ; elle a disparu et la marche est redevenue possible après vingt-quatre ou quarante-huit heures de séjour au lit ». Il s’est assuré dans tous ces cas, et autant que possible, que ces douleurs passagères pendant la marche, en général localisées au voisinage d’une seule articulation, n'étaient pas de nature rhumatismale et il a rejeté l’idée d’une ostéite scrofuleuse ou d’une carie à sa première période, à cause de la disparition prompte des accidents par le seul fait du repos et de la guérison sans persistance de gonflement. Pour lui, ces douleurs sont dues à « une inflammation lézère du parenchyme osseux activé dans sa nutrition pour la soudure prochaine de l’épiphyse ». Plus tard, dans ses leçons cliniques de la Charité, il enseigne que la plupart des maladies osseuses chez les enfants et les adolescents sont produites par la croissance.
Bouchut déclare que la question d’une vraie fièvre de croissance est restée insoluble, mais qu’il y a cependant des circonstances où, en l’absence de toute localisation possible d’un état fébrile et en face d’un accroissement exagéré, on se demande s’il n’y aurait pas quelques rapports entre cette croissance et cette fièvre.
Barrier? : « Il ne faut passe hâter de considérer comme
1 Bouchut, Maladies de l'enfance.
2 Barrier, Traité pratique des maladies des enfants.
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une maladie tous les phénomènes qui surgissent dans l'organisme des enfants. Un très grand nombre d’indispositions ne sont que des symptômes qui accompagnent le
développement physique et se rattachent à ce travail important que l’on ne doit pas entraver mais seulement diriger convenablement. Il ne faut pas oublier que, dans l'enfance, l’accomplissement normal des fonctions compte souvent de l’irrégularité, un défaut d'harmonie et d’équilibre; mais tant que cette irrégularité ne dépasse point certaines limites, il ne faut pas trop se presser d’y voir un état morbide qui réclame des moyens actifs de traitement. »
Regnier! pense que certains troubles locaux et géné- ‘raux sont sous la dépendance de la croissance et dit que les articulations sont fréquemment douloureuses par suite de l'extension forcée à laquelle sont soumis les ligaments et les tendons qui les environnent.
Rülliet et Barthez admettent qu’à certaines époques l'accroissement se fait avec plus d’activité qu’à d’autres et porte spécialement sur certains organes; cette excitation momentanée n’est pas toujours sans danger.
D'Espine et Picot, Vogel, Wert, Descroizilles, comme Rülliet et Barthez parlent de la croissance exagérée produite par les maladies fébriles et observées après les exanthèmes.
Gombault* admet que, théoriquement, une croissance rapide déterminant une augmentation de chaleur de la peau par suite de l’activité de la circulation, une rougeur
‘ Regnier, Des maladies de croissance (th. de Paris, 1860). ? Gombault, Nouveau Dict. de méd et de chir., art, CROISSANCE, 1869,
ù — 15 —des téguments cutanés, conséquence de cette circulation même, constituent ce qu’en pathologie on appelle fièvre, mais il n’a pas, dit-il, d'observations pour le confirmer.
Duplay décrivait, en 1878, une forme particulière d’ostéomyélite avortée n’aboutissant pas à la suppuration.
Dally! n’a jamais trouvé un cas où les accidents de la première enfance puissent être clairement rattachés à la croissance, Il a cependant constaté des poussées très actives qui atteignaient parfois 6 à 8 centimètres en un an, sans qu'en ces années exceptionnelles la santé des enfants fût particulièrement éprouvée.
Auboyer? fait ressortir la fréquence de accroissement de la taille après les maladies aiguës fébriles de l’enfance et de l’adolescence. Il cite l’opinion du professeur Perroud, que les petits mouvements fébriles peuvent coïncider avec les poussées de croissance exagérées et partage l’avis de Bouilly disant que ces poussées fébriles sont produites par une ostéite juxta-épiphysaire très atténuée.
Bouilly* considère que c’est surtout dans le tissu osseux, au niveau des extrémités des os longs, que se font, sous des influences mal connues, ces poussées congestives qui peuvent aller jusqu’à l’inflammation et coïncider avec des accidents fébriles liés ou non à quelque autre lésion éloignée. C’est à ces accidents, croit-il, qu’on doit le nom de fièvre de croissance. Iltermine par ces conclusions:
1° Qu'il peut y avoir, chez de jeunes sujets, des fièvres
1 Dally, Dict. encyclop. des sciences méd., art. CROISSANCE, 1879.
? Auboyer, De la croissance et de ses rapports avec les maladies aiguës fébriles de l'enf. et de l'adol. (th. de Lyon, 1881)
3 Bouilly, Rev. mens. de méd. et de chir., p. 707-715, 1879.
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qui reconnaissent pour cause des poussées congestives dans le voisinage des articulations, dans la zone juxtaépiphysaire; Re
20 Que ces poussées peuvent aussi être apyrétiques et ne se traduire que par la douleur et l'accroissement de la taille ; |
30 Que c’est le degré le plus atténué de l’ostéo-myélite des enfants et des adolescents, de l’ostéite juxta-épiphysaire du professeur Gosselin ;
49 Que c'est peut-être là une explication plausible des fièvres dites de croissance.
En novembre 1883, il reprend le sujet', décrit plus soigneusement les formes légères et devient plus affirmatif: « Il existe, à mon sens, chez les enfants et chez les adolescents, une entité morbide à laquelle on peut donner avec raison le nom de fièvre de croissance, laquelle est caractérisée par une fièvre à marche spéciale et des douleurs spontanées et provoquées siégeant dans la zone d’accroissement des os et suivie d’accroissement rapide de la taille du sujet. Chez la plupart des enfants, le développement du squelette se fait d’une manière lente et progressive sans que l’économie traduise en rien ce travail intérieur ; chez d’autres, au contraire, cet accroissement se produit par un état de souffrance plus ou moins accusé et s'accompagne d'accès fébriles qui semblent coïncider avec une exagération du travail physiologique et des poussées rapides d’accroissement.
Il me serait difficile, pour le moment, de dire quelle est la nature et l’essence de cette maladie et nous en
1! Id, Gaz. des hôp.
SRE de sommes encore, sur ce point, réduit à des hypothèses, Voici la mienne que je donne sans y tenir plus que de raison: Ne pourrait-on pas admettre que le travail exagéré produit, dans ce cas, au niveau des zones épiphysaires, fait pénétrer tout à coup dans l’économie des produits de désassimilation que les émonctoires ordinaires sont impuissants à éliminer assez rapidement et dont l’accumulation dans le sang produit une infection momentanée avec la fièvre et toutes ses conséquences? Ne peut-il se produire par la suractivité nutritive de la moelle osseuse, un poison autochtone dont la rétention donnerait lieu aux accidents en question ? En tout cas, il n’y a guère
de doutes à garder sur la nature infectieuse de la
maladie ; son début souvent brusque et marqué par un frisson, des épistaxis fréquentes, un affaissement extrême et souvent prolongé des forces, dans les formes graves, l’intumescence de la rate, me paraissent être des phénomènes capables de faire soupçonner l'introduction d’un élément infectieux. » Pais il décrit trois formes fébriles que nous retrouverons au chapitre de la symplomatologie.
Landouzy! donne une belle observation de fièvre de croissance.
Guiller ? cite un cas plus grave.
Agnès Lowry® résume les travaux antérieurs et se rattache à cette idée que ce n’est pas la croissance qui produit la fièvre mais les lésions, le plus souvent osseuses,
! Landouzy, Progrès méd., 8 sept. 1883.
? Guiller, Gaz. des hôp., 13 nov. 1883.
3 Agnès Lowry, th. de Paris, 1884.
| — 18 — qui lui sont subordonnées. « M. Landowzy, dit-elle, répétait souvent : Il est des accidents et des états fébriles subordonnés à la croissance, mais cela‘d’une façon médiate et secondaire, par l'intermédiaire de lésions organiques préparées par les croissances trop rapides. Il en est des fièvres de croissance comme de la fièvre de lait, leur réalité est certaine, mais l’interprétation qu’on en a donnée est fautive. La croissance à elle toute seule ne donne pas plus la fièvre que la montée de lait normale et physiolo-— gique. Derrière la fièvre de croissance, comme derrière la fièvre de lait, il faut savoir chercher des troubles organiques et des lésions qui ont pour substratum, dans le premier cas, le système osseux, dans le second cas, l'appareil génital et ses annexes. » Aussi, pense-t-elle, que la croissance exagérée a mis l’organisme entier en -état d'opportunité morbide en l’affaiblissant, et que les lésions osseuses, qui, elles, déterminent la fièvre, sont l'expression de cette faiblesse au lieu de moindre résistance. « A l’irritabilité qui est produite par une vascularisation augmentée et souvent par une vraie congestion du périoste et de la moelle, ajoutez que le constant travail du tissu osseux demande des quantités de matières nutritives plus grandes que ce qui est fourni souvent par les aliments ordinaires. Quand l'aliment requis n’est pas fourni en suffisante quantité, les tissus mal nourris montrent à la première occasion leurs points de faiblesse, » Enfin, elle divise les affections osseuses qui sont subordonnées à la croissance en formes légeres, atténuées, dans lesquelles il n’y a pas besoin d’intervention chirurgicale et en formes graves chirurgicales ; puis elle donne comme caractères les plus frappants de ces mala-
PA 49, — dies, la fièvre, les douleurs osseuses avec ou sans lésion et l'accroissement rapide de la taille.
Ollier { réserve le nom d’ostéite de croissance « pour ces ostéites survenues sans cause appréciable, en dehors de tout traumatisme et de toute cause locale ou diathésique, qui paraissent liées seulement à l’exagération du travail de nutrition qui s’opère à un moment donné dans telle ou telle portion du squelette ». « Il existe des douleurs vaguement rapportées aux articulations mais siégeant, en réalité, dans la région juxta-épiphysaire, qu’on. doit attribuer à une hyperhémie passagère de la zone de prolifération physiologique. » « Quand les enfants sont assez intelligents pour rendre compte de leurs sensations, ils assignent à ces douleurs les régions juxta-épiphysaires pour siège; quelquefois cependant, ils indiquent une partie de la diaphyse plus ou moins éloignée des épiphyses. Dans certains cas, à la hanche, par exemple, c’est l’articulation qu’ils montrent comme le siège de la douleur. » Ces différents sièges de la douleur sont explicables par le mode d’accroissement de los. « Si c’est à la région juxtaépiphysaire que se trouve la zone de prolifération physiologique la plus active, il ne faut pas oublier qu’il se fait sous le périoste, tout le long de la diaphyse, un dépôt continu, quoique inégal dans ses diverses parties, de couches osseuses pour l'accroissement en épaisseur. D'autre part, il est des extrémités diaphysaires, c’està-dire des régions juxta-épiphysaires qui se trouvent comprises dans l'articulation elle-même, et le travail hyperhémique dont elles sont le siège, doit se confondre avec un
1 Ollier, Encyclop. int. de chirurgie, t, IV, 1885.
M E00 ES travail pathologique de l'articulation; d’où confusion inévitable de l’ostéite et de Parthrite dans ces régions : à la hanche, par exemple. » Il pense que la fièvre qui accompagne parfois ces douleurs est plutôt un état fébrile indépendant, accidentellement survenu et coïncidant avec une poussée plus grande du squelette, qu’un phénomène ayant sa source et sa cause dans le travail organique qui s’accomplit dans les zones d’accroissement de l'os. Aussi assigne-t-il à ces ostéites les mêmes causes qu'aux ostéites aiguës ou chroniques non tuberculeuses.
Trélat' reconnaît des intermédiaires entre la fièvre de croissance et l’ostéomyélite, des formes atténuées de l’ostéomyélite. L’ostéomyélite « peut s’installer sournoisement, être chronique dans sa marche, insidieuse dans ses manifestations ». Son élève, Francon?, affirma que cette forme insidieuse était tuberculeuse, mais Trélat revint sur cette opinion et admit des formes non tubercu leuses.
Reclus admet comme probable, dans les cas légers, une simple congestion, une hyperémie plus ou moins vive qui exagère les phénomènes nutritifs du cartilage conjugal ; l'allongement rapide de la taille est la conséquence directe de cette activité redoublée. Un pas encore et cette congestion provoquera une production osseuse irrégulière ; il y aura nutrition déviée, épaississement épiphysaire par exemple. Si les désordres ne s’arrêtent pas là, on peut avoir les exostoses ostéogéniques, ou bien
1 Trélat, clinique chirurg., t. 1, p, 265.
? Francon, De l'ostéomyélite insidieuse et du premier stade de l'ostéomyel. tub, (thèse de Paris, 1885).
$ Reclus, Clinique chirurg., Hôtel-Dieu, 1888.