‹ Pseudo-Coxalgie: Coxalgie de CroissanceChapitre 9 sur 23 · LAPS ENTER · texte numérisé non relu

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plus fréquemment. Les mouvements sont possibles, mais plus ou moins douloureux et limités. Ge n’est que lorsqu'on veut augmenter leur étendue, surtout dans Les tentatives de flexion d: la cuisse avec abduction que le bassin entraîné bascule et continue dans l’articulation sacro-vertébrale le mouvement commencé dans l'articulation coxo-fémorale et à ce moment se montre la contracture musculaire. Puis, si cet état dure depuis quelques jours, on voit bientôt apparaître une attitude vicieuse se maintenant aussi bien au repos que pendant la marche. C’est une flexion simple de la cuisse sur le bassin, une flexion avec abduction, rotation en dehors et allongement apparent du membre inférieur ou avec adduction, rotation en dedans et raccourcissement apparent, puis l’ensellure et la scoliose lombaire. Ces diverses attitudes sont bien connues dans la coxalgie tuberculeuse ; nous n’insisterons pas, faisant seulement remarquer qu’elles n’ont pas ici la même tendance à suivre un ordre régulier.

Ajoutons encore que parfois le jeu de l'articulation de la hanche est accompagné d’une sorte de craquement « d’un bruit semblable à celui qui résulte du frottement de deux surfaces gènées dans leur mouvement » (Regnier).

Douleurs en différents points juxta-épiphysaires du squelette — Ce signe, quand il existe, acquiert une très haute importance au point de vue du diagnostic, car nous ne croyons pas qu'il ait été signalé. dans les autres pseudo-coxalgies ni dans la coxo-tuberculose. Ces douleurs présentent les mêmes caractères que celle de la hanche; elles sont spontanées ou éprouvées à

Ps D. 3

CRT RE la pression, mais il faut les rechercher avec soin car les petits malades ne les accusent pas spontanément. Ils se plaignent ordinairement d’une grande lassitude, d’une sensation de courbature générale, de meurtrissure dans les muscles, au niveau des articulations et le long du rachis, mais ils ne localisent pas la douleur avec la précision que démontre un examen direct. « Au point de vue de ses localisations diverses elle a, pour ainsi dire, la précision des points névralgiques; elle siège toujours dans la zone juxta-épiphysaire, dans une étendue un peu variable suivant le volume des os, mais ne dépassant guère un travers de doigt en hauteur » (Bouilly). Voici par ordre et d’après le même auteur, en quelles régions on les trouvera le plus souvent : extrémité inférieure du fémur, audessus des condyles, surtout au côté interne; partie antérieure de la région de l’aine vers le col du fémur (coxalgie de croissance); épaule, partie antérieure, au-dessous de la tête humérale; au-dessus des condyles de l’extrémité inférieure de l’humérus ; plus rarement aux extrémités inférieures et supérieures des os de l’avant-bras; aux extrémités du tibia; assez souvent à l’extrémité inférieure du péroné, au-dessus de la malléole. La sensibilité des os courts et des os plats est beaucoup moins marquée. Des points douloureux ont aussi été trouvés sur l’épiphyse marginale de l’os iliaque à un demi-travers de doigt audessous de cette crête ; sur l’épiphyse marginale de l’omoplate, très près du bord axillaire; sur les apophyses épineuses du rachis ; une seule fois sur les os du crâne. Des douleurs beaucoup moins vives peuvent exister dans la continuité des os longs.

Fièvre. — La pseudo-coxalgie de croissance est le plus souvent apyrétique et si l’on observe parfois un mouvement fébrile, il est de peu de durée. C’est ainsi qu’on peut voir une certaine élévation de la température générale dans plusieurs de nos observations où, du reste, la fièvre n’a pas été suivie, notée avec soin ; aussi nous rappellerons les trois formes de fièvre de croissance décrites par Bouilly, les considérant comme possibles dans le cas particulier.

1° Forme aiguë, rapide. La fièvre éclate tout d’un coup, en général, le soir ou la nuit, avec une grande intensité, comme au début d’une pneumonie, d’une scarlatine. Le jeune malade a de l’insomnie, de l’agitation; quelquefois du délire, des menaces de convulsions. La température s’élève à 39°5, 40 degrés et plus. Il n’y a pas de prodromes, mais ces accès ont été précédés pendant quelques jours par un état de malaise et un peu de courbature. La fièvre dure

vingt-quatre, trente-six heures, rarement plus; elle

tombe brusquement et tout rentre dans l’ordre. Le sujet ne conserve qu’un état de faiblesse assez marqué et une tendance au retour d’accès fébriles analogues, s’il est sorti trop tôt etsurtout s’il a fait une course à pied. Assez fréquemment l'accès fébrile est précédé ou s'accompagne d’épistaxis.

2 Forme aiguë prolongée, eu général assez grave, montrant les accidents à leur plus haut degré. Elle débute rarement d’emblée ; le plus souvent elle est précédée de quelques jours de frissons, de malaise, d’inappétènce, à moins qu’elle n’éclate après un exercice violent, sans phénomènes précurseurs. Le malade présente la plupart des symptômes de la fièvre typhoïde : frissons, céphalée, dé-

RAT lire, température de 40 degrés ; le ventre est ballonné, la rate augmentée de volume ; il y a du gargouillement dans la fosse iliaque droite et un état de stupeur caractéristique ; puis tout à coup, la scène change et le calme renaît après cinq ou dix jours de maladie.

3° Forme traînante. Elle est d’une durée indéterminée, procède par une série de petits accès fébriles se reproduisant pendant des semaines, quelquefois des mois avec des irrégularités et une ténacité désespérante. À propos de rien, à propos de tout éclate un petit accès de fièvre caractérisé par un frisson ou de la chaleur, durant deux à trois heures et laissant à sa suite un grand abattement. Le petit. malade (le plus souvent âgé de dix à douze ans) reprend ses occupations après quelques jours de repos et les accidents éclatent de nouveau. Il est faibie, fatigué, triste, n'ayant de goût ni au travail, ni au jeu, accusant des maux de tête fréquents et ayant de petites épistaxis à

répétition.

Accroissement rapide de la taille. — [’accroissement rapide de la taille est un phénomène presque constant dans la fièvre de croissance ; il n’est donc pas étonnant que nous le retrouvions dans la pseudo-coxalgie de croissance et c’est même là encore un signe d’une grande valeur pour le diagnostic. Nous n'ignorons ‘pas son existence dans bon nombre d’autres affections. Richard de Nancy faisait déjà remarquer que « si laccroissement ne produit pas la fièvre, il résulte souvent de maladies fébriles ou leur succède ». On maintient au lit pendant un certain temps un jeune sujet atteint d’une maladie fébrile plus où moins infectieuse; quand il se lève, il a

grandi sensiblement. Cela est bien connu et l’on s’accorde à dire que les microbes de cette maladie ou leurs toxines n’ont pas eu une virulence suffisante pour déterminer une lésion pathologique osseuse et qu’ils ont donné un coup de fouet au travail physiologique qui se passe au niveau des cartilages juxta-épiphysaires. Ce n'est en somme toujours que de la fièvre de croissauce et les pseudo-coxalgies succédant aux maladies fébriles ne doivent pas être distraites du groupe dont nous parlons. Mais, ce qu’il importe pour nous, c’est de savoir s'il en est de même dans la coxalgie tuberculeuse. Nous ne le croyons pas. Dans la tuberculose de la hanche, ce n’est qu’à la longue qu’on peut constater un allongement osseux qui du reste se limite au fémur malade et n’atteint pas les proportions observées dans la fièvre de croissance. Il va sans dire qu’un accroissement rapide ettres prononcé de la taille,. par la dépense nutritive qu'il a nécessitée peut affaiblir un sujet prédisposé et le préparer à une manifestation tuberculeuse de la hanche, par exemple ; mais, dans ce cas, l'accroissement n’est qu’une cause prédisposante et précède l’affection au lieu de marcher de pair avec elle.

Cet accroissement ne porte pas nécessairement sur tout ie squelette; il peut être remplacé par un allongement non symétrique et cela surtout dans les cas graves. Bien plus, on peut observer un arrêt dans la croissance du membre inférieur atteint, alors le cartilage de conjugaison à été détruit ou bien son irritation a produit la soudure prématurée de l’épiphyse et de la diaphyse.

On a cherché à établir les lois d’après lesquelles se fait l’aceroissement normal de la taille de l’homme, mais on n’a pu arriver à des formules exactes ; voici néanmoins les

conclusions de Quetelet dans ses recherches sur la loi de croissance de l’homme ‘ :

1° La croissance est plus rapide immédiatement apres la naissance ; l’enfant, dans l’espace d’un an, croît d'environ 2 centimètres.

2° La croissance de l’enfant diminue à mesure que son âge augmente, jusque vers quatre à cinq ans, époque à laquelle il attcint le maximum de la vie probable; ainsi, pendant la seconde année qui suit la naissance, l’accroissement n’est que la moitié de ce qu’il était la première et pendant la troisième année, le tiers environ.

3° À partir de quatre a cinq ans, l’accroissement de la taille devient à peu près régulier jusqu’à seize ans, c’està-dire jusqu’après l’âge de la puberté; l’accroissement annuel est d'environ 56 millimètres. |

4 Après l’âge de la puberté, la taille continue encore à croître, mais faiblement ; ainsi, de seize à dix-sept ans elle croît de 4 centimètres ; dans les deux années qui suivent, elle croît de 2 cm. 5 seulement.

9° La croissance totale de l'homme ne paraît pas encore terminée à vingt-cinq ans.

Il ajoute que la croissance annuelle pour les filles, entre cinq et quinze ans, est d'environ 52 millimètres.

Dans nos observations, nous n’avons pas de mensurations précises, mais, malgré cela, nous pouvons dire que, pour avoir êté remarquée, l’augmentation de la taille a été beaucoup plus grande et plus rapide que ne l’indique ce tableau, d’autant plus que c’est précisément à l’âge où l’ac-

1 Quetelet, Annales de l'hygiène, t. VI, p. 89, Paris, 1831.

croissement se fait de la façon ia plus régulière que l’on rencontre le plus fréquemment la pseudo-coxalgie de croissance. On a cité d’ailleurs, dans la fièvre de croissance, des allongements de 1,2 centimètres en quinze Jours ; 3 centimètres en un mois (Guiller); 8 centimètres en deux mois (Bouilly); en six semaines (Bouchut) ; 15 centimètres en deux mois (Auboyer); 50 à 60 centimètres en six mois (Regner). Il s’agissait dans ce dernier cas d'un garçon de quatorze ans resté très petit jusqu’à cet âge et surnommé le nain à cause de l’exiguité de sa taille. IL fut pris tout à coup de douleurs commen-

çant par Particulation tibio-tarsienne et envahissant

successivement toutes les articulations. Les douleurs étaient tellement vives que le malade était condamné à une immobilité absolue, mais elles ne s’accompagnaient pas de fièvre, ni d’autres accidents. Ici les douleurs de la hanche ne pouvaient prêter à aucune confusion.

Lorsque la pseudo-coxalgie de croissance évolue rapidement, ce qui est la règle, il n’y a pas d’atrophie musculaire appréciable du côté du membre inférieur atteint, mais on comprend que les muscles aient peine à suivre cet accroissement exagéré du squelette; ils sont frêles, sans vigueur, et la moindre marche s'accompagne d’une prompte fatigue. Quand elle à revêtu une allure chronique, disparaissant et revenant à plusieurs reprises, on a observé l’atrophie.

Les ganglions inguinaux ne sont ordinairement pas augmentés devolume, pas plus que la région de la hanche. Nous avons cependant parfois noté un peu d’empâtement au voisinage du cartilage conjugal, et l’on sait que Bouilly, Gosselin et Trélat ont observé exceptionnellement

HAT BeS l’hydarthrose dans l'articulation voisine des régions juxta— épiphysaires souffrantes.

Naturellement, c’est à tous les âges, depuis la naissance jusqu’à la fin de la croissance, c’est-à-dire vers vingtcinq, vingt-huit ans, qu’on peut voir la pseudo-coxalgie dont il est question, mais surtout vers la fin de l'enfance et dans les premières années de l'adolescence, en moyenne à l’âge de treize ans.

En résumé, une douleur de la hanche survenue brus quement après des fatigues quelconques, s’accompagnant de claudication avec ou sans limitation des mouvements de l'articulation coxo-fémorale, avec ou sans attitude vicieuse, et de douleurs similaires en d’autres points juxtaépiphysaires, cela chez un sujet à antécédents hérédi-taires et personnels favorables, subissant un accroissement rapide de la taille à l’occasion de cette affection, caractérise la pseudo-coxalgie de croissance.

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